L’Urbex, une nouvelle façon de photographier

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@89km_

« La photographie c’est un art; c’est mieux qu’un art, c’est le phénomène solaire où l’artiste collabore avec le soleil. »

disait Alphonse de Lamartine. En effet, avant de prendre des « selfies » sur nos téléphones, la photographie était considérée comme un art. Heureusement, elle l’est toujours et certains continuent de la pratiquer et ce, sous différentes formes… Prendre un cliché des vacances, immortaliser l’union de deux personnes, photographier un mannequin, sont des facettes connues de la photographie. Pourtant, il en existe d’autres… Par exemple, s’aventurer dans un lieu insolite et le prendre en photo en est une bien moins ordinaire. Cet aspect de la photographie se nomme « Urbex ». Moins connue du grand public, l’Urbex en fascine plus d’un et mérite qu’on y jette un coup d’oeil… Alors, qu’est-ce que l’ »Urbex » et pourquoi la pratique-t-on ? Découvrez la photographie sous un nouvel angle.

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@adrien_garofalo

L’Urban Exploration ou Urbex , un autre aspect de la photographie

Le terme « Urbex » vient de « Urban exploration » en anglais, autrement dit « Exploration urbaine » en français. L’abréviation a été plus ou moins véhiculée par un homme nommé Jeff Chapman, plus connu sous son pseudonyme « Ninjalicious », dans les années 90. L’activité consiste à visiter des lieux construits par l’homme, généralement abandonnés ou interdits, cachés ou difficiles d’accès. La pratique, relativement moderne, est assez récente puisqu’on la voit de plus en plus de nos jours et, en particulier, sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram, qui regorge de magnifiques photos Urbex. Pourtant, la pratique pure de l’exploration urbaine est née dans les années 1980. En effet, elle dérive en quelque sorte du mouvement de « cataphilie » qui consistait à s’aventurer clandestinement dans les Catacombes, les anciennes carrières souterraines de Paris. Certains cataphiles cherchaient simplement à préserver le lieu et son histoire, alors ils nettoyaient les tags. D’autres, préféraient, au contraire, laisser leurs marques en vandalisant les lieux ou en s’exprimant par des graffitis…L’Urbex ressemble effectivement à la cataphilie dans le sens où les artistes sont tellement fascinés par le lieu et son atmosphère qu’ils le photographient précieusement. En France, la région parisienne et les grandes villes de l’Hexagone sont les plus propices à cette activité. Le métro, ses rails et ses souterrains, les chantiers abandonnés, les usines, parfois même les vieux hôpitaux, les monuments ou encore les toits d’immeubles regorgent d’inspiration pour les amoureux de la photographie. Au niveau international, les pays anglo-saxons sont les plus nombreux à pratiquer l’Urbex.

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@edrnd_

L’Urbex à travers les yeux des explorateurs

Afin de mieux comprendre le phénomène, nous avons décidé d’interroger des jeunes pratiquants de l’Urbex, qui nous permettront de nous faire une idée plus précise du mouvement. Adrien, 18 ans, pratique souvent l’« Urban Exploration ». Amateur de photographie de paysages, de portraits, ou de lieux abandonnés, Adrien est passionné par l’art visuel et n’hésite pas à s’aventurer dans les endroits interdits de Lyon, où il réside, afin de capturer le danger et l’histoire du lieu dans son objectif. Lui, a découvert l’Urbex grâce aux réseaux sociaux. En effet, avant tout, l’explorateur a dû découvrir l’activité avant de la pratiquer. Et, il se trouve que c’est un élément majeur de notre génération qui lui a permis de trouver son bonheur : Instagram. Le réseau social, en particulier fondé sur la publication de photos, est la raison de cette passion pour Adrien.

« J’ai découvert l’Urbex par hasard grâce aux photos de quelqu’un que je suivais sur les réseaux sociaux, » nous dit-il, « il le pratiquait à Lyon et je le respectais beaucoup pour son travail. Cela m’a permis petit à petit de découvrir la pratique. Pour résumer je dirais que c’est grâce à Instagram et aux réseaux sociaux que je connais l’Urbex. »

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@adrien_garofalo

Prudence, et son frère Edward, eux aussi, aiment la photographie et se sont également intéressés à l’Urbex.

« C’est grâce à mon frère que j’ai découvert l’Urbex » déclare Prudence, « C’est le développement très rapide de cette pratique sur les réseaux sociaux qui m’a fait découvrir l’exploration urbaine,» complète Edward « et plus particulièrement celle des lieux laissés à l’abandon. » finit-il.

Effectivement, Instagram semble être la raison majeure de cette découverte grâce à son effet engrenage. Ainsi, les amateurs de photographie s’intéressent d’abord à

« des photos de paysages, puis suivent des gens qui postent des photos magnifiques d’endroits urbains un peu illégaux, stylés, escarpés pour prendre les meilleurs photos. » explique Prudence.

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@edrnd_

Pourtant, « Em » (@dw.dl  sur Instagram), autre amatrice de l’Urbex (qui souhaite rester anonyme), elle, l’a découvert par hasard en visitant des ruines.

« J’ai toujours été attirée par les ruines, mais j’ai vraiment commencé à en visiter avec une amie lorsque nous avions voulu rentrer dans une ancienne usine, abandonnée depuis 10 ans, proche de mon domicile. » confie-t-elle, « Je n’ai découvert le terme « Urbex » que deux ans plus tard, lorsque je me suis un peu plus penchée sur le sujet et, que j’ai commencé à chercher plus de lieux à visiter. »

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@dw.dl

L’Urbex, une machine à remonter le temps

Une fois l’Urbex découverte, nos photographes se sont mis à la pratiquer pour différentes raisons fascinantes, comme l’histoire du lieu par exemple.

En effet, ce qui plaît à Adrien dans l’Urbex c’est de « visiter un endroit interdit chargé d’histoire » car cela « excite sa curiosité » confie-t-il. Il admet que « ce n’est pas tellement pour l’adrénaline que procure l’exploration d’un endroit strictement privé, où il est défendu d’aller, mais plutôt pour connaître le lieu de l’intérieur, et non pas juste depuis la rue comme tout le monde pourrait le faire. »

Pour lui, il est important de « connaître sa ville par cœur », Lyon en l’occurrence pour le jeune homme, et « de déceler tous ses secrets et ses endroits cachés et abandonnés.» Une conception très intéressante d’un point de vue culturel ! Ce qui est d’autant plus important pour lui, et ce qu’il aime tout particulièrement dans l’Urbex, ce sont

« les jeux de lumières et le côté mystérieux d’un endroit délabré et laissé pour compte, car on peut faire passer un message à travers une photo. »

En effet, un endroit abandonné laisse toujours des traces derrière lui, des questions auxquelles on veut connaître les réponses.

« Quand on prend l’exemple de la visite d’un hôpital abandonné, le fait de prendre une chambre en photo peut faire réfléchir. » dit-il « C’est ça qui m’attire dans la photo Urbex ; pousser les autres à se demander : « Qui était dans cette chambre, quel est cet hôpital ? » En somme, j’aime montrer que même si le lieu est abandonné, il y a encore quelque chose de vivant dedans. »

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@adrien_garofalo

De même, pour le jeune Edward, il y a une certaine fascination pour le passé.

« J’ai fait ma première Urbex dans un centre de recherche désaffecté, » explique-t-il, « et j’ai éprouvé un réel intérêt à retrouver l’histoire de ces lieux ainsi que la raison qui a poussé les occupants à les quitter subitement. »

De plus, la photographie, et en particulier l’Urbex, donne un effet intemporel à l’endroit choisi. Une fois l’image capturée dans l’objectif, elle est présente pour toujours. Grâce à cela, le lieu reste, finalement, infiniment vivant.

« J’allie aussi l’Urbex avec la photographie pour partager quelques clichés des lieux sur Instagram, » commence Edward, « mais surtout pour garder un souvenir des lieux avant qu’ils ne soient détruits. » 

La jeune « Em », elle aussi, apprécie le côté historique du lieu, et l’Urbex lui a permis de s’ouvrir aux secrets de la vie urbaine.

« Je n’aimais pas vivre en ville auparavant et l’Urbex m’a appris à explorer, à voir ce qu’il y a avait autour de moi. J’ai commencé à aimer la ville pour ces recoins oubliés et coupés du monde. » confie-t-elle, « J’aime beaucoup faire des recherches pour trouver des lieux et leurs histoires et j’ai un grand intérêt photographique pour ces lieux. ».

L’adrénaline du danger

L’histoire d’un lieu fascine donc les photographes et les pousse à s’aventurer dans des endroits interdits. Pourtant, ce n’est pas le seul facteur. L’adrénaline peut aussi être une raison de pratiquer l’Urbex. Prudence, elle, préfère ce côté interdit et parfois angoissant, qui provoque cette adrénaline.

« C’est justement le côté dangereux, risqué et interdit qui m’attire, il y a vraiment de l’adrénaline et c’est ça qui me rend encore plus fière de ma photo. » dit-elle « En général, on y va entre amis et on passe un très bon moment, on est d’ailleurs très souvent qu’entre nous, car, comme c’est interdit, il n’y a personne d’autre. La plupart des endroits Urbex sont illégaux, et s’ils ne l’étaient pas, je ne sais pas si je le ferais avec autant de plaisir. » soulève-t-elle. « Le fait que l’urbex soit illégal, ça le rend d’autant plus fascinant »

Son frère, Edward, est d’accord avec ces propos. Pour lui aussi, le danger a un côté attrayant.

« L’urbex étant la plupart du temps une pratique illégale, on a toujours en tête que si on se fait attraper par des gardiens, on risque une garde à vue voire la prison,» rappelle-t-il, « mais c’est aussi ce qui rend l’exploration plus attirante et palpitante. »

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@dw.dl

Le risque de se faire arrêter ou le danger de certains endroits abandonnés sont donc tout de même très présents, ce qui est susceptible d’angoisser nos photographes.

« J’ai déjà des amis qui se sont fait arrêtés, donc oui, parfois, j’ai un peu peur de me retrouver au poste. » confirme Em. « D’un côté, oui, l’interdit m’angoisse un peu » confie Adrien, « mais ce c’est pas vraiment le risque de me faire arrêter qui m’effraie réellement » poursuit-il, « c’est plutôt de tomber sur des gens mal intentionnés qui peuvent devenir dangereux, car dans ces spots d’urbex, il y a les gens qui viennent pour cette pratique, mais il y a aussi ceux qui viennent pour d’autres raisons et qui peuvent se révéler dangereuses…» explique-t-il.

Effectivement, l’Urbex ne regorge pas seulement de photographes passionnés par l’histoire et l’adrénaline que procure le lieu. D’autres personnes familièrement surnommées « squatters« , peuvent être présents sur les lieux et se montrer « mécontents qu’on les dérange sur leur territoire. » explique Edward, à son tour.

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@edrnd_

Pourtant le risque n’est pas assez fort pour décourager les amoureux de la photographie urbaine, notamment grâce à l’adrénaline, que « les jeunes apprécient » selon Em. De plus il y a un sentiment de fierté, une impression d’être privilégié comme le pense Adrien.

« Le fait que cela soit interdit me pousse à y aller parce que je me sens privilégié ! » déclare-t-il, « C’est comme monter sur le toit d’un immeuble, on n’a pas le droit et pourtant, une fois que l’on est là haut, ou dans un spot d’urbex, on est un peu cachés, seuls, sans vraiment l’être. Sur un toit au dessus de la mêlée ou dans une usine abandonnée, on est au cœur de ce que les gens ne voient que de l’extérieur.» déclare-t-il.

Enfin, le visuel compte aussi beaucoup pour les photographes, qui ont un très bon œil et qui donnent le meilleur d’eux-mêmes pour réaliser les meilleures photos. Certains endroits exploités sont souvent très lugubres et peuvent évoquer des scènes de films d’horreur, ce qui fascine d’autant plus nos explorateurs.

« Les pièces sombres, délabrées et baignées d’un silence angoissant, sont tout aussi terrifiantes qu’étrangement attirantes. » exprime Edward, « On y retourne souvent pour cela, comme un film d’horreur qu’on prend plaisir à revoir. »

Que ce soit l’histoire du lieu, son danger ou l’adrénaline qu’il provoque, tous trouvent leur bonheur dans l’Urbex grâce à ces différents facteurs. Malgré les interdits, les amateurs de cette pratique se donnent les moyens de prendre de magnifiques clichés, qu’ils partageront sur les réseaux sociaux, là où, pour certains, tout a commencé.

 

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