De Villiers VS Macron : retour sur la première crise politico militaire du nouveau mandat

Le 19 juillet, le chef d’état-major Pierre de Villiers annonce sa démission après avoir été sévèrement repris publiquement par le président de la République. Désaccords autour du budget de la défense, sanctions par Emmanuel Macron… Les relations entre l’armée et son chef ont rarement été aussi tendues.

19 juillet 2017: La France sans chef d’État-Major ?

« Dans les circonstances actuelles, je considère ne plus être en mesure d’assurer la pérennité du modèle d’armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français, aujourd’hui et demain, et soutenir les ambitions de notre pays. »

Ce furent les mots de Pierre de Villiers le 19 juillet 2017, juste avant la réunion hebdomadaire du conseil de défense à l’Elysée. Chef d’état-major général depuis février 2014, réélu pour un an par Emmanuel Macron, le sexagénaire met fin à sa carrière militaire en raison d’un désaccord sur le budget des armées. Il avait pourtant été clair avant même que la campagne présidentielle ne soit lancée : une augmentation de 2% du budget de la défense, soit de 10 milliards d’euros, était nécessaire pour que les différentes missions puissent être exécutées. Sans cela, une démission de sa part était à envisager.

Depuis les attentats de 2015, la priorité est donnée à l’opération Sentinelle qui réclame 10 000 soldats afin de lutter contre le terrorisme. En parallèle, la France est mobilisée pour les guerres au Sahel et au Levant depuis 2013. Résultat des comptes ? Les réductions d’effectifs sont mises entre parenthèses et la sécurité des transports est de moins en moins vérifiée. En Février 2017, Pierre de Villiers, encore général, souligne cette vulnérabilité. Des données que nous ne pouvons nier. 60% des véhicules de l’armée de terre ne sont plus protégés et les avions ravitailleurs pour tenir la posture de dissuasion nucléaire sont en sous nombre, la patrouille de l’outre mer également. Les candidats à l’élection présidentielle en prennent note. Tous prônent les 2% supplémentaires du budget de la défense, Emmanuel Macron lui-même. Lorsque ce dernier arrive au pouvoir le 7 mai 2017, les soldats s’attendent à de meilleures conditions de travail.

Emmanuel Macron : un nouveau roi soleil ?

Les ressources financières de l’armée était un sujet conflictuel depuis quelques mois, lorsque le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, annonce le 11 juillet  dernier la somme de 850 millions d’euros pour la défense, le général Pierre de Villiers ne peut s’empêcher d’exprimer son inquiétude et sa colère.

« Je ne me laisserai pas baiser comme ça ! »

Si le message manque de raffinement, il a le mérite d’être clair. La trame budgétaire décidée par Bercy est intenable selon le chef des armées. Emmanuel Macron, qui avait pourtant promis un augmentation de 2% du budget sur 8 ans, reste impassible et se montre catégorique.

« Je considère qu’il n’est pas digne d’étaler certains débats sur la place publique. Je suis votre chef. »

Cette remise en cause devant la hiérarchie militaire est vécue comme une humiliation pour Pierre de Villiers qui démissionne. L’année 2017 multiplie ainsi les événements historiques. Sous la Ve République, quatre chefs d’armées ont quitté leur poste, mais Pierre de Villiers devient le premier chef d’état-major à le faire. Une partie du public et des médias s’exclament et accusent le président d’autoritarisme. Souvenons-nous, au XVIIe siècle, Louis XIV s’imposait face au Parlement désapprouvant ses décisions. Toutes ressemblances entre le « Je suis votre chef » d’Emmanuel Macron et le célèbre « l’Etat c’est moi » seraient totalement fortuites.

François Lecointre : Portrait et défis du nouveau chef d’état major

François Lecointre, jusqu’ici chef du cabinet militaire du gouvernement, est nommé chef d’état-major des armées dès le 19 juillet 2017. Issu des troupes de Marine, il a commandé le troisième régiment d’infanterie et la neuvième brigade. Il a également servi au Rwanda pendant l’opération Turquoise mais c’est surtout la reprise du pont de Verbania à Sarajevo qui l’a rendu célèbre.

Saura t-il bénéficier d’une aussi bonne réputation que son prédécesseur ? Pierre de Villiers était reconnu comme un homme intègre, profondément humain avec un sens de l’intérêt général inégalable. Lorsque Vincent Desportes, général de division de l’armée de terre, décrit le nouveau chef, il insiste sur son attachement à la défense des budgets. Néanmoins, il émet des réserves quant aux relations entre les soldats et le président.

« Il n’y avait pas plus loyal et plus fidèle que le général de Villiers… C’est pour cela aujourd’hui que l’institution militaire est choquée par cette affaire, qui rompt le lien de confiance entre le chef des armées et les armées elles-mêmes. »

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