Constructifs / LR : divisions au sein de la droite

Le parti de droite traditionnel Les Républicains a été exclu, en mai dernier, de l’élection présidentielle dès le premier tour : une première dans toute l’histoire de la Vème République ! Cette défaite n’a fait que cristalliser encore plus les différends présents au sein de la famille politique depuis quelques années déjà. Alors qu’elle misait tout sur les législatives, le faible nombre de sièges obtenus par la droite a entraîné l’apparition de différents mouvements. Certains prônant le rapprochement au gouvernement – les fameux pro-macrons – les “constructifs” et d’autres, les fidèles du parti qui souhaitent le réformer. Face à Macron, la droite et le centre sont en train d’exploser. 

Des divisions déjà sous-jacentes

Une des premières raisons pour laquelle le parti est en crise aujourd’hui est qu’il a du mal lui-même à définir ce qu’il défend. Les républicains rassemblent la droite et le centre. Par conséquent, mise à part l’économie, le compromis sur des valeurs communes est de plus en plus difficile à trouver car il rassemble de nombreuses conceptions de la République. Cela s’était par exemple vu avec le soutien de F. Fillion par Sens Commun qui avait exacerbé les désaccords autour de la laïcité. Alain Juppé avait dit dans le Canard Enchaîné que le candidat à la présidentielle devait prendre en compte tous les avis représentés dans le parti. Christian Estrosi, quant à lui, s’était contenté de dire que Sens Commun avait dénaturé la campagne de ce dernier. Cette difficulté à trouver un accord avait d’ailleurs été renforcée par le résultat des primaires. Dans une interview réalisée par Atlantico en mai, Maxime Tandonnet déclarait que l’accent placé sur l’économie était un point faible de la campagne de F.Fillon.

“Ils ont mis l’accent sur les questions économiques et ils ont négligé les sujets régaliens sur lesquels les Français les attendaient. Les primaires et l’échec de Nicolas Sarkozy, qui mettait beaucoup en avant les sujets régaliens, l’immigration et les frontières, expliquent en partie cette évolution.”

De plus, les idées libérales se rapprochent fortement à celles de la gauche « sociale-démocrate » de Francois Hollande. La distinction entre ces deux tendances politiques n’est désormais plus claire. Certains nomment ironiquement mêmes les deux partis “l’UMPS”. Les mesures drastiques, notamment au sujet des postes de fonctionnaires à supprimer, constituaient un débat à elles toutes seules si bien que Le Point avait titré dans son numéro d’octobre 2016 : « Le meilleur programme pour 2017 ? Thatcher. La droite française au thatcheromètre. »

Cette recherche de l’inspiration dans le passé montre encore plus le manque de renouveau de droite. C’est pour cela que malgré la mise en avant des similarités entre la situation de la France et celle du Royaume-Uni, au sortir du l’hiver du mécontentement, ou encore des bienfaits économiques du thatcherisme, le programme économique manque de convaincre.

Le désastre des élections

C’est donc une droite avec des désaccords idéologiques et une politique économique désuète qui s’est présentée à l’élection présidentielle. Jouissant du discrédit de la gauche sortante, ils auraient dû gagné; d’autant plus que l’on annonçait déjà Marine Le Pen et François Fillion au second tour. Outre le scandale ayant touché le candidat, les idées économiques ont été prises par Macron et le programme régàlien par Marine Le Pen . La droite n’avait plus vraiment de raison d’être. Fillon avait fait alors le choix de l’exaltation des valeurs ultra-conservatrices voire de la radicalisation. Toutefois, le 23 avril, le renouveau l’a emporté et Les Républicains se sont trouvés exclus du second tour pour la première fois de l’histoire de la Vème République. Le rejet des français a par ailleurs été confirmé lors des législatives où le parti passa de 229 à 136 sièges.

Les constructifs : le pays avant le parti au nom de l’intérêt commun

Au sein d’un parti en manque d’identité, les divisions sont d’autant plus flagrantes que personne ne sait exactement que faire pour rehausser l’image et la raison d’être du parti. Tout dépend de l’interprétation des résultats de précédentes élections. Certains considèrent que l’exclusion des partis traditionnels dès le premier tour et le passage du FN montre que les Français désirent un changement radical. Ils ne soutiennent plus l’establishment et les anciens partis qui avaient rythmé la vie politique tout au long de la Vème République. Le programme des valeurs conservatrices prônées par Fillion et même l’idée de grands partis en politique sont considérés obsolètes. Par conséquent, il faut aider le gouvernement à sortir le pays de la crise en menant une politique d’alliance. Les partisans de cette conception sont visibles de deux façons. D’une part, ceux qui sont au gouvernement et qui ont accepté la main tendue président. Il s’agit des anciens Républicains comme Edouard Philippe devenu Premier Ministre, Bruno Le Maire, ministre de l’économie et des finances ou encore Gérald Darmanin, Ministre des Comptes publics. D’autre part, le mouvement à l’Assemblée Nationale qui prône une opposition ouverte. Derrière cette expression se cache la volonté à la fois d’aider le gouvernement dans ses réformes mais aussi de s’opposer également lors d’un conflit de valeurs. Il faut rester fidèle aux électeurs ayant voté Républicain mais aussi respecter le désir du peuple voulant du renouveau. Cette volonté, apparemment rationnelle, manifeste en réalité un rejet de fonctionnement classique de l’Assemblée Nationale : refuser tout quand on est dans l’opposition, essayer de tout faire passer quand on est au gouvernement. Comme l’a confié Thierry Solère à J-J. Bourdin :

“Je préfère mettre toute mon énergie dans les cinq ans qui viennent pour participer avec d’autres à redresser le pays plutôt que de mettre toute mon énergie pour essayer de reconstruire un parti.”

Ce dialogue initié est donc dit “constructif” car il met en avant le bien commun du pays et met de côté les querelles partisanes d’où le nom du groupe : “Les Constructifs : républicains, UDI, indépendants”. Se concentrer sur la reconstruction du parti est perçu comme égoïste. Il faut faire passer le pays avant le parti. C’est ce qu’ont à coeur quelques 35 députés dont 12 Républicains de l’Assemblée Nationale ou encore certains membres du parti comme NKM ou J-P Raffarin.

Les fidèles : le parti avec le pays au nom de la démocratie

Problème, cette interprétation ne fait pas l’unanimité. À défaut de voir un désir de changement, des membres des LR comme François Barroin ou Laurent Wauquiez voient dans le résultat des élections un barrage contre le FN. Il ne faut pas oublier que LR, ternis par des scandales, avaient obtenu  20,1 % des voix au premier tour de l’élection présidentielle en mai dernier. Ce n’était certes pas assez pour accéder au second tour, mais assez pour dire qu’ils représentent 1/5 de la population ayant voté – rien de comparable au PS. Ainsi, l’élection de Macron comme président n’est que le refus du FN. Quant aux législatives, les votes ont été attribués à son parti pour qu’il puisse gouverner. Dans la logique invoqué par F. Barroin, la France ne veut pas de ce renouveau, mais elle est contre l’extrémisme. Par conséquent, il faut refonder le parti et aller chercher ceux qui ont pu  voter FN à cause du manque de clarté du programme. Comme les constructifs, l’opposition est aussi dite ouverte à un dialogue avec le gouvernement. Cependant, l’accent est plus placé sur l’opposition que sur l’ouverture car pour certains membres du parti, s’opposer est vital pour la démocratie. Ainsi il faudrait lutter contre ce que pourrait devenir LREM : un parti unique.

“Si j’ai bien compris, maintenant en France, pour être constructifs, il faut être aligné sur Emmanuel Macron et sur son parti. C’est ça la démocratie ? C’est à dire que maintenant la démocratie, c’est des gens qui s’auto-désignent constructifs parce qu’on serait aligné sur un parti unique et la dictature de la pensée unique ?”

Laurent Wauquiez  au micro de J-J Bourdin le 21 juin

Au nom de la démocratie, le parti passe donc avant le pays. Il faut redéfinir les valeurs de la droite mais aussi son sens. L’exclusion des membres ayant déjà sympathisé avec le gouvernement s’impose peu à peu. La réunion non aboutie tenue le 11 juin dernier au siège du parti pour définir leur sort en témoigne déjà. Cela dit, depuis les élections, la droite a l’image d’un parti ultra-conservateur ; surtout depuis son alliance avec Sens Commun qui était contre l’IVG. Il se pourrait donc que le parti se rapproche du front national, qui lui a déjà d’ailleurs proposé de multiples alliances. Mais pas d’inquiétude selon Laurent Wauquiez : “jamais d’alliance avec les Le Pen, jamais de compromis avec le Front National.” Seulement, entre une volonté de remettre l’identitaire et le conservatisme à l’honneur et un programme économique libéral, la droite se retrouve écartelée comme à l’élection présidentielle entre le FN et LREM, lesquels avaient obtenu à eux deux 45,4 % des voix. … Difficile à croire qu’elle jouisse de l’aura d’avant.

La division dans les rangs de LR rend le parti peu attractif jusqu’à l’établissement d’une nouvelle ligne de conduite, probablement en décembre lors de l’élection du prochain président. En attendant, que le président divise pour mieux régner ou divise pour mieux unifier et réformer, une chose est sûre, il a bel et bien divisé la droite.

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