Le Tibet, état des lieux d’une nation oubliée

  

Une nouvelle auto-immolation a été recensée le 19 mai à Qinghai dans la Région autonome du Tibet, appartenant à la République populaire de Chine. Le moine tibétain de 22 ans à l’origine de l’acte, Jamyang Solal, est le 146ème tibétain à « s’immoler par le feu » depuis 2009. Une opération menée contre la politique menée par le parti communiste chinois. En effet, le pouvoir tente de gérer une situation embourbée depuis 1949, tout en occultant les revendications des habitants du Tibet.

Pour comprendre les événements se déroulant au Tibet, il faut remonter au XXème siècle. Le Tibet était une nation indépendante jusque là, malgré les invasions successives de la Chine durant les siècles antécédents. Mao Zedong proclama la République Populaire de Chine en 1949, et ses troupes entrèrent facilement au Tibet. Pour « le Grand Timonier », il s’agissait de « libérer la région des impérialismes étrangers « . Cette libération était en réalité plus proche d’une occupation, puisque le pouvoir rattacha le Tibet à la Chine par la force. Des assauts se répètent jusqu’en avril 1951, date de la signature de l’Accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet. Cet accord donne le droit aux chinois de contrôler les affaires étrangères du Tibet et leur permet l’occupation militaire du territoire. En échange, la Chine doit protéger la stabilité politique de la province. Cependant, la population du Tibet n’accepte pas le traitement mené par le pouvoir chinois, jugé de « colonisateur » et demande l’indépendance. Depuis 1979, le 14ème Dalaï-lama réclame, non plus l’indépendance, mais une autonomie réelle de la région.

Un enjeu économique et politique pour la Chine

Le « toit du monde » n’est pas qu’un satellite pour la Chine, il fait partie intégrante du pays. De même, l’ONU ne mentionne pas le Tibet dans la liste des pays et des territoires à décoloniser. Mais dès le début du rattachement du Tibet à la Chine, des rebelles ont protesté contre la politique menée par le pouvoir et l’armée populaire de libération. En 1959, le Dalaï-lama, chef spirituel et politique du pays, s’exile pour fuir la répression et rejoindre le Nord de l’Inde. Il sera suivi par près de 80 000 tibétains dans les mois qui suivent. Il fonde le Gouvernement tibétain en exil qu’il démocratise jusqu’en 2011, date de sa retraite politique. Aujourd’hui, il tient le rôle de chef spirituel du bouddhisme pour les tibétains. La propagande chinoise renvoie l’image du Dalaï-Lama en un tyran dirigeant des tibétains esclaves, comme dans Nongnu (1963). Mais les protestations des indépendantistes sont réprimées par le gouvernement, qui cherche tant bien que mal à protéger sa propre stabilité politique sur le territoire.

Un ethnocide de la culture tibétaine au profit de l’économie

Le territoire du Tibet historique (plus large que la province du Tibet) représente un tiers de la surface de la Chine. Ce détail n’est pas négligeable pour une puissance telle que la Chine, engagée dans une forte croissance. A l’échelle de la Chine, les tibétains sont 6 millions, contre environ 5 millions de mongols, 10 millions de Ouïgoures, pour une population totale d’1,3 milliard d’individus. Si la province du Tibet était autrefois majoritairement peuplée de tibétains, les chinois Hans représentent 1/5e de la population. C’est la « sinisation » du Tibet, du Tibet : la culture tibétaine est assimilée progressivement à la culture Han, chinoise. Aujourd’hui, le territoire s’est urbanisé, au point que les détracteurs de l’occupation chinoise parlent « d’urbanicide » chinois. De grandes villes sont construites, la langue chinoise (mandarin) est adoptée, face à une culture tibétaine jugée arriérée par la Chine. L’objectif du gouvernement chinois est de moderniser le pays, d’en faire une force économique mondiale. Or les tibétains refusent la politique chinoise exercée à l’encontre de leur culture et de leurs convictions politiques ou religieuses.

Dans un pays où les revendications sont oubliées, où les manifestants sont arrêtés, le suicide par le feu ne passe pas inaperçu. Si l’auto-immolation comme signe de protestation est pratiquée depuis plusieurs siècles en Asie, elle renvoie notre mémoire d’européen aux étudiants pragois, s’auto-immolant pour protester contre la politique soviétique en Tchécoslovaquie. Mais aujourd’hui le constat est là : après presque 70 ans d’occupation, les arrestations et les suicides ne cessent pas. Moderniser le pays et préserver les traditions des provinces est le défi contemporain de la Chine.

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