Vox Populi : vision Macron

Le système démocratique présent dans tous les grands États occidentaux semble depuis quelques temps être remis en cause. Allant à l’encontre des sondages, les élections et les référendums ne délivrent plus les résultats attendus. Ils vont pour la plupart à l’encontre de la classe politique qui occupe traditionnellement le pouvoir – le fameux establishment – comme l’ont montré ceux concernant le Brexit ou l’élection de Donald Trump. Et pour cause : la démocratie est en crise et nous ne sommes plus d’accord sur son sens et son application aujourd’hui.

Du peuple au pouvoir à la légitimité du pouvoir par peuple

Ce système politique avait à l’origine pour but de donner le pouvoir au peuple. Ce dernier était l’acteur majeur de la vie politique et sa participation assurait sa liberté. Problème : la taille de l’État. En effet, pour que le peuple gouverne bien, il doit connaître de quoi retournait chaque situation. Or, pour ce faire, il fallait que la démocratie s’exerce à petite échelle, afin que tous les citoyens se connaissent. Bien qu’ayant eu des partisans nombreux dont les plus connus sont par Platon, avec sa République, ou Rousseau, l’histoire semble avoir tranché et préféré un autre système; une séparation des pouvoirs avec une part limitée consacrée au peuple. Que signifie démocratie alors ? Principalement que le peuple, à défaut d’être à l’exécutif, en assure la légitimité. Il lui confère son pouvoir par le vote. Cela explique la mise en place du rituel qui se déroule une, deux, trois fois par an auquel nous sommes habitués : les élections. C’est ce système que semblent avoir choisi les grandes démocraties occidentales dont fait partie notre Vème République. Un président, élu tous les 5 ans par le peuple, représente ce dernier, choisissant et nommant le Premier ministre lequel à son tour nomme son gouvernement. Là où, lors de la fondation du régime, l’ensemble de la population devait participer n’est présent aujourd’hui plus que quelques personnes. Ainsi, seul le parlement représenterait le peuple proprement dit dans notre système. Et encore. L’élection des députés n’est pas effectuée au scrutin proportionnel, ce qui permettrait d’avoir un parfait échantillon de la population mais l’est au scrutin majoritaire. Le système n’est donc plus démocratique au sens grec du terme.

Élections 2017 : point de rupture

C’est sur ce point que se sont joués les débats présidentiels. Le discrédit de la classe dirigeante, affaiblie par des nombreux scandales de corruptions, d’évasion fiscale, ou encore par des promesses non tenues et des idées désuètes, a entraîné dans sa chute la foi et l’espoir dans le système. Alors que la séparation des pouvoirs avait convaincu pendant presque 60 ans, elle semble cristalliser le mécontentement de la population. L’establishment manque de renouveau, les mêmes figures politiques paraissent être au pouvoir depuis des décennies et il semblerait que la distinction droite ou gauche ait perdu son sens. Le taux d’abstention ou de votes blancs continue d’augmenter et permettent de témoigner la déception du peuple envers le régime. En effet, si rien ne change, pourquoi alors aller se déplacer aux isoloirs ? C’est de cette déception dont se sont emparés les extrêmes. Face aux politiques libérales et pro-européennes des Républicains et du PS, le Front National proposait un programme protectionniste et plus ou moins contre Bruxelles. Contre le même establishment au pouvoir depuis des années qui avait discrédité la Vème République, La France Insoumise voulait le peuple au pouvoir, entraînant par là même la création d’une VIème. En somme, il fallait du renouveau et changement. Ainsi, le consensus autour de l’application de la démocratie s’est donc rompu. Considérer le peuple comme simple organe qui délègue sa légitimité ne fait plus l’unanimité dans les esprits et par conséquent le mode de fonctionnement de la démocratie non plus. Cela s’est bien vu au premier tour de l’élection présidentielle. L’establishment s’est retrouvé exclu dès le premier tour. La France Insoumise a réalisé un score quasiment égal à celui des Républicains. Quant au PS, loin dernière, il n’a pas accédé au second tour pour la deuxième fois de l’histoire de la Vème république.

Le compromis Macron

Conscient de la crise de son pays, Emmanuel Macron, nouvellement élu, semble proposer un compromis entre establishment et quasi révolution. Son parti, en permettant à la société civile de se présenter à l’élection pour l’Assemblée Nationale, il a redonné le pouvoir au peuple et non plus à une certaine élite. Chacun peut participer à la vie politique du pays. Par conséquent, le compromis proposé par le Président semble conserver les institutions de la Vème en les rendant plus accessibles. La décentralisation du pouvoir concentré à Paris dont il a parlé dans son discours au Congrès confirme cette volonté.

“Osons conclure avec nos territoires de vrais pactes girondins”.

Il en va de même pour les réformes institutionnelles qui “seront soumises au vote du Parlement mais si cela est nécessaire (…) au vote de nos concitoyens par voie de référendum”.

En recourant à l’avis du peuple pour ses réformes et pour sa politique, il coupe l’herbe sous le pied de Marine Le Pen et de J-L Mélenchon qui souhaitaient tous les deux, à leur manière, un nouveau système rompant avec l’ancien. Le système prôné semble donc être un compromis.

Un exécutif fort ?

Deux problèmes majeurs se posent toutefois. Tout d’abord, si une partie du pouvoir a bel et bien été transmise au peuple, il ne s’agit “que” du pouvoir législatif et non du pouvoir exécutif, lequel est encore réservé à des personnalités d’expérience qui connaissent déjà le milieu politique. Le peuple n’a donc pas pleinement le pouvoir. Par conséquent, deux options sont possibles pour les parlementaires de La République En Marche élus à l’Assemblée Nationale. Ou bien ils suivent tête baissée la politique de l’exécutif et votent les lois que le gouvernement ou le Président proposent, ou bien ils s’opposent à la politique menée quand celle-ci va à l’encontre de leurs opinions, auquel cas, il ne faudrait pas se réjouir de la majorité obtenue dans l’hemicycle par le parti du Président. Dans une plus grande mesure, si une partie du peuple, qui n’a aucune connaissance de la politique, se retrouve au législatif, n’est-il pas extrêmement influençable ? Les députés pourraient se retrouver dans une situation où ils suivraient simplement les ordres de l’exécutif. comme l’a déjà montré Éric Zemmour. Dès lors le pouvoir législatif pourrait se trouver au service de ce dernier. Le contre pouvoir qu’il est censé joué dont témoignent les coalitions qu’a déjà connues la Vème République ne serait plus possible. Quant à la séparation des pouvoirs prônée par le régime, elle ne serait quasiment plus respectée. L’exécutif se verrait alors renforcé de manière considérable et le pouvoir qui a été en apparence rendu au peuple ne serait qu’une illusion dernière laquelle nous verrions un régime en réalité beaucoup moins démocratique. La dialectique des pouvoirs serait donc réduite entre l’exécutif et le judiciaire. Rendre le pouvoir au peuple ne peut fonctionner que si ce dernier est au pouvoir. Du moment que l’exécutif est réservé une certaine élite, le peuple redevient le terreau de la légitimité du pouvoir en place et non l’acteur principal.

Un discrédit potentiel du peuple?

Le deuxième problème est l’émergence d’un conflit éventuel. Habituée à l’establishment, la population cristallisait son mécontentement autour de la classe dirigeante et le remède lors des élections suivantes paraissait clair : changer de parti politique. En remettant le peuple à une place honorable dans les institutions politiques, Emmanuel Macron pourrait transformer la critique potentielle populaire de l’establishment en une critique du peuple envers une autre partie du peuple. Dès lors, le régime qui devait ou voulait pouvoir concilier les deux conceptions de la démocratie à cause de la contestation grandissante du pouvoir politique pourrait provoquer le dégoût de la population pour ce même régime. Le contexte serait alors propice pour la révolution de Mélenchon.

 

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