La corrida, un débat sans fin

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Le 17 juin dernier, la mort d’Ivan Fandino, émeut le grand public et secoue la toile. Ce matador espagnol, âgé de 36 ans, ne survivra pas aux blessures reçues lors d’une corrida, organisée le jour-même, dans les Landes. Cet accident, bien que regrettable, divise l’opinion et de nouveau, relance le débat sur la légitimité de la corrida. Bien que cette pratique soit interdite dans une grande partie de la France, certaines régions, au nom de la tradition, continuent de l’exercer.

Pro vs anti corrida, un affrontement de longue date

Après une importante collision entre lui et l’animal, Ivan Fandino, matador confirmé depuis 2005, a été pris en charge d’urgence, puis interné à l’hôpital de Mont-de-Marsan. Le poumon perforé, ce dernier succombera de sa blessure quelque temps après. Son courage, bien connu dans ce milieu, ne lui aura pourtant pas suffi pour en ressortir indemne. En 2012, il réalise l’exploit le plus impressionnant de sa carrière en affrontant six taureaux dans une même arène, lors d’un combat organisé dans la ville de Bilbao.

décés du matador yvan fandino corrida
 Ivan fandino lors de sa dernière corrida dans les Landes, le samedi 17 juin 2017 

Rapidement après l’annonce de son décès, les internautes s’emparent des réseaux sociaux pour faire part de leur ressenti face à cette nouvelle. Des photos de l’accident circulent et les commentaires en tout genre fusent. Bientôt, une guerre s’installe. D’un côté ceux qui dénoncent cette pratique, autant dangereuse pour l’homme que pour l’animal, et de l’autre ceux qui leur reprochent de le faire dans un moment et un contexte inappropriés. En effet, bien que bon nombre d’entre eux se soient exprimés pour adresser leurs condoléances et soutien aux proches, beaucoup d’autres ont préféré exprimer leur colère, sans tenir compte de cet événement tragique et récent. Le débat sur la corrida est une nouvelle fois ouvert. 

Depuis toujours, la corrida ne fait guère l’unanimité. Pour certains un art proche du sublime, pour d’autres de la barbarie infâme. Mais derrière ces deux extrêmes, qu’est-ce que véritablement la corrida ? Entre art et barbarie, difficile de classer la corrida

Entre art et barbarie, difficile de classer la corrida

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Pratiquée essentiellement en Espagne, qui accueille plus de 1800 spectacles chaque année et près de six millions de spectateurs, ainsi qu’au Portugal, cette tradition se retrouve également dans certaines régions du sud de la France, symbole d’une histoire commune. La corrida, consiste, pour un matador, à exécuter une multitude de figures évoquant les étapes d’un combat, face au taureau avant de procéder à sa mise à mort, grâce à son épée. Voyant le jour au XVIIIe, celle-ci a traversé plusieurs siècles, sans que sa forme ne change pour autant. En effet, nous devons cette pratique au torero Francisco Romero qui, selon l’histoire, a demandé l’autorisation, à la fin d’une course organisée dans les arènes de Ronda, de tuer lui-même le taureau. C’est ainsi qu’apparaissent les premières traces de ce qui deviendra une véritable tradition par la suite. Petit à petit cette pratique se multiplie jusqu’à devenir courante. Francisco Romero en fait un véritable rituel, régi par un nombre de règles, qu’il définit dans son traité de tauromachie en 1836, le Tauromaquia completa. 

La corrida, divise l’opinion depuis son existence, même si cette tendance s’est de plus en plus marquée ces dernières années. Alors qu’au XVIIIe siècle, la corrida est très généralement perçue comme un art à part entière, c’est lorsqu’elle devient plus populaire et donc s’étend à d’autres couches de population, que celle-ci se voit de plus en plus décriée. En effet, au tout début la corrida était surtout réservée aux nobles et à la haute bourgeoisie avant de toucher, peu à peu, un plus large public. Bien évidemment, il y avait déjà des contestations venant de la haute sphère.

Ainsi, au fil du temps, naissent deux camps : les pro corrida et les anti corrida. Les premiers défendent une tradition, une pratique culturelle, qui a traversé les âges et qui doit être perpétuée car elle participe au sentiment national. Ils vont même plus loin en parlant d’un art, celui du combat, dans lequel la force de l’homme est confrontée à celle de l’animal, où la grâce et le courage se mêlent. De l’autre, une incompréhension totale face à une barbarie injustifiée, seulement pour le plaisir cruel de certains hommes. Ils se posent alors comme défenseurs des animaux et du respect de leur dignité. Ils parlent d’un spectacle pervers et malsain qui, quand bien même serait au nom de la culture, ne peut être réalisé, car contraire à l’évolution de nos mentalités. Entre les deux, un fossé, immense. A la justice de s’en mêler pour parvenir à trouver une solution. Elle seule pourrait mettre fin au débat.

Réglementation en France

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Affiche contestant l’entrée au patrimoine immatériel de la corrida

En France, le dossier a été rouvert mainte et mainte fois avant d’être définitivement traité en 2016, année à laquelle la corrida a été effacée du patrimoine immatériel national. En 2011, cette dernière avait fait son entrée dans ce répertoire, suscitant l’indignation d’une majorité. Mais, en juillet 2016, la cour administrative de Paris rétropédale et la décision tombe : la corrida ne peut, sous le prétexte d’être une tradition, faire partie du domaine culturelle. Si son statut change aussi radicalement, c’est bien parce que notre manière de considérer les animaux change tout autant. Désormais les animaux ne sont plus de simples biens mais deviennent des êtres doués de sensibilité et de sensations. Nous ne pouvons donc plus les posséder et les exploiter comme bon nous semble, sans nous exposer à d’importantes sanctions. Une fois cette prise de conscience effectuée, les fervents défenseurs des droits des animaux ont engagé une nouvelle bataille pour venir à bout de cette pratique, qu’ils jugent inutile et barbare. Combat gagné. Après 5 ans passée dans le palmarès du patrimoine immatériel, la corrida perd sa place.

Mais est-ce aussi facile ?

Pour ceux qui ne sont pas originaires d’une ville portant cette tradition, il est très aisé de prendre de la distance et donc de la rejeter en bloc. Pour les autres, il est question de culture et d’histoire, la nouvelle a donc été difficile à digérer. De ce fait, un statut spécifique a été déterminé pour certaines régions, qui continuent de garder le droit d’organiser ce genre de spectacles. En effet, un arrêt, datant du 3 avril 2000, autorise les corridas

« lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée ».

Ainsi,

« dans le midi de la France entre le pays d’Arles et le pays basque, entre garrigue et méditerranée, entre Pyrénées et Garonne, en Provence, Languedoc, Catalogne, Gascogne, Landes et Pays Basque », la corrida est acceptée.

Une tradition certes, mais à quel prix ?

Bien qu’il soit difficile de trancher dans ce débat continuel entre pro et anti-corrida, il est tout de même indéniable que la corrida présente un réel danger, autant pour le matador que pour le taureau. Ce dont peu, soutenant cette pratique, se rend compte c’est qu’il s’agit d’un combat. A la fin, le torero doit mettre à mort le taureau. Ceci dit, s’il n’y arrive pas, il pourrait bien s’en sortir avec de lourdes séquelles, ou encore en arriver à des fins bien plus graves. Si la mort de l’animal ne fait que peu réagir, la connaissance des risques encourus par l’homme peut aller dans le sens d’une condamnation de cette pratique. Bien que le cas d’Ivan Fandino soit isolé, cela reste un fait et une possibilité de dénouement lors de spectacle donné.

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