Quand l’art et le numérique se rencontrent

visite-virtuelle 

Des milliers d’œuvres au travers d’un écran et pourquoi pas un musée depuis chez soi, telle est l’utopie des protagonistes de ce transfuge culturel. Une équipe de dix étudiants français de l’école d’informatique Epitech nous présente Isiko, des visites d’expositions bien réelles en version virtuelles qui pourraient démocratiser bon nombre de concepts sous l’ère du numérique.

Avenir de la culture ou culture de l’avenir, tout porte à croire que l’hérésie se heurte au prAogrès. Certains murmurent que l’art doit être figé dans le temps, d’autres répondent que sa mortalité hypothétique lui sied. Pour les membres fondateurs du projet Isiko (culture en zoulou) confisquer le sablier de l’érudition relève de l’évidence. Isiko pourrait peu à peu s’implanter dans le subconscient des adeptes et des non-initiés. Le projet se veut transcendantal, il cherche à bousculer les modes d’accès, nier l’espace et les classes sociales. Malgré des possibilités infinies, Isiko ne fait pas consensus.

Un projet qui n’est pas un substitut mais une opportunité

Le monde de l’art n’est pas pour. Un véritable sacrilège pour les puristes éperdus, petits princes rêveurs qui arpentent les musées, poursuivant les lignes d’aquarelle à la recherche d’une dose de Koons. Pourtant, plusieurs institutions se sont montrées intéressées (Maison de Victor Hugo, Fondation Cartier, Musée d’Orsay…), face au clivage, les commissaires d’expositions oscillent entre les  »Banco ! » et les  »Pourquoi pas ? ». Si une visite virtuelle n’incite pas les gens à se rendre au musée, elle incite au moins à observer l’exposition,

David Akopian nous en dit plus sur Isiko :

« Nous voulons proposer un projet qui s’adresse principalement aux boulimiques de culture, immortaliser un patrimoine culturel avec la technologie du virtuel. C‘est un premier pas vers une relation entre l’art et le numérique. Notre projet n’est pas un substitut c’est une opportunité. »

Avec leur projet, les étudiants d’Epitech visent le statut d’entrepreneur. Etendu sur trois ans il s’agit dans un premier temps de promouvoir l’école au sein d’une dimension compétitive et, dans un second, de participer à la création de différentes startups au sortir de leurs études. Jonas Levoyer nous en dit davantage :

« A l’ origine nous travaillions sur une armoire connectée puis nous nous sommes orientés vers une table tactile de modélisme avant de chercher à développer un jeu vidéo, simulateur géopolitique pendant la Révolution française. Isiko est une sorte de Netflix des musées, une bibliothèque de culture version 2.0. »

En dépit d’une dimension technique optimale, l’objectif s’oriente surtout vers l’obtention monétaire via une plate-forme de paiement, les tarifs des expositions seront évidemment indexés. Par la suite, l’équipe pense à la création de bande-annonce d’expositions mais surtout au développement d’Isiko sur casque de réalité virtuelle.

Vivre avec son temps

De son côté, le ministère de la culture voit rouge et se plaint de la numérisation de la culture. La fréquentation croissante des musées se heurte à un paradoxe de taille : les jeunes ont déserté ces lieux. L’exigence et l’austérité croissante de certaines expositions peut en partie exprimer le manque d’intérêt des visiteurs nationaux à l’image des monographies sur Mona Hatoum, Hervé Télémaque ou Dominique Gonzales Foerster au Centre Pompidou. L’intérêt pour le projet dépend finalement de l’âge des visiteurs. Pour Hugo, élève de troisième croisé aux abords du Centre Pompidou :

« Il faut vivre avec son temps, au moins je ne suis pas obligé de me déplacer. »

Cette vision est évidemment sujette à débat, le plus jeunes ne voient que rarement le musée comme un lieu digne d’intérêt lorsque les expositions ne sont pas ludiques. L’ouverture au numérique pourrait ainsi les initier différemment à la culture. L’œuvre sera-t-elle dénaturée ? Cette vision critique du numérique est redondante lorsque l’on interroge les visiteurs à propos d’Isiko. Chloé et Clément, documentalistes en Histoire tentent de résoudre le problème. Selon eux, il s’agit d’intensifier les partenariats entre la province et la capitale, qui serait assez fou pour critiquer la décentralisation culturelle. Malgré tout, le numérique est une excellente idée s’il n’est pas utilisé à mauvais escient.

« L’aspect sacré de l’oeuvre intervient dans son unicité et l’irréversibilité de sa perte potentielle. Pour moi, leur projet n’est ni une menace ni la solution à tous les problèmes de l’art, il faut simplement l’entendre comme paramètre auxiliaire. »

Du conflit à la compréhension

C’est avec l’arthérapeute Marie-Laure Colrat que nous tentons de comprendre les enjeux de ce projet. Malgré un regard sceptique Isiko serait pour elle une bonne source d’information et permettrait de comprendre l’ensemble du travail des commissaires d’exposition, les liens entre les oeuvres les unes par rapport aux autres car il s’agit d’entreprendre une réelle compréhension de l’espace. C’est en abordant le rapport entre l’image et le matériau que naît sa frustration :

« Jamais je ne pourrais avoir la même qualité relationnelle avec une oeuvre virtuelle, c’est dommage, ça risque d’inciter les gens à ne pas voir les expositions. Si le projet sort après les expos et pas pendant alors oui c’est une bonne idée. »

Les vénérables prétentions oxydées affrontent l’insouciance d’une jeunesse robotisée mais pragmatique. Finalement, en plein ère du numérique, avons-nous le choix ?

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