Les Mères de la Place de Mai, un silence qui fait aujourd’hui écho

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Le 30 avril 1977, c’est la quête de la vérité qui pousse quatorze femmes à se réunir. Plus de 20 000 disparus ne sont pas recensés par le gouvernement, dont plusieurs nouveau-nés, enlevés. La réalité de la dictature argentine de 1976 entraîne ce groupe de mères à concilier leurs forces pour se faire entendre.

Un combat pour la vérité

En Argentine, quatorze femmes ont décidé de s’unir afin de faire face à la « guerre sale », conduite par la dictature militaire de 1976 à 1983, et à l’indifférence des dirigeants. Ce régime, responsable de plus de 9 000 prisonniers politiques, 1 500 fusillés et plus de 10 000 « disparus », avait également décidé de prendre, par la force, plus de 500 nouveau-nés argentins, pour qu’ils soient éduqués par des familles proches du pouvoir. Nombreuses sont les familles qui se sont battues pour connaître le sort de leurs enfants, enlevés et oubliés par ce régime politique. En effet, le nombre de disparus s’élève en réalité à plus de 30 000 personnes, adultes comme enfants.

Ces mères de famille épousent alors un même combat : défendre leurs droits et ceux de leurs enfants, protester contre ce gouvernement ; et retrouver, si c’est encore possible, leurs disparus.

C’est alors que tous les jeudis après-midi, ces femmes se rassemblent sur la Plaza de Mayo (la Place de Mai), en face de la Casa Rosada – siège du gouvernement argentin -, pour des marches silencieuses. Elles prennent ainsi le nom des Mères de la Place de Mai. Symboliquement, elles tournent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre pendant quelques trentaines de minutes, comme pour remonter le temps, pour ne rien oublier. Elles souhaitent faire de leur silence, une force qui saura être entendue. Elles fêtent cette année leur 40e anniversaire.

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Un appel à l’humanité 

Le gouvernement, dirigé alors par le colonel Astiz, voulant rester silencieux face au sort de ces milliers de disparus, fait enlever douze personnes liées aux Mères, dont les trois principaux piliers du mouvement : Azucena Villaflor, Maria Ponce de Bianco, et Esther Ballestrino ; ainsi que deux religieuses françaises qui portaient le projet : Léonie Duquet, et Alice Domon.

Néanmoins, les marches silencieuses de la Plaza de Mayo ont continué. Les Mères ont fait de leur appel à la vérité, un véritable appel à l’humanité, cherchant à revendiquer leurs droits sous un autre regard : d’abord national, puis international.

Les Mères de la Place de Mai, en ayant porté leur combat à bout de bras, ont su faire de leur silence un écho à proprement parlé : elles se sont faites entendre ! Lors de la Coupe de Monde de Football de 1978, la télévision hollandaise décide de montrer ces marches silencieuses atypiques, plutôt que de diffuser un match. C’est alors qu’un an plus tard, le mouvement mondial Amnesty International finance un voyage pour militer contre ces agissements, et soutenir ces femmes.

Le mouvement de ces femmes se développe, revendique les libertés – d’agir, de penser, et se refuse d’accepter tout type d’information non certifiée en rapport avec ce qui est arrivé à leurs enfants. Les Mères reçoivent alors, en 1992, le prix Sakharov pour leur prise de position importante quant aux droits de l’Homme et à la liberté d’opinion.

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Une lutte pour le respect des droits de l’Homme

Forte de ses engagements, unique organisation de défense des droits de la personne en Argentine à cette époque, l’association des Mères de la Place de Mai a aujourd’hui fait suivre les rêves et les idées politiques de leurs disparus. Elles se sont impliquées pour toutes les victimes de la dictature, engagées en faveur de l’éducation à la paix, en faveur de la prise de conscience, et ce, à travers le monde entier.

La présidente, Hebe de Bonafini, assure :

« Nous, les Mères, avons lutté toute la vie pour la vie : nous n’avons jamais imaginé que nos enfants pouvaient être morts ».

A l’heure où les marches silencieuses réussissent à faire du bruit, les organisations internationales s’engagent à leur tour dans ce conflit qui nourrit encore de nombreux litiges. Ces organisations s’impliquent, et donnent naissance à de nouveaux mouvements, des collectifs qui vont à l’encontre de ces trafics d’êtres humains. Vingt-cinq associations sont réunies aujourd’hui pour lutter contre la traite des êtres humains dont par exemple le Conseil français des associations pour les droits de l’enfant, l’association planète enfants ou encore l’Organisation internationale contre l’esclavage moderne (OICEM).

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De multiples hommages ont été rendu au courage des femmes de l’association des Mères de la Place de Mai. Daniel Balavoine a lui-même voulu exprimer son respect envers elles, en rédigeant et composant une chanson : Revolución. En Argentine même, des films tels que L’Histoire Officielle  de Luis Puenzo – réalisateur et producteur de cinéma argentin, mentionne ces marches.

Les Mères de la Place de Mai n’ont pas été les seules pendant les premières années de la dictature argentine à se battre pour les droits des disparus. L’association des Grands-Mères de la Place de Mai, fondée en 1977 également, entretient le même combat. Leurs actions ont permis de retrouver plus de 100 enfants enlevés sur 500, d’après le journal argentin Rosario Plus. D’un autre côté, certains des enfants victimes de la dictature ont eux-mêmes cherché à lutter contre la violation des droits de la personne : HIJOS (« fils », en Argentin, qui correspond également à Hijos por la Identidad y la Justicia contra el Olvido y el Silencio ; c’est-à-dire Fils pour l’Identité, la Justice contre l’Oubli et le Silence).

Si le sujet vous intéresse, vous pouvez retrouver ci-dessous l’interview d’une des Mères, ainsi que plusieurs images d’archives :

 

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