Venezuela : le peuple dans la rue

Depuis six semaines maintenant, le Venezuela rencontre une grave crise politique sur fond de manifestations et d’affrontements violents entre citoyens et forces de l’ordre. Selon Le Monde, une cinquantaine de personnes ont déjà perdu la vie et des centaines de civils sont actuellement en prison. Explications.

A Caracas, la capitale, et dans d’autres villes du pays, des manifestations sont organisées quasi quotidiennement par les opposants du Président Nicolás Maduro, depuis pratiquement deux mois. Ils demandent son départ, ainsi que la tenue d’élections générales anticipées. Mais pour comprendre l’origine de cette contestation, il faut revenir quatre ans arrière.

Le 5 mars 2013, le Venezuela perd son Président Hugo Chávez, leader charismatique de la « Révolution bolivarienne ». Ce mouvement de réforme sociale s’inspire des idées du général Bolívar qui, au début du XIXème siècle, a été l’artisan de l’indépendance des colonies espagnoles d’Amérique du Sud telles que la Bolivie, l’Equateur ou encore le Venezuela.

Peu de temps avant son décès Hugo Chávez avait désigné comme successeur Nicolás Maduro, l’un de ses plus fidèles soutiens. Dans un premier temps, ce dernier est nommé Président de la République bolivarienne par intérim. Puis le 14 avril 2013, il est élu avec 50, 66 % des voix. Son adversaire, Henrique Capriles Radonski, conteste le résultat et dénonce des irrégularités dans les votes. Les premières manifestations anti-Maduro sont alors organisées.

Puis l’année suivante, ce sont les étudiants qui montrent leur mécontentement et dénonce la violence qui gangrène le pays. En février, les premières protestations sont organisées dans l’Etat de Táchira à la suite du viol d’une étudiante. Progressivement, elles se propagent au reste du pays et l’opposition prend part à la contestation. La répression se fait plus brutale. Dans un article du 24 février 2014, Le Figaro explique que des milices paramilitaires soutenant Maduro, se mélangent aux manifestants et s’en prennent à eux. En un mois, la mobilisation fait plus d’une vingtaine de morts et des centaines de blessés notamment par arme à feu.

Par ailleurs, l’économie du pays est au plus mal. La chute du cours du pétrole n’épargne pas le Venezuela, pour qui l’or noir constitue l’une des principales ressources financières. À cela s’ajoute les pénuries alimentaires et de médicaments, sans oublier un important taux d’inflation qui, selon la Banque centrale du Venezuela, citée par Le Monde, s’élevait à 180 % en 2015.

En décembre 2015, la situation politique se tend un peu plus à l’occasion des élections législatives. L’Assemblée nationale bascule dans l’opposition. La coalition de la Table de l’unité démocratique (MUD) détient 99 sièges, alors que le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) de Nicolás  Maduro n’en possède désormais que 46.

Fin janvier 2016, l’état d’urgence économique est déclaré pour soixante jours par Nicolás  Maduro. Le décret est refusé par la majorité parlementaire. Celle-ci lance alors une procédure de référendum devant mettre fin au mandat du successeur de Chávez. Quatre mois plus tard, 1,8 millions de signatures favorables au référendum ont été recueillies. Néanmoins, le Comité National Électoral (CNE), proche du pouvoir, annonce en août que le référendum ne pourra pas être organisé dans l’année. Le mois suivant, entre 950.000 et 1,1 million de personnes remplissent les rues en signe de protestation contre la politique du gouvernement Maduro, mais aussi contre les nombreuses pénuries qui touchent 80 % des produits de première nécessité.

En octobre, le CNE stoppe la procédure de référendum en invoquant des fraudes dans les signatures. Une grève générale est décrétée le 28. Les tensions entre le Président Maduro et ses opposants sont à leur maximum. Le Vatican entre dans le jeu diplomatique et mène les négociations entre les deux camps. En vain. Le MUD annonce, en décembre, la suspension des discussions.

Au même moment, le Venezuela est exclu du MERCOSUR, la zone de marché commun d’Amérique du Sud, pour ne pas avoir respecté les engagements exigés par la communauté économique.

Puis, le 30 mars dernier, le bras de fer reprend entre le pouvoir législatif et l’exécutif. La Cour Suprême prive le Parlement de ses pouvoirs en les confiant à sept juges. Les pouvoirs du Président se voient également élargis, afin de « légiférer en matière de crime organisé et de terrorisme »  tel que l’indique Le Monde. Ce passage en force est considéré comme un coup d’Etat par l’opposition, mais également par la communauté internationale. La population vénézuélienne, épuisée par la situation économique et sociale catastrophique du pays, descend une fois encore dans la rue.

Depuis un mois, la contestation ne cesse de grandir. Face à cela, la répression des autorités se fait plus violente. Une milice bolivarienne a été mobilisée pour soutenir Nicolás Maduro. Les manifestations tournent systématiquement à l’affrontement avec les forces de l’ordre, mais aussi entre pro et anti-Maduro. Les lancers de  « cacatov » remplacent progressivement ceux de cocktails Molotov dans les rangs des contestataires. A cela, s’ajoutent des pillages et des fusillades. Les civils arrêtés sont déférés devant des tribunaux militaires, alors que la Constitution l’interdit car pour le gouvernement, ils constituent « des ennemis internes » qui préparent un coup d’Etat contre Nicolás Maduro. Ce dernier vient, par ailleurs, de lancer le processus d’assemblée constituante dont les 540 membres devront rédiger une nouvelle Constitution. Comme le détaille Le Monde, cette assemblée devrait siéger au Parlement. Le sort des députés n’est, pour le moment, pas encore connu. L’opposition dénonce « une manœuvre pour s’accrocher au pouvoir« .

Si le gouvernement n’autorise pas la tenue d’élections générales anticipées, la situation du Venezuela n’est pas prête de s’améliorer. Aucune embellie sur le plan économique n’est espérée. Selon le FMI, une inflation de 720,5 % de l’indice des prix à la consommation est à prévoir pour l’année 2017. Il devrait atteindre 2068, 5 % en 2018.

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