Religions et croyances : un déclin progressif ?

Les croyances et la religion existent depuis presque toujours, et ont contribué à façonner la spiritualité des sociétés humaines. Elles ont évolué à l’image de l’homme, parfois en se renouvelant ou en disparaissant. On observe toutefois une affaiblissement général et continu au fil du temps quant à la ferveur originellement soulevée par ces croyances.

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La religion en France

En France, la religion concerne un peu plus d’un tiers de la population, avec une forte différence générationnelle : la moitié des moins de 30 ans s’affirment athées ou sans religion, d’après une étude menée par l’Ifop. Il n’est cependant pas simple aujourd’hui de définir ce qui caractérise un fidèle, notamment parce que ces critères varient en fonction de la religion. Par exemple, la déclaration d‘appartenance à la religion est souvent privilégiée chez les juifs et chrétiens, alors que le fait d’être musulman relève plus généralement de l’hérédité. La pratique ou non du culte entre également en compte : on peut être croyant sans pour autant exercer les rites d’une religion.

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Extrait du site internet, Bouffonduroi

 

Prenons l’exemple du catholicisme, première religion en France, comptant plus de 40 millions de pratiquants en 2010. Alors que le baptême était au départ administré aux adultes consentants, il est, depuis longtemps et encore de nos jours, reçu par les enfants en très bas âge de manière générale. Par conséquent, beaucoup de catholiques dits « officiels » ne se sentent pas concernés par la décision de leurs parents : il est ainsi plus pertinent de mesurer le nombre de catholiques se déclarant comme tels, plutôt que de compter les noms sur les registres de l’Eglise.

En 2010, 4,5% des Français disent se rendre à la messe au moins une fois par mois, alors que 65% se revendiquent catholiques. Ce chiffre s’élevait à 20% en 1972, pour 87% de la population se déclarant liée au catholicisme. On constate également que le nombre de mariages célébrés a quasiment été divisé par deux entre 1990 et 2012. Certes, les croyances religieuses ont sans cesse perdue leur importance première au fil du temps, toutefois, l’entrée dans le XIXème siècle semble signer un véritable déclin de la religion. Comment expliquer cela ?

L’origine des croyances religieuses

Si les premiers polythéismes servaient principalement à expliquer des phénomènes naturels, ainsi qu’à attribuer différents rôles sociaux aux hommes, l’analyse des monothéismes abrahamiques est plus complexe. En effet, la croyance en un dieu unique ne justifie pas forcément l’agencement du monde qui entoure les fidèles. D’autant plus que les découvertes, au fil des siècles, ne font qu’en améliorer la compréhension, ce qui peut pousser à abandonner les justifications faites par la religion.
Tout d’abord, il a été prouvé scientifiquement que l’attirance pour les croyances religieuses est universelle, et possède une origine biologique liée au processus de sélection naturelle. La religion joue un rôle crucial dans la cohésion des sociétés humaines, de par sa faculté à fédérer ; et permet de fait, la perpétuation de l’espèce, ainsi que son évolution. Par ailleurs, la psychologie humaine est fortement influencée par les croyances. C’est pourquoi certains fidèles continueront de croire en un fait religieux, même s’il a été infirmé par une démonstration scientifique, parce qu’il le trouve réconfortant, et qu’il leur permet d’appréhender la vie avec moins de craintes. C’est aussi pour cette raison que la religion ne doit pas être considérée en contradiction avec la science. C’est parfois presque une nécessité, puisqu’elle offre un soutien aux croyants. Que ce soit par sa vertu rassembleuse, par ses expériences émotionnelles, ou par la spiritualité qu’elle éveille en l’homme, la religion est souvent source de bonheur pour les croyants les plus impliqués.
La religion sert aussi à l’individu-même : il n’est pas simplement question d’une idée visant à l’unification et la conformation de toute une société. La croyance relève de l’appropriation personnelle d’un concept, et permet ainsi un développement différent pour chacun, en fonction de ce qu’il recherche et de ce qu’il puise dans la religion. Les expériences religieuses sont ainsi multiples, notamment parce qu’elles impliquent des défis personnels relatifs à chaque individu : tout croyant a sa propre manière d’envisager la religion.
Enfin, religion est bien souvent synonyme de pouvoir et de moyen de pression. Elle est d’ailleurs encore aujourd’hui fréquemment liée au gouvernement, car elle permet d’apaiser en quelque sorte les sociétés humaines, voire de justifier leur fonctionnement.

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La séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905* est donc un réel tournant en France :en plus de laïciser un peuple jusqu’ici très croyant, cette loi va également entraîner un déclin graduel de la religion. Et pour cause, elle n’est plus perçue comme une obligation civile s’appliquant à l’ensemble du peuple, ni comme loi, étant donné qu’elle n’encadre plus la vie humaine dans tous ses aspects. Cela permet notamment l’acceptation d’une pluralité religieuse, l’ouverture d’esprit vers des cultures différentes : on comprend désormais qu’il n’y a pas une vérité religieuse, mais bien plusieurs croyances. Ce phénomène est d’autant plus effectif qu’aujourd’hui nous vivons dans un monde globalisé, où les savoirs et les idées s’échangent très facilement.

Une disparition à nuancer

Il ne faut pas croire que l’évolution du monde et la sécularisation des sociétés entraînent forcément la disparition des croyances religieuses. Si ce déclin est relativement distinct en Europe, particulièrement en France, on remarque toutefois un regain de la croyance religieuse, notamment chez les jeunes Français. En effet, selon une étude d’OpinionWay, 34% des 18-29 ans se revendiquaient religieux en 2008, alors qu’ils étaient 53% en 2016.

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Réalisé par Medly

 

Par ailleurs, les pratiques annuelles européennes, telles que Pâques et Noël, sont toujours célébrées avec ferveur, malgré la baisse des pratiques hebdomadaires. Néanmoins, on observe une évolution quant à la manière de pratiquer la religion, due à une réinterprétation des premiers écrits religieux, une combinaison de plusieurs cultes ou encore l’apparition de nouvelles religions, comme le néo-hindouisme.
Les croyances ne sont pas une affaire de perpétuation des traditions. Elles savent s’adapter au monde moderne, sous couvert d’une soi-disant disparition. Elles se réécrivent, éclatent ou s’effacent parfois, tandis que la religiosité, la foi, la spiritualité continuent d’imprégner le genre humain. La religion suit désormais un schéma plus libre, mais surtout plus personnel, presque privatisé ; car elle interfère de moins en moins avec la politique. Elle est certes peu visible dans l’espace public, mais continue d’intéresser certains individus qui ont chacun une approche spécifique, que se soit dans leurs pratiques religieuses ou dans les raisons qui les poussent à croire.
Il est par conséquent nécessaire de nuancer l’apparent déclin de la religion, et des croyances en général : le phénomène n’est nullement mathématique. Imprévisible, il est avant tout relatif au contexte dans lequel il intervient.

 

 

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