Géographie du cauchemar: état des lieux de l’homophobie et de la transphobie

Cet article a été réalisé avec la collaboration de Johanna Schwartz

Le 17 mai est la journée internationale contre l’homophobie et la transphobie. A cette occasion, la diplomatie française met l’accent sur la situation alarmante des homosexuels, notamment en Tchétchénie. Une occasion de présenter un état des lieux sur la condition des personnes homosexuelles et/ou transgenres dans quelques pays et régions du monde.

Tchétchénie

Officiellement, l’homosexualité en tant que telle est légale en Russie. Cependant, les pratiques policières, judiciaires et politiques à l’égard des personnes homosexuelles ou « maniérées » sont toutes autres.

Selon le journal d’opposition moscovite Novaïa Gazeta, (spécialisé dans les atteintes aux droits de l’homme et des conflits en Tchétchénie) les autorités tchétchènes ont récemment lancé une vague de répression contre les homosexuels. Le journal affirme qu’on compte plus d’une centaine de personnes arrêtées, ce qui pousse beaucoup d’autres à fuir. Une fois arrêtées, certaines personnes auraient été placées dans des « prisons secrètes », des camps de concentration non loin de Grozny, capitale de la république caucasienne, pour y être torturées pour qu’elles dénoncent d’autres personnes homosexuelles.

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Les séquelles de la torture; Têtu

Les gouvernements européens et les ONG tentent d’intervenir, mais se heurtent à la communication du président Ramzan Khadyrov, puisqu’ « il n’y a pas d’homosexuels en Tchétchénie ». La déléguée des droits de l’Homme auprès du Kremlin, Tatyana Moskalkova,  en charge de l’enquête sur les violences, a qualifié de « rumeurs » les exactions rapportées par les associations. Devant ces propos, les associations LGBTI Stop homophobie, Mousse et Comité Idaho France n’ont eu d’autre choix que de déposer plainte pour « génocide » ce mardi 16 mai devant la Cour pénale internationale contre Ramzan Kadyrov pour des persécutions commises en Tchétchénie contre les homosexuels.

En Tchétchénie, société musulmane ultra-conservative, le gouvernement et les autorités disent que les homosexuels et leur médiatisation « offensent l’islam », selon un témoignage recueilli par la chaîne HBO. Les « Crimes d’honneur », où la famille commet elle-même la mise à mort de ses membres présumés homosexuels, ne sont plus punis, et même encouragés par les milices locales.

C’est le témoignage de David, homme marié, arrêté par la police tchétchène, et retenu pendant deux semaines près de Grozny. Il a été torturé à l’électricité, parce que les autorités avaient trouvé des messages « compromettants » dans le téléphone d’un de ses amis, arrêté lui aussi. Début avril, David a appris que la police le recherchait à nouveau, et il a alors fui à Moscou, de peur que sa famille ne se retourne contre lui. Il cherche maintenant à quitter la Russie pour un pays européen qui acceptera son homosexualité.

La situation en Europe, bien que moins grave que dans d’autres pays, garde des problèmes d’acceptation de l’homosexualité.

Serbie

Tout comme la Russie, la Serbie ne pénalise pas officiellement l’homosexualité, mais la vie quotidienne montre le contraire. Le mariage homosexuel est constitutionnellement interdit depuis 2006, mais les personnes LGBTI sont autorisées dans l’armée et toute discrimination est légalement interdite. Officiellement, les personnes transgenres ont la possibilité de faire reconnaître légalement leur nouveau genre, soit par voie de justice, soit par l’application de certaines pratiques ou décrets administratifs.

Cependant, la société serbe, encrée dans la tradition orthodoxe et encore sous le contrôle de l’autorité patriarcale, reste très hostile envers les affirmations publiques comme la Gay Pride, à tel point que celle-ci a été annulée trois années de suite à Belgrade (entre 2010 et 2013). Les partisants de l’extrême-droite se mobilisent chaque année depuis la première Gay Pride de 2001, qui avait tristement brillé par la violence des affrontements entre les 50 policiers mobilisés et les quelques 2000 hooligans.

Gay Pride de 2001, TV B92

Si les menaces ont baissé, elles restent néanmoins présentes. Le clip de campagne du premier ministre Aleksandar Vučić, candidat à la présidentielle du 2 avril, a été interdit de diffusion vendredi en raison de l’insulte homophobe « Pederu » qui y est scandée.

Tanguy étudie en France. Il a vécu en Serbie, ne sait que trop bien ce qui s’y passe au quotidien. Après avoir fait son coming-out en 4ème, il a vu se tourner contre lui les autres écoliers : « la mise à l’écart a été rapide, dans l’année qui suivait. Moi, j’avais de la chance, j’avais le soutient de ma famille, et certains de mes amis me toléraient »

Et l’exclusion ne concerne pas que les homosexuels :« Quand quelqu’un défend les homosexuels, il est rejeté. Si tu les défends, tu en fais partie ». Il explique aussi que les insultes et les violences vis-à-vis des homosexuels (mais aussi des transgenres) sont une réaction assez commune en Serbie : « La plupart des gens préfèrent se taire ou participer aux humiliations de groupe. C’est ce qui fait le sentiment de groupe. Insulter et frapper, c’est y appartenir». Lorsque l’on lui demande si la situation s’améliore et s’ils sont désormais protégés, il répond « on a eu un gouvernement qui a décidé d’encadrer et de protéger les Gay Prides, mais uniquement pour faire une action par rapport à l’entrée dans l’Union Européenne ». Pour résumer : tout progrès reste une façade, et la condition des homosexuels et des transgenres reste préoccupante .

Australie

 

Comme pour la Serbie, le mariage est constitutionnellement interdit, et ce depuis l’ajout de 2004 à la loi fédérale du Mariage Act, 1961 qui ne reconnaissait pas les unions traditionnelles Aborigènes, les unions du même sexe, ou les unions polygames. En 2009, l’Australie reconnait les couples de deux personnes de même sexe, soit comme relations de cohabitation non enregistrées, soit comme relations avec le statut « de facto » (contrairement à « de jure »). L’Australie a également autorisé l’ajout d’une troisième catégorie « X » aux passeports, pour que les personnes transgenres n’aient plus à se définir comme homme ou femme.

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Embarcation de migrants; The Sydney Morning Herald

Mais officieusement, le gouvernement australien renvoie des réfugiés demandeurs d’asiles sur les îles voisines. Les « boat-people », en provenance pour la plupart du Moyen-Orient, de l’Asie Méridionale ou des îles du Pacifique, sont transférés de force sur certaines îles de Papouasie Nouvelle-Guinée, comme Manus, mais également sur certains états insulaires de Micronésie, comme la République de Nauru. Or la Papouasie Nouvelle-Guinée est un pays chrétien conservateur, où l’homosexualité est illégale: les personnes accusées d’avoir pratiqué la sodomie risquent jusqu’à sept ans de prison. Pour les autres actes sexuels entre personnes du même sexe, jusqu’à trois ans de prison sont encourus.

La pratique de ce qui est appelé «crimes contre nature» peut entraîner une peine de prison allant jusqu’à 14 ans. Les populations LGBTI n’ont pas de droits d’union, sauf les femmes lesbiennes, l’adoption n’est pas autorisée. Pourtant l’Australie continue d’utiliser cet état (où il n’est pas illégal de discriminer) comme une éponge, pour absorber la crise migratoire qu’elle connaît.

Ouganda

Plusieurs pays d’Afrique auraient pu illustrer le non-respect des Droits de l’Homme, mais le choix de l’Ouganda s’est imposé en raison de l’éloquence de la vidéo ci-dessous.

Le président Museveni s’était fait connaître pour avoir décrit les homosexuels comme étant des personnes « dégoûtantes ». Une volonté de durcissement de la législation contre les homosexuels s’est imposée, et celle-ci passe par des alourdissements de peine, et un élargissement du champ d’application des infractions, au point de punir quiconque n’aurait pas dénoncé un homosexuel de son entourage. Cet exemple, à lui tout seul, illustre ce qu’Amnesty International qualifie de véritable « homophobie d’État».

Les quelques 500 000 personnes LGBTI qui vivraient en Ouganda sont régulièrement menacées et vilipendées par le Président, et la menace de la prison et des condamnations, allant jusqu’à la réclusion à perpétuité, planent sur les Ougandais, poussant nombre d’entre eux à vivre dans la clandestinité.

La Gay Pride prévue le samedi 6 août 2016 avait du être annulée suite à une descente de police dans un bar où se déroulait un concours de beauté transsexuelle. L’homophobie reste la norme dans le pays, où les différentes manifestations sont la cibles de menaces.

Martin Ssempa, un pasteur évangéliste américano-ougandais, un des fers de lance de la loi anti-homosexualité, s’est fait connaître sur la scène religieuse américaine.  Il a notamment souhaité l’application de la peine de mort pour certains actes homosexuels. Un de ses prêches, en vidéo ci-dessous, a fait le buzz sur les réseaux sociaux, avec sa phrase « Eat da poo poo».

Liban

Le pays condamne officiellement toutes relations homosexuelles dans l’article 534 de son code pénal, qui interdit les relations sexuelles dites « contraires aux lois de la nature ».

La société libanaise semble pourtant évoluer, si l’on s’attache aux grandes dates: en 2013, la Société libanaise de psychiatrie déclarait que l’homosexualité n’était pas une maladie mentale. En 2016, changer de sexe devient un droit légal au Liban. Mais ces avancées symboliques masquent une pression constante de la part de la société libanaise.

Une semaine de festivités pour célébrer la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie été prévue, mais elle a été annulée par soucis de sécurité: dès l’annonce de l’événement, une vague de menaces et de pressions a poussé le service de sécurité de l’hôtel Monroe (où se serait déroulé l’événement) à annuler.

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Une manifestation pro-LGBTI; Hussein Malla

Bertho Makso, cofondateur de Proud Lebanon, une ONG pro-LGBTI, a declaré : « Les autorités ont failli à leur devoir de nous protéger. Elles ont cédé aux intimidations », ajoute-t-il, déplorant une « violation des libertés individuelles et humaines ». Plusieurs instances religieuses se sont attaqués aux organisateurs, dont le groupe sunnite Hay’at oulama’ al-mouslimin fi loubnan, qui a déclaré que la revendication de la communauté lesbienne (demandant la liberté de recevoir du sperme de donneurs anonymes) installerait une pratique qui « favoriserait l’inceste et présenterait des risques de consanguinité». 

Les forces de la Police auraient également pris part aux menaces, et certains dénoncent même une implication dans les actes de violence envers eux. Nombreux sont ceux qui se rappellent les interrogatoires musclés de Forces de Sécurité Intérieures, où des supposés homosexuels, consommateurs de drogues et des transgenres avaient été passés à tabac.

Anne Marie El-Hage, journaliste à l’Orient-Le Jour, estime que « l’obscurantisme a eu gain de cause hier au pays du Cèdre», et s’interroge sur les motifs de l’action: « cherchait-il à bloquer la publication du rapport sur les tortures et les abus vis-à-vis de la communauté homosexuelle ?»

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