La vente d’esclaves en Libye, nouvelle manne pour les passeurs

La Libye, zone de transit pour les migrants africains désireux de rejoindre désespérément l’Europe, est devenue le théâtre d’un trafic de migrants, orchestré par les passeurs. L’organisation internationale pour les migrations a déploré l’existence de marchés d’esclaves dans le sud du pays.

La pression migratoire que connait l’Europe est désormais indéniable et non sans conséquences. La traversée de la Méditerranée est périlleuse et fait de nombreuses victimes. Malgré tout, un nombre croissant de migrants africains, fuyant la guerre, la famine, et la pauvreté tentent de toutes leurs forces de rejoindre l’Europe en transitant par la Libye.

L’histoire d’un cauchemar sans fin : de la misère à l’esclavage

Les migrants, originaires pour la plupart de Somalie, d’Érythrée, de Gambie, de Côte d’Ivoire ou encore du Nigéria, quittent leur famille et entament un périple de plusieurs kilomètres, dans l’espoir d’atteindre l’Europe. Tous passent par le sud de la Libye avec leur maigre fortune en poche, somme néanmoins nécessaire pour embarquer. Or, pour certains, ce scénario tant rêvé prend fin brutalement. Si une partie parvient à partir, entassée dans une fragile embarcation, l’autre est spoliée et retenue en captivité par les passeurs, puis mis aux enchères sur le fameux marché aux esclaves. Cependant, ces migrants ne constituent pas, à eux-seuls, l’ensemble des potentiels Ibeid, c’est-à-dire des petits esclaves dans le jargon local libyen. Aussi, s’opère des enlèvements arbitraires, en pleine rue, d’hommes et de femmes qui sont ensuite disposés dans des entrepôts, en attendant que ventes s’ensuivent. Ces services sont fortement prisés par les entrepreneurs, les commerçants ou les combattants de Daesh qui les achètent alors pour la modique somme de 200 à 500 euros en moyenne.

La Libye, pays en plein chaos

Si l’ancien chef d’Etat, Mouammar Kadhafi, régnait en maître sur son territoire, sa mort en 2012 et l’échec de la procession démocratique a rapidement déstabilisé le pays. Aujourd’hui, les groupes terroristes, les passeurs et les trafiquants disposent d’un pouvoir illimité. La Libye est devenue une zone de non-droit, autant pour les habitants que pour les migrants. Ce qui facilite, bien évidemment, le développement de réseaux et de trafics en tout genre géré d’une main de fer par les mercenaires et les milices.

Le sud du pays est à la merci des Toubou, tribu nomade qui s’étend jusqu’au Tchad et au nord-ouest du Niger. Les tribus Toubou, déchus de la nationalité par l’ancien chef d’Etat, ont développé de nombreux moyens de survivance dans le trafic d’armes, de stupéfiants et de trafic d’êtres humains. Ainsi, ce pouvoir illégitime est une aubaine pour contrôler la zone du Sahara, lieu de passage obligatoire pour les migrants.

Tous les migrants, présents en Libye, ne cherchent pas à quitter le continent africain. Une large proportion, à l’ordre de 60%, désirent travailler en se faisant embaucher comme manutentionnaires, ouvriers dans des chantiers ou bien comme domestiques. Malgré le chaos, la Libye reste la principale destination pour trouver du travail. Elle a gardé sa réputation de pays florissant qui avaient encouragé leurs aînés à s’y rendre. En effet, la Libye demeurait l’un des pays les plus riches d’Afrique, en comparaison avec ses voisins (Tchad, Niger, Egypte, Soudan) où le PIB par tête restait très faible.

Une situation qui fait écho à un passé douloureux

Cette pratique, remis à l’ordre du jour depuis début 2016, n’est pas sans rappeler le rôle très probant de la Libye dans la traite négrière. En effet, avec la conquête arabe, la Libye est devenue une plaque tournante du commerce d’esclaves, raflés dans toute l’Afrique subsaharienne. Les vendeurs étaient originaires d’Egypte, bien souvent du Caire ou d’Alexandrie. L’esclavage reste incontestablement l’activité la plus vieille, la plus rentable et la plus prospère.
Ci-dessous, le témoignage d’un jeune gambien, victime de ces exactions, recueilli par le journal Jeune Afrique de Samba.

 

Une réalité déconcertante : Les photos de Narciso Contreras

Immortaliser par un cliché toute la souffrance et la détresse d’un groupe. Les instantanés du photographe Narciso Contreras, parlent d’elles-mêmes. Lauréat du 7e prix Carmignac du photojournalisme en 2016, le mexicain a entrepris un voyage en Libye en 2013 pour porter les voix éteintes de ces victimes piégées et dont l’avenir est pour l’instant sans issue satisfaisante.

 

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