Macron – Le Pen : Quels objectifs économiques pour la France ?

Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle sont tombés : Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont été qualifiés pour le second tour. Leurs programmes politiques, comme ceux des 9 autres candidats, ont circulé jusqu’à ce 23 avril 2017. Maintenant, il ne reste que deux semaines et deux candidats avant le dernier tour des présidentielles le 7 mai 2017 pour convaincre les électeurs, notamment sur le plan économique. Les programmes s’affinent, mais quels en sont des différents objectifs économiques des deux élus ?

protection sociale

Emmanuel Macron prévoit plusieurs projets économiques qui porteront sur la protection sociale des Français. Tout d’abord, une réforme de l’assurance-chômage. Celle-ci est en déficit de 4 milliards d’euros. Cela consistera en une nationalisation de l’Unedic (association chargée par délégation de service public de la gestion de l’assurance-chômage en France, en coopération avec Pôle emploi) et une renégociation entre les partenaires sociaux, qui amènera à de nouvelles conventions et lignes directrices pour la gestion de Pôle Emploi. Son objectif est de résorber ce déficit en jouant sur les montant des allocations chômage versées aux actifs en recherche d’emploi. De plus, il souhaite instauré une radiation de tous les chômeurs refusant une seconde offre d’emploi. Une mesure qui est déjà appliquée en Belgique. Cela impliquera également une nouvelle répartition des allocations chômage perçues par les actifs : les salariés qui démissionnent, les indépendants, les agriculteurs, les entrepreneurs, et les artisans disposeront du droit de percevoir ces allocations sociales.

Enfin, il souhaite mettre en place un système de retraite universel. Il veut mettre fin aux « inégalités entre fonctionnaires et salariés du privé » en instaurant un même plancher d’allocations retraite. Il explique : « La réforme va permettre d’accompagner les transformations de la société et les multiples évolutions de carrière des individus. Pour ceux qui ont changé plusieurs fois d’employeur, la reconstitution de carrière est aujourd’hui un casse-tête. Enfin, le système sera plus juste, car l’actualisation sera calculée, à terme, en fonction de l’espérance de vie, qui n’est pas la même pour un ouvrier et un cadre supérieur ». En ce qui concerne l’âge de départ légal à la retraite, il veut le conserver à 62 ans, mais en ajoutant une flexibilité sur les volonté de départs : de plus fortes allocations chômages à ceux qui resteront plus longtemps, et moins élevés pour ceux partant avant l’âge légal.

De l’autre côté, Marine Le Pen prévoit également de grands chantiers pour la protection sociale des Français. Elle souhaite ajouter, en plus des quatre risques sociaux déjà existants, qui sont le chômage, la maladie, la vieillesse et les accidents, un nouveau risque social qui sera celui de la dépendance. Il concernerait les personnes en perte d’autonomie, et une prise en charge de toutes les personnes âgées, malades, ou handicapées nécessitant une aide financière pour vivre.

Les indépendants et les commerçants au RSI (Régime Social des Indépendants) auront la possibilité de choisir entre le régime général de la Sécurité Sociale ou de continuer de cotiser au RSI tandis qu’Emmanuel Macron propose l’intégration du RSI dans la caisse générale. Ensuite, elle veut une baisse des dépenses pour le logement dans le budget des ménages par la mise en place d’un plan d’aide à la reconstruction et à la réhabilitation, ainsi qu’une baisse de la taxe d’habitation. Enfin, elle veut fixer l’âge de la retraite à 60 ans, sachant que pour que les individus puissent percevoir une retraite pleine, il devront avoir cotisé durant 40 ans.

La présidente du Front National a divers objectifs économiques qui porteront sur le monde du travail et son fonctionnement. Tout d’abord, elle veut mettre « en place une taxe additionnelle sur l’embauche des salariés étrangers afin d’assurer effectivement la priorité nationale à l’emploi des Français ». Cette mesure serait un réel outil de dissuasion d’embauche de travailleurs venant de l’étranger pour les employeurs. Cependant, son application reste encore à préciser, consistant pour l’instant en un prélèvement de 10% des salaires bruts des salariés étrangers versés par les employeurs. Elle souhaite également la suppression de la directive européenne des travailleurs détachés, permettant à des salariés européens de travailleur sur le territoire français avec un salaire et des droits équivalents au reste des travailleurs mais en payant les cotisations sociales au niveau du pays d’origine et dans le pays d’origine.

Enfin, autre mesure importante de son programme : elle veut retirer la loi Travail. Elle consiste notamment à ce que les accords décidés au sein des entreprises soient au-dessus du code du travail, ce qui donne un plus grand pouvoir de décision aux accords entre employeurs et salariés.

De l’autre côté, Emmanuel Macron prévoit également plusieurs réformes sur le marché du travail. En premier lieu, il souhaite la suppression des cotisations salariales pour « approcher le salaire net du salaire brut ». Ce serait la suppression des cotisations maladie (0,75 % du salaire brut) et chômage (2,4 %) prélevées aux salariés. Pour compenser ces pertes, il veut augmenter la CSG (Contribution Sociale Généralisée) de 1,7 point. Cet impôt est pris à la source sur l’ensemble des revenus des individus (revenus d’activité – comme les salaires – les revenus de remplacement – telles que les pensions de retraite – ou encore les revenus du patrimoine qui relèvent notamment des revenus fonciers), et finance une partie de la sécurité sociale en termes de maladie ou de chômage. Cela semblerait théoriquement favorable pour le pouvoir d’achat des salariés, notamment des plus pauvres mais cela nécessiterait l’accord du Conseil constitutionnel qui joue un rôle prépondérant dans la gestion des cotisations sociales. Ensuite, il prévoit une réforme concernant le salaire minimum des travailleurs, le SMIC :

« Aujourd’hui, le lissage n’est pas bon, ce qui fait que quand vous rentrez dans le travail avec un SMIC à temps partiel ou un SMIC et que vous étiez au RSA, vous n’avez par la prime d’activité, vous n’êtes pas incité forcément à travailler. Le gain marginal est trop réduit. Ça, on va l’augmenter pour en gros 100 euros par mois pour quelqu’un qui est au SMIC ».

Il veut donc une augmentation mensuelle du pouvoir d’achat des travailleurs au niveau du SMIC en augmentant de 80 euros leurs revenus de transfert (prime d’activité du RSA), et percevront également un gain de 20 euros dû à la baisse de leurs cotisations sociales. Soit une augmentation de 100 euros du pouvoir d’achat de ces ménages. Le coût d’un salarié au SMIC ne changera donc pas pour l’employeur.

Il prévoit également un retour à l’exonération de cotisations sociales des heures supplémentaires effectuées par les salariés. Cette mesure de la loi Tepa instaurée en 2007 sous la présidence de Nicolas Sarkozy, loi qui n’a pas été supprimée sous le quinquennat de François Hollande mais dont les articles sur la défiscalisation des heures supplémentaires ont été abrogées en 2012. Il chiffre le coût de cette mesure à 3 milliards d’euros.

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En ce qui concerne la gestion des impôts, Marine Le Pen a pour objectif d’en modifier certains. Elle veut tout d’abord procéder à une baisse des impôts locaux grâce à une réorganisation administrative à 3 échelles au lieu des 6 actuelles, qui seraient la commune, le département et l’Etat. Ainsi, elle veut diminuer les frais liés aux procédures administratives entre les différences instances publiques. Ensuite, elle prévoit une baisse de 10% des impôts sur le revenu des ménages faisant partie des 3 premières tranches. Cela concernera les ménages figurant dans les tranches imposables allant de 9710 euros par an à 71 898 euros par an. Enfin, elle projette de baisser de 5% les tarifs réglementés du gaz et de l’électricité, qui aujourd’hui s’élèvent à 1063 euros/an pour le gaz naturel, et à 1901 euros/ an pour l’électricité pour un logement de 110 m3. Au niveau des entreprises, elle souhaite abaisser les cotisations sociales pour les TPE/PME en fusionnant l’ensemble des dispositifs d’allègement de cotisations, y compris le CICE. Cet allègement sera conditionnée au maintien de l’emploi. Elle souhaite également maintenir le dispositif à taux réduit à 15 % de l’impôt sur les sociétés pour les TPE-PME et créer un taux intermédiaire à 24 % (au lieu de 33 %) pour les PME.

Pour l’autre candidat à la présidentielle Emmanuel Macron, il a également des objectifs touchant à la fiscalité. Tout d’abord une suppression de la taxe d’habitation pour 80% des Français :

« C’est un impôt injuste : on paye souvent beaucoup plus quand on vit dans une commune populaire que dans une commune riche. Dès 2020, 4 Français sur 5 ne paieront plus la taxe d’habitation, et l’État remboursera entièrement auprès des communes leur manque à gagner, à l’euro près, en préservant leur autonomie fiscale ».

Aujourd’hui, seules les personnes percevant de faibles revenus sont susceptibles d’être bénéficiaires d’avantages quant à la taxe d’habitation. Cependant, les conditions pour bénéficier de sa mesure attendent encore à être précisées. Le candidat d’En Marche souhaite également supprimer l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF), qui a rapporté à l’Etat 5,3 milliards de l’euro en 2015. Il sera remplacé par un Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI), censé rapporté environ 2 milliards d’euros, et réduisant de moitié le nombre de contribuables touchés par rapport à l’ISF. Il ne concerne plus l’ensemble du patrimoine mais uniquement le patrimoine immobilier.

Concernant les entreprises, Emmanuel Macron souhaite réduire progressivement à partir de 2018 l’impôt sur les sociétés de 33% actuellement à la moyenne européenne de 25%, tout en conservant, comme Marine Le Pen, le taux réduit pour les TPE/PME. Le coût de la mesure est évaluée par le candidat à 10 milliards d’euros.

Investissement_2

Les deux candidats prévoient des plans d’investissement pour le futur. Emmanuel Macron prévoit un plan de 50 milliards d’euros sur 5 ans, réparti sur différents domaines précis. 15 milliards sont prévus pour mettre en œuvre une transition écologique par des investissements centrés sur les bâtiments, une prime à la casse de 1000€ sur les véhicules polluants et sur des projets d’énergies renouvelables ou de soutien au recyclage en coopération avec les collectivités locales. 15 autres milliards seront centrés sur la formation de 1 million de jeunes peu qualifiés et de 1 million de chômeurs de longue durée également peu qualifiés. La garantie jeune (parcours de formation et d’accès à l’emploi mis en place en janvier 2017 pour les jeunes de 16 à 26 ans en situation de vulnérabilité sur le marché du travail) sera généralisée. 4 fois 5 milliards seront également consacrés à l’agriculture, à la santé, aux transports et équipements locaux et à la modernisation de la vie publique.

Marine Le Pen, elle, prévoit de relancer l’économie par le soutien à l’économie nationale et aux TPE/PME. Elle annonce plusieurs plans d’investissement, non chiffrés, dans divers domaines comme l’économie maritime ou de l’or bleu, notamment dans les outre-mer, à travers la création d’un grand ministère de l’Outre-mer et de la Mer. Elle prévoit également de développer massivement les filières françaises d’énergie renouvelables et de soutenir l’investissement dans les infrastructures, notamment rurales.

02-Europe-et-international

En ce qui concerne la représentante de l’extrême droite, les objectifs économiques traitant du commerce international et de l’intégration de la France dans les organismes européens sont multiples, des mesures et objectifs tournés vers le patriotisme économique.

Elle prévoit une sortie de l’espace Schengen : cette union de vingt-deux Etats membres de l’Union Européenne ainsi que l’Islande, la Norvège, la Suisse et le Liechtenstein, garantissait une libre-circulation des individus pour tous ses adhérents. De la même manière, elle prévoit un retrait de la France de tous les accords de libre-échange tels que le TAFTA (Transatlantic Free Trade Area), un marché avec les Etats-Unis pas encore mise en vigueur, ou encore le CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement), qui est lui un marché entre l’Union Européenne et le Canada. Renoncer à ces traités seraient une fin aux échanges commerciaux avantageux entre l’Union Européenne et les puissances de l’Atlantique. Ainsi, son objectif est de retirer ces droits de douane dans les échanges commerciaux, ici avec le Canada. Alors les produits importés en France seront plus chers que ceux produits localement, dans le but d’inciter les consommateurs à acheter des produits issus de productions françaises. Elle met alors en place une préférence nationale dans le cadre d’un patriotisme économique, défavorisant les produits importés. Cette mesure s’ajoute à la volonté de renforcer l’étiquetage sur l’origine des produits.

Quant à la souveraineté nationale au sein de l’Union Européenne, elle prévoit un référendum questionnant sur la continuité de l’appartenance de la France à l’UE. Elle dénonce la perte des pouvoirs sur les politiques monétaires et les trop fortes contraintes concernant les politiques budgétaires des Etats, surtout dû au Pacte de Stabilité et de Croissance. Si ce vote s’avère favorable, la question de l’appartenance de la France au marché interne sera soulevée, marché qui concerne les 28+3 pays membres de l’Union Européenne. La question se posera alors de savoir si la France continuera à commercer avec ses voisins européennes dans le cadre d’un accord de libre-échange commun. Sur la même lancée, elle souhaite donc que la France retrouve une monnaie nationale, et que la politique monétaire menée soit plus plus avantageuse pour l’économie française.

La Politique Agricole Commune (PAC) instaurée depuis 1962 afin que la communauté européenne aide à verser des subventions qui valorisent les rendements agricoles sera transformée en PAF (Politique Agricole Française). Ce serait donc un plan interne d’aide financière aux productions agricoles.

En ce qui concerne le programme d’Emmanuel Macron, les politiques internationales resteront globalement dans la continuité des politiques actuelles sur la question : la place de la France dans l’Union Européenne sera maintenue, tout comme ses accords la liant via un marché commercial aux puissances économiques telles que les Etats-Unis ou le Canada. Il souhaite cependant créer un budget de la zone euro qui sera strictement contrôlé par des règles communes en termes de fiscalité et de mesures sociales. Il pourra être usé à 3 fins : pour des investissements d’avenir, une assistance financière d’urgence ou encore en réponse aux crises économiques.De plus, il souhaite instaurer un ministre de l’économie et des finances de la zone euro qui sera sous supervision d’un Parlement de la zone euro, regroupant des parlementaires européens ainsi que des représentants des Etats membres. Ce ministre sera chargé de la gestion du budget de la zone euro.

Enfin, il compte créer une base de droits sociaux européens qui visera à mettre en place des seuils minimums pour tous les pays membres de l’UE en matière de droits à la formation, de couverture santé, d’assurance chômage ou de salaire minimum. Cependant, il n’a toujours pas précisé sur quelles bases ils voudra fonder ces droits sociaux.

 

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