Une campagne présidentielle surréaliste

L’élection présidentielle se termine dans la terreur. Quelques jours, quelques heures avant le vote du premier tour, plusieurs policiers sont pris pour cible par un assaillant armé d’une kalachnikov. François Hollande a annoncé la tenue d’un hommage national prochainement, à la mémoire du policier assassiné sur les Champs-Élysées. Un événement dramatique pour clore une campagne présidentielle remplie de bouleversements.


Août 2016. La campagne présidentielle démarre, peu avant la rentrée scolaire et les retours de vacances. Dès le 16, Benoît Hamon se déclare candidat sur le plateau de France 2 : c’est une surprise, dans la mesure où plusieurs observateurs politiques pensaient que l’ancien ministre de l’Éducation nationale se rallierait à Arnaud Montebourg dont la candidature était pressentie. Justement, le 21, depuis le petit village de Frangy-en-Bresse, Arnaud Montebourg se déclare à son tour candidat à la magistrature suprême. Le frondeur du gouvernement, qui s’était mis quelques temps en retrait du débat public, est alors annoncé parmi les favoris de la primaire socialiste qui devrait se tenir en début d’année 2017. Arnaud Montebourg laissera traîner le doute plusieurs semaines quant à sa participation à la-dite primaire, avant de s’y conformer.

Sarkozy. Le lendemain, le 22 août, c’est Nicolas Sarkozy qui annonce sa candidature dans un livre à paraître « Tout pour la France ». L’ancien Président de la République rejoint alors ses homologues de droite, déjà déclarés, Bruno le Maire, Alain Juppé et François Fillon. Nicolas Sarkozy avait laissé planer un faux-suspens sur sa candidature depuis plusieurs semaines. D’autres candidats sont déjà en campagne depuis plusieurs mois, notamment Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, en dehors de toute primaire.

Macron. La rentrée politique se poursuit avec le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, qui annonce sa démission du gouvernement avant la tenue du premier Conseil des Ministres de l’année scolaire. Attendue depuis son meeting de la Mutualité à Paris, en juillet 2017, sa démission n’est pas couplée d’une déclaration de candidature à l’élection présidentielle. Cette déclaration interviendra en novembre, quelques jours avant le premier tour de la primaire de la droite et du centre.

Sondages. Le débat politique repose alors essentiellement sur les thématiques sécuritaires et migratoires, quelques semaines après l’attentat du 14 juillet à Nice. Les responsables de gauche sont assez inaudibles, en raison de la ferveur médiatique suscitée par la primaire de la droite et du centre. Les sondages se multiplient et donnent généralement Alain Juppé vainqueur de la primaire de la droite et du centre, puis de la présidentielle dans la foulée, avec près de 34 % des suffrages au premier tour. Marine Le Pen est estimée à 27 ou 28 %, tandis que François Hollande et Jean-Luc Mélenchon sont au coude à coude avec 15 % des voix. Emmanuel Macron, dans l’hypothèse où il soit candidat, est crédité d’environ 14 % des suffrages. Valls à 9 %. Ces deux sondages, réalisés par l’institut Elabe, démontrent qu’il faut prendre avec beaucoup de précautions ces outils. Si ils demeurent les meilleurs indicateurs de l’opinion, ils ne sont évidemment pas en mesure de donner, à plus de 7 mois du vote, le résultat final.

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Le Pen. Le 17 septembre 2016, c’est au tour de Marine Le Pen de rentrer dans la bataille. Elle tient son université d’été à Fréjus, bastion du Front National, et pose les bases de sa campagne présidentielle en polissant son discours. Marine Le Pen en profite pour dévoiler une partie de son équipe de campagne et son calendrier jusqu’au premier tour en avril 2017. Dans le même temps, par médias interposés, les candidats à la primaire de la droite et du centre s’invectivent et cherchent chacun à imposer leur leadership.

Automne. La campagne électorale s’accélère à la mi-octobre, avec le premier débat télévisé entre les sept candidats de la primaire de la droite et du centre. Les deux suivants, le 3 et le 17 novembre, laissent penser que François Fillon maîtrise ses sujets, que Alain Juppé confirme sa stature présidentielle et que Nicolas Sarkozy a plus ou moins raté l’exercice. Les audiences des débats sont élevées et suggèrent une participation élevée au scrutin organisé par Les Républicains. Parallèlement, les résultats de la modeste primaire du parti d’Europe Écologie Les Verts surprennent par l’élimination, dès le premier tour, de la favorite et ancienne ministre Cécile Duflot. Aussi, les sujets internationaux s’immiscent progressivement dans la campagne française, notamment lors de l’élection de Donald Trump aux États-Unis. Seuls Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen avaient alors ouvertement appelé à son élection, au nom de la « défense des intérêts français ». Avant la fin de l’année, la Syrie et la situation à Alep domineront également les débats.

Suicide politique. Parallèlement, un deuxième livre-confession de François Hollande, publié par Gerard Davet et Fabrice Lhomme, « Un président ne devrait pas dire ça », fait polémique. Footballeurs, islam, magistrats, dossiers classés secret-défense… le livre est un véritable « suicide politique » selon le premier ministre, Manuel Valls. La démarche est originale, un président en exercice qui porte un regard sur son action auprès de journalistes, mais le contenu est un désastre de communication. La popularité de François Hollande ne dépasse plus les 15 %.18035380_892401430902451_1568334472_n.png

Primaires. Le 16 novembre 2016, quelques jours avant le premier tour de la primaire de la droite et du centre, Emmanuel Macron se déclare officiellement candidat à l’élection présidentielle, plusieurs semaines après sa démission du gouvernement. Alors que les sondages donnaient Alain Juppé largement gagnant face à Nicolas Sarkozy, le magazine Le Point titrant même dans son édition de fin octobre « Juppé Président », François Fillon semble entrer dans une « dynamique ». Une dynamique largement confirmée lors des résultats du premier tour, qui donnent une confortable avance à François Fillon. L’entre-deux-tours, composé d’un débat télévisé, ne modifie pas les intentions de vote. François Fillon est donc désigné candidat de la droite et du centre, au moyen d’une primaire réussie qui a rassemblé plus de 4 millions de votants.

Hollande. Dans une intervention télévisée, François Hollande annonce le 1er décembre 2016 qu’il ne sera pas candidat à l’élection présidentielle. Les images sont historiques, dans la mesure où c’est la première fois, dans la Ve République, qu’un président en exercice décide de ne pas se confronter aux urnes pour un second mandat. Le cours de la primaire socialiste qui devait se tenir en janvier est chamboulé. Dans la foulée, Manuel Valls démissionne du poste de premier ministre et se déclare candidat à l’élection présidentielle, dans le cadre de la primaire. Dès lors, le débat politique se muscle : les attaques vont bon train envers le programme de François Fillon, notamment sur le plan de la Sécurité Sociale.

Primaires-bis. Le jeu politique s’éclipse quelques jours le temps des vacances de Noël, avant de reprendre dès début janvier. En effet, les candidats socialistes n’ont quelques semaines, quelques jours, pour faire campagne. Trois débats télévisés ont lieu en l’espace d’une semaine, moins suivis que ceux de la droite. Benoît Hamon s’impose, notamment avec sa proposition novatrice du revenu universel. Si les sondages avaient longuement prédits un second tour Valls-Montebourg, la tendance s’inverse progressivement au profit de Benoît Hamon. Une fois sa victoire entérinée par le vote des électeurs socialistes, environ 1,3 millions en sa faveur, face à Manuel Valls, la coopération entre les deux finalistes du deuxième tour semble impossible. En effet, le clivage idéologique, entre l’ancien premier ministre et le frondeur qui s’était virulemment opposé à la politique de Manuel Valls, est trop grand. Manuel Valls restera donc en retrait de la campagne électorale, jusqu’à apporter son soutien à Emmanuel Macron en mars malgré l’engagement initial de la primaire du Parti Socialiste.

Penelope.

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 Le 24 janvier 2017, par un simple tweet « Demain dans le Canard : les 600 000 euros gagnés par Penelope qui empoisonnent Fillon », le journal satirique va bouleverser la campagne électorale. S’inscrivant dans une posture de déni dans un premier temps, François Fillon annonce par la suite qu’il ne se retirera de la course qu’en cas de mise en examen. Le Parquet National Financier ouvre une enquête, qui sera quelques semaines plus tard transmise aux juges administratifs pour une mise en examen. S’en suit un bras de fer entre François Fillon et les magistrats, la presse et même son propre camp. Les défections s’enchaînent au sein de son équipe, avec Bruno Le Maire, Thierry Solère, son directeur de campagne et une centaine d’autres élus Les Républicains qui quittent la campagne. Un « plan B » est envisagé et plusieurs noms sont suggérés : Alain Juppé, Laurent Wauquiez, François Baroin ou encore Xavier Bertrand. François Fillon reste dans la bataille, mobilise ses militants au Trocadéro le 5 mars pour faire taire les oppositions internes. Entre-temps, d’autres révélations font la une des journaux, toujours au sujet de François Fillon. Mis en examen le 14 mars, l’image de probité du candidat Les Républicains est impactée et le candidat perd plusieurs points dans les sondages.

Ralliements. Le débat de fond est éclipsé au profit des affaires de François Fillon tout au long du mois de février, mais plusieurs ralliements s’opèrent. François Bayrou, à la surprise générale, propose une alliance à Emmanuel Macron le 22 février. Le lendemain, Yannick Jadot, candidat désigné par la primaire écologiste, se rallie à Benoît Hamon après plusieurs semaines de tractations. Le jeu politique semble s’éclaircir à tout juste deux mois du scrutin. Au début du mois, Jean-Luc Mélenchon avait suscité l’attention en réalisant le premier meeting français en hologramme, entre Paris et Lyon.

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Ligne droite. La liste des candidats officiels à la présidentielle est publiée par le Conseil Constitutionnel est publiée le 18 mars. Les candidats moins retentissants comme Nicolas Dupont-Aignan ou Jean Lassalle condamnent la tenue d’un débat à cinq sur TF1, entre les « principaux candidats ». Inédit dans la forme, ce format regroupe près de 10 millions de téléspectateurs, et semble, sur le fond, avoir profité à Jean-Luc Mélenchon. Le débat politique se concentre, depuis la primaire socialiste, essentiellement sur les sujets économiques et institutionnels. Jean-Luc Mélenchon initie une dynamique et remplit facilement ses salles de meeting, tandis qu’Emmanuel Macron et Marine Le Pen s’affrontent frontalement, prévoyant d’ores et déjà un éventuel second tour entre eux. BFMTV et Cnews organisent ensuite conjointement un débat avec tous les candidats à l’élection présidentielle : les attaques des « petits candidats », dont Philippe Poutou, retiendront principalement l’attention dans un format qui ne permet pas réellement de saisir les lignes de fracture entre les onze candidats.


A l’avant veille du premier tour de l’élection présidentielle, au moins quatre candidats peuvent prétendre être au second tour. Une situation quasi-inédite, qui illustre bien la campagne électorale folle que les Français ont pu vivre. Cette campagne prend, dans ces dernières heures, une tournure complètement différente après les événements survenus sur les Champs Elysées. Si personne est en mesure de prédire rationnellement ce qui se passera dimanche, l’entre-deux-tours risque d’être tout aussi survolté.

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