Pays-Bas, une économie compétitive et intégrée à la mondialisation

Alors que les Pays-Bas ont subitement suscité l’attention au cours de leurs élections législatives du mois dernier, intéressons-nous plus en longueur à leur économie. L’Allemagne est régulièrement présentée en « modèle » de la zone euro par la commission européenne, malgré son important taux de pauvreté, alors que les Pays-Bas semblent, de son côté, cocher toutes les cases d’une économie compétitive et intégrée à la mondialisation. Ce pays européen de 16 millions d’habitants à l’économie fructueuse serait-il un modèle à suivre ?

Les élections de mars dernier ont vu le parti de l’eurosceptique Geert Wilders (Parti pour la liberté, PVV) arrivé à la seconde place. Les sociaux-démocrates qui avaient pris part à la coalition gouvernementale ont subi un historique revers, tandis que le parti libéral à la tête du pays depuis 2012 s’est relativement maintenu en tant que premier parti du pays. Une percée des écologistes est également à signaler, donnée importante à prendre en compte dans la mesure où le régime parlementaire oblige les partis politiques à former des coalitions pour gouverner. Pour l’historien et philosophe Luuk van Middelaar, également professeur en université, cette percée populiste s’explique principalement par un questionnement identitaire et une anxiété croissante quant aux sujets migratoires. La campagne a précisément tourné autour de ces sujets, d’autant plus dans un contexte de tensions diplomatiques avec la Turquie.

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L’économie des Pays-Bas, fortement dépendante du commerce international, a subi de plein fouet la crise de 2007-2008 et sa réplique de 2012, jusqu’à ce que le gouvernement libéral nouvellement élu prenne d’importantes réformes structurelles dès 2012. Les principaux secteurs économiques du pays se concentrent sur les services qui représentent environ 75 % de la richesse nationale, notamment autour du transport et de la logistique – Rotterdam abritant le premier port maritime européen -, de la banque et de l’assurance – citons par exemple les firmes multinationales ING Direct et Allianz –, ou encore des nouvelles technologies avec l’entreprise Phillips. D’autre part, le secteur industriel, bien qu’en déclin, génère près d’un quart de la richesse nationale : l’activité agroalimentaire est très importante, avec les têtes de proue Unilever et Heineken, tout comme les industries pétrochimique, métallurgique et pétrolière. Royal Dutch Shell (pétrole) est la 5e plus grande multinationale du monde, tous secteurs confondus. Enfin, malgré son poids marginal dans l’économie nationale (2 % du PIB), l’agriculture confère aux Pays-Bas le rang de 3e exportateur mondial en termes de denrées agricoles (céréales, pommes de terre, fleurs), juste derrière les États-Unis et la France.

Dotée donc d’importantes multinationales, l’économie hollandaise est l’une des plus ouvertes de la planète : plus de 50 % de sa production industrielle est exportée, plaçant le pays au 5e rang des exportateurs mondiaux (tous secteurs confondus). Ses conditions fiscales avantageuses pour les entreprises attirent les sièges sociaux de nombreuses entreprises internationales étrangères (Renault-Nissan, Airbus, Cartier…). Le port de Rotterdam, précédemment cité, est une véritable porte d’entrée au cœur de l’Union Européenne. Il est important de signaler qu’une part significative des exportations hollandaises sont en réalité des réexportations de produits manufacturés provenant principalement des pays asiatiques et passant par le port de Rotterdam. Signataire de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) dès 1952, le pays se caractérise par sa pleine intégration au projet européen et à la zone euro. Ses principaux partenaires commerciaux sont donc européens : Allemagne, Belgique, Royaume-Uni et France.

Disposant d’un Indice de Développement Humain particulièrement élevé (0.924/1, 7e mondial), les Pays-Bas disposent d’infrastructures particulièrement performantes, d’un système de santé de qualité et d’un niveau d’enseignement supérieur de haut rang. La protection sociale est large, dans le sens où la quasi-totalité des frais pharmaceutiques sont remboursés par le régime d’assurance-maladie public. Le système est financé par un modèle hybride, mêlant cotisations sociales et impôts. L’espérance de vie (81.4 ans) est au-dessus de la moyenne européenne. Seuls points noirs au tableau, l’indice de fécondité (1.78 enfants par femme) et le taux de croissance démographique (+0.29 %), trop faibles dans un contexte de vieillissement de la population. La productivité du travail est également en-deça des moyennes européennes.

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Une productivité stagnante depuis la crise.

Suite à la crise de 2008, les Pays-Bas ont mené d’importantes réformes structurelles, notamment en réformant son marché du travail. Deux lois successives ont été votées, la première facilitant les conditions de licenciements économiques tout en sécurisant davantage les emplois flexibles, la seconde favorisant l’introduction de travailleurs en situation de handicap. Parallèlement, des mécanismes d’incitation de retour à l’emploi ont été mis en place par une réforme de l’assurance chômage. Un rapport de l’OCDE évaluait la situation courant 2016 : « des réformes structurelles significatives ont été récemment mises en œuvre. La croissance se redresse, même si le chômage ne recule que lentement et la productivité du travail demeure faible. La situation des finances publiques s’est sensiblement améliorée et le retour au cadre budgétaire antérieur, fondé sur la maîtrise des dépenses, est bienvenu ». Le rapport souligne également « l’assise durable et inclusive » sur laquelle se développe la croissance des Pays-Bas. Sur le plan budgétaire, le déficit public a été ramené à 1,1% pour l’année 2016, si bien que la dette publique (moins de 65% du produit intérieur brut) est aujourd’hui relativement faible, surtout si on le compare aux chiffres de la France (3,5% de déficit et 98% de dette publique).

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Des comptes publics en voie d’équilibre

Enfin, le chômage est particulièrement faible aux Pays-Bas. De l’ordre de 5,4% (près de 10% en France), ce chiffre masque en réalité un marché du travail particulièrement fractionné. Une partie importante de la population est en temps partiel, dont certains par choix. Entré dans les mœurs, ce type de contrat n’est pas dévalorisé au sein de la société, au contraire : il dégage du temps libre pour du volontariat, des études complémentaires ou encore sa famille. Plus de trois quart des femmes ont fait ce choix de la « semaine de 29h », un peu plus de 25% chez les hommes (voir l’Angle éco, travailler moins pour vivre plus sur ce sujet), préférant profiter de davantage de temps libre à défaut d’une rémunération plus élevée. Le travail intérimaire et l’autoentrepreneuriat sont aussi particulièrement développés, trois fois plus qu’en France. Mais contrairement à ce que l’on pourrait subitement penser, ce modèle ne génère pas une précarité excessive : d’après les chiffres du parlement européen, le taux de pauvreté s’élevait à 12,1% de la population en 2015, contre 13,6% en France. Cette flexibilité profite grandement aux entreprises nationales, qui sont en capacité d’ajuster facilement leurs effectifs en fonction de la demande. Enfin, environ 12% des jeunes sont au chômage aux Pays-Bas, contre près de 25% en France.

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L’objectif de plein-emploi est presque atteint (janvier 2017 : 5.4% de chômage)

Si l’économie des Pays-Bas est particulièrement dépendante du commerce international, son marché du travail flexible et la diversité de ses secteurs d’activités confèrent au pays un dynamisme économique particulièrement saisissant. Les réformes d’austérité, particulièrement âpres, menées par le gouvernement libéral n’ont pas empêché sa reconduction au pouvoir en mars dernier, sous condition de former une coalition avec d’autres forces politiques.

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