Syrie : Entre drame humain et impuissance internationale, on fait le point

Le 4 avril 2017, une attaque chimique au gaz sarin est lancée sur la ville rebelle de Khan Cheikhoun en Syrie.

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Cette attaque meurtrière aurait été commanditée par le dirigeant Syrien Bachar El-Assad, très contesté par les grands dirigeants mondiaux. Les principales victimes de cette attaque sont des enfants, 31 sur les 87 civils tués au total. Cet infanticide explique l’impact médiatique de cette attaque chimique dans le monde. L’ambassadrice américaine, Nikki Haley, a provoqué un séisme médiatique en montrant des photos des enfants victimes de l’attaque. Mais outre le drame humain, cette attaque remet également au cœur des débats le sujet tabou des armes chimiques et de leur prétendue interdiction dont semble se moquer ouvertement le dirigeant syrien.

Rappel historique de l’utilisation des armes chimiques

Considérées depuis toujours comme un cauchemar pour les soldats, les armes chimiques ont été utilisées pour la première fois pendant la Première Guerre Mondiale au cœur de la guerre des tranchées. Les premiers gaz de combat mortels, et les plus redoutés, furent le phosgène et la bertholite. Le plus célèbre restant le terrible gaz moutarde, qui a défiguré bons nombres de poilus. Au lendemain des combats de la Grande Guerre, l’horreur des blessures et les terribles conséquences de l’utilisation des armes chimiques sont connues de tous. D’un commun accord, vainqueurs et vaincus décident alors d’interdire l’utilisation de telles armes lors des combats rapprochés. Une pratique jugée contraire à toute éthique morale. Toutefois comme le stipule le célèbre adage: « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient ». Les armes chimiques sont réutilisées massivement pendant la Seconde Guerre Mondiale et serviront notamment dans les camps d’extermination. A l’issu de celle-ci, les sociétés européennes, traumatisées et ruinées par les deux conflits vont organiser l’élimination de toutes les armes chimiques sur le sol européen. Si cette destruction n’est pas totale, elle reste tout de même un grand pas dans l’histoire de l’utilisation des armes chimiques. Les stigmates de l’utilisation de telles armes resteront visibles en Europe, ce qui décourage un éventuel réarmement chimique après la Deuxième Guerre Mondiale.

La foi naturelle envers l’espèce humaine pourrait alors nous pousser à croire que ce type d’armes destructrices avaient été sagement jetées aux oubliettes, mais il n’en est rien. L’utilisation du tristement célèbre agent orange pendant la guerre du Vietnam et l’utilisation de divers produits toxiques pendant la guerre meurtrière opposant l’Irak et l’Iran témoigne que, malgré une législation stricte, les armes chimiques restent inhérentes aux conflits mondiaux, comme une arme particulièrement destructrice et redoutable.

Législation internationale et pied de nez syrien

Pourtant, une convention sur l’interdiction des armes chimiques est ratifiée par plus de 165 pays en avril 1997. Cette convention interdit, de façon complète, les armes chimiques et ordonne la destruction totale des arsenaux existants avec une vérification des engagements pris par les différents pays par l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques. Malgré cette législation plutôt stricte, un flou demeure quant aux substances considérées comme « armes chimiques ». En effet les produits chlorés utilisables par les civils et les entreprises pourraient devenir des armes chimiques s’ils tombaient entre de mauvaises mains. Toutefois, l’interdiction de ce type de produits chlorés pourrait paraître excessive de la part de la communauté internationale. Mais l’enjeu est, dans le cas de la Syrie, capital.
En effet, la ville de Khan Cheikhoun n’est pas la seule touchée par ce type d’attaque. Toute la région d’Idleb, au nord-ouest de la Syrie, est également concernée par des attaques aériennes récurrentes et plus récemment des attaques chimiques. De nombreux civils sont tués à chaque raid aérien et le bilan humain s’alourdit de jour en jour. Afin de venir en aide aux nombreux blessés, et dénoncer sur un plan international les agissements du régime syrien de Bachar El-Assad, les rebelles ont mis en place l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Des correspondants d’organisations comme l’AFP témoignent des symptômes caractéristiques d’une attaque aux gaz sur les nombreux mourants arrivant à l’hôpital (mousse banche aux lèvres et convulsions).

Une situation complexe et une guerre froide deuxième génération ?

Malgré les preuves accablantes de la responsabilité du régime syrien dans ces attaques, les organisations internationales restent impuissantes et inactives face aux atrocités commises. Pendant la durée du mandat de Barack Obama, celui-ci s’est tenu à l’égard du conflit syrien et ce malgré la « ligne rouge » franchie par Bachar Al-Assad en 2013. Face à l’impunité offerte par les Etats Unis concernant l’utilisation d’arme chimique, Bachar Al-Assad continue de mobiliser tous les moyens matériels les moins conventionnels afin de venir à bout des forces rebelles. Néanmoins, l’envoi récent des missiles Tomahawk, sur les positions militaires de Bachar Al-Assad, par le nouveau Président des Etats-Unis, Donald Trump, prouve que l’apparent laxisme Américain se fissure. L’ONU lance également un mécanisme d’enquête, malgré les réticences de la Russie et de la Chine afin de prouver la responsabilité du dirigeant Syrien et d’envisager une condamnation internationale. La possibilité d’une intervention militaire de grande ampleur reste pour le moment inenvisageable compte tenu de l’instabilité de la région et du veto catégorique de la Russie, officiellement en faveur de Bachar Al-Assad.

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La résolution du conflit syrien ne pourra se faire qu’avec un accord préalable entre les grandes puissances sur la politique à mener. Pour l’instant, les négociations entre la Russie, la Chine et les Etats Unis restent aux points morts et Bachar Al-Assad continue sa lutte active, par le biais d’armes chimiques, contre les rebelles. Les prochains mois se révélerons cruciaux quant à l’issue du conflit. La communauté internationale reste dans l’attente des prochaines décisions de Donald Trump concernant la Syrie. Cette attaque meurtrière signe-t-elle le début d’une action de l’ONU pour les civils syriens ou le commencement d’un nouveau bras de fer entre Etats-Unis et Russie ?

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