L’accès des femmes aux postes à haute responsabilité : une entreprise de longue haleine

Le 1er janvier 2017, la loi Copé-Zimmerman, déjà votée en 2011, a été renforcée et avec elle, l’obligation pour les grandes entreprises et les entreprises intermédiaires françaises d’avoir, au minimum, dans leurs conseils d’administration et de surveillance, 40% de femmes. Tristement, il semble qu’encore aujourd’hui la loi soit le seul moyen, ou en tout cas le plus efficace, de corriger les inégalités salariales hommes-femmes qui restent proéminentes.

Une égalité acquise en théorie, encore loin d’être effective

Cette loi, dans les faits, touche seulement 118 entreprises : celles comptant au moins 500 salariés et dont le chiffre d’affaire dépasse les 50 millions d’euros. Pourtant seulement la moitié s’y est conformée selon le dernier rapport du Haut Comité de Gouvernement d’Entreprise et si cela constitue déjà une avancée depuis 2014 où elles n’étaient que 8% c’est encore largement insuffisant.

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La loi a néanmoins permis une hausse du taux de féminisation des conseils d’administration qui est en effet passé de 26,2% à 38%. De plus, quatre fois plus de femmes qu’il y a dix ans siègent dans les 60 plus grandes entreprises françaises tempère Michel Ferrary,  professeur de management des ressources humaines à l’université de Genève et chercheur affilié à l’observatoire de la féminisation des entreprises de la Skema Business School.

Pour autant, force est de constater que si la loi n’est pas là pour rappeler à l’ordre les « irréductibles entreprises », les femmes sont très largement mises de côté, notamment à la direction : elles doivent se battre pour l’accès aux fonctions de cadres et les postes de l’exécutif leur sont quasi inaccessibles.  Les comités exécutifs, communément appelés « comex » restent la chasse gardée des hommes et pour cause : bon nombre d’entreprises font mine de « promouvoir la visibilité des femmes à tous les niveaux de l’entreprise » mais il n’en reste pas moins que le taux de féminisation des comex ne dépasse pas les 14,9%. Dans la plupart des grands groupes, une ou deux femmes maximum sont invitées à rejoindre ces cercles privés de pouvoir quand elles n’en sont pas complètement écartées. Seuls L’Oréal et Sodexo en comptent respectivement cinq et six, et encore, ces femmes ne représentent qu’à peine le tiers du comité exécutif.

Bien sûr, toutes les entreprises ne sont pas dites machistes tels Airbus ou Vinci  dont le taux de féminisation est, dans  tous les organes de gouvernance, inférieur à la moyenne. Dans certaines entreprises, bien que le nombre de femmes cadres soit important, les comités exécutifs restent réservés à la gente masculine. LVMH ou M6, typiquement, comptent une majorité de cadres féminins alors que  la place accordée aux femmes dans le comex est inférieure à la moyenne. L’inverse existe également chez Renault ou Dassault System où les cadres sont davantage des hommes mais où le comité est cette fois plus féminisé.

Plus alarmant encore, on constate que même lorsque la loi est respectée et que le taux de féminisation est plus important, cela ne signifie pas pour autant que les femmes sont promues aux postes importants des conseils : il n’y a pour l’instant pas de femmes PDG en tant que telle au sein du CAC 40 et seules Isabelle Kocher (Engie), Élisabeth Badinter (Publicis) et Sophie Bellon (Sodexo) ont su s’y démarquer à un poste important ; c’est-à-dire seulement trois femmes.

Finalement, peu importe la répartition : si la loi n’intervient pas, l’égalité hommes femmes s’opère très lentement dans l’entreprise ; elle est loin d’être acquise.

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Conseil d’administration de Avatovaz, entreprise russe lié à Renault-Nissan et dont Carlos Ghosn est le président; Crédits: Caradisiac

Des mentalités machistes encore trop présentes qui pénalisent les entreprises

Pourtant, les candidatures féminines ne sont pas en manque, au contraire ! Mais certains secteurs d’activités sont  traditionnellement machistes et rechignent à embaucher des femmes au détriment d’hommes. La gente masculine semble peu disposée à céder sa place : si la féminisation des entreprises a globalement progressé, ce n’est pas parce que les femmes ont remplacé les hommes aux commandes mais grâce à la création de postes spécifiquement créés pour elles!

Rien n’y fait, il semblerait que la lutte ne soit pas finie pour les femmes qui souffrent d’un manque de légitimité. Même lorsqu’elles ont un poste de direction, elles doivent en permanence lutter pour se faire respecter au même titre que les hommes.

Il n’est pas rare qu’elles se fassent interrompre ou reprendre, par des collègues masculins lors de conversations ou de réunions. Une expression anglo-saxonne est même née de cela : le « manerrupting », contraction de « man » (« homme ») et de « interrupting » (« interruption »). Difficile alors d’affirmer leur crédibilité car, si elles répliquent, elles s’exposent à de nouveaux jugements et remarques sexistes.

Paradoxalement, ce machisme, qu’il soit conscient ou non, pénalise les entreprises. Eh oui messieurs, la conclusion à laquelle est parvenue l’Observatoire Skema est sans appel : « plus une entreprise compte de femmes cadres parmi ses managers, plus sa rentabilité opérationnelle sur cinq ans augmente. » Mais cela n’est pas nouveau, de nombreuses autres études démontrent que la féminisation de l’encadrement à un impact non négligeable sur la rentabilité de l’entreprise.

N’en déplaise à certains, selon un rapport transmis à la ministre du travail Myriam El Khomri en septembre dernier, réduire les discriminations telles que le sexisme permettrait de générer une augmentation de 150 milliards d’euros, soit une hausse de 14 points du PIB au cours des 20 ans à venir.

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