Où-en est on en France au niveau de la lutte anti-terroriste ?

Entre l’attentat de Londres, ce mercredi 22 mars, et l’attaque à Orly la semaine dernière qui visait un soldat de l’opération sentinelle, à Anvers dont les causes ne sont pas encore déterminées, l’actualité nous rappelle que le risque terroriste reste très élevé. Où-en est-on en France au niveau de la lutte anti-terroriste ?


Le gouvernement cherche à communiquer au maximum au sujet de la lutte anti-terroriste, en témoigne notamment sa page dédiée sur son internet. On y retrouve les nombreux éléments qui sont régulièrement employés dans le débat public : état d’urgence, opération sentinelle, action « stop djihadisme » sur internet, plan Vigipirate renforcé…

VIG17505823_874878859321375_1038841199_n.pngIPIRATE

Composé de trois degrés d’alerte depuis décembre 2016, le plan Vigirate peut être déclenché sur décision du premier ministre et du ministre de l’intérieur. Nous sommes actuellement au degrés 2 d’alerte, soit une « sécurité renforcée en raison d’une menace terroriste élevée ». Destinée à « signifier la vigilance de la Nation face à la menace terroriste », cette décision interministérielle lourde se traduit par l’application de mesures permanentes de sécurité couplées à des mesures additionnelles exceptionnelles. Le panorama complet de ces mesures reste logiquement classé « confidentiel défense » et demeure accessible seulement pour les autorités compétentes. En substance, le niveau 2 du plan Vigipirate se caractérise par un contrôle systématique des individus dans les établissements équipés de portiques, par l’installation de dispositifs de vidéoprotection aux abords des bâtiments publics, par d’éventuels aménagements de voiries (plots en béton, barrières…) ou encore par une communication claire et réactive en cas d’attentat (applications mobiles et réseaux sociaux).

17439469_874878872654707_931316877_n.pngLes différents plans de sécurité mis en place par le gouvernement insistent particulièrement sur le rôle des citoyens en matière de vigilance. Signaler tout comportement ou d’objet suspect, repérer les sorties de secours au sein des lieux publics ou encore installer l’application d’alertes SAIP sur son smartphone sont de petits réflexes qui peuvent faire la différence. Un document synthétique des comportements à adopter en cas d’attaque terroriste est par ailleurs affiché dans tous les lieux publics sensibles (monuments, lycées, collèges, administrations…), consultable ici. Des entraînements répétitifs sont réalisés dans les établissements scolaires : ils ont permis une réaction rapide et efficace lors de la fusillade survenue au lycée de Grasse le 16 mars dernier.

SENTINELLE

Lancée après l’attentat de Charlie Hebdo en janvier 2015, l’opération Sentinelle est un autre volet, visible, de la lutte anti-terroriste menée par la France sur son territoire national. Régulièrement décriée, cette opération militaire lourde mobilise actuellement 7000 soldats sur le territoire, dont la moitié en Île-de-France. En réponse directe à la menace terroriste, les soldats sont chargés de sécuriser les lieux touristiques, sensibles et d’affluence. Samedi 18 mars 2017, c’était précisément un militaire de l’opération sentinelle, chargé de patrouiller au sein de l’aéroport d’Orly, qui avait été agressé, avant que l’homme, alcoolisé, soit abattu. L’historienne spécialiste des relations armées-société, Bénédicte Chéron, remet en cause, dans un entretien au Point, la légitimité de l’opération Sentinelle :

« Elle apparaît bien comme une « mission paratonnerre ». Il ne sera plus possible de se voiler bien longtemps la face sur le fait que nous avons distribué sur le territoire national des cibles. Seraient-elles protectrices dans le sens où on s’attaque plus à Sentinelle qu’à d’autres ? Alors, disons-le : Sentinelle est un paratonnerre qui attire la foudre. Et si cela relève du parti pris et du choix politique, ne fermons pas les yeux ».

Un questionnement qui était déjà intervenu dans le débat public, il y a un peu plus d’un mois, en février 2017, lorsque quatre militaires de l’opération Sentinelle avaient été attaqués, cette fois-ci au musée du Louvre.

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ETAT D’URGENCE

Le plan Vigipirate et l’opération Sentinelle s’inscrivent dans un cadre plus global, celui de l’état d’urgence. Medly-France a déjà consacré un article sur ce sujet, que vous pouvez retrouver ici. État d’exception qui permet à l’exécutif de prendre davantage de mesures restrictives en termes de libertés individuelles des citoyens fortement soupçonnés ou « fichés S », l’état d’urgence autorise notamment les perquisitions administratives et les assignations à résidence sans contrôle préalable de l’autorité judiciaire. Interrogé sur Europe 1, le candidat socialiste à l’élection présidentielle, Benoit Hamon, a remis en cause l’efficacité de l’état d’urgence. Préférant plus de policiers sur le terrain et un renforcement du renseignement territorial, Benoit Hamon considère qu’il n’est pas utile de reconduire l’état d’urgence lors du prochain vote, le 15 juillet 2017. Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron ont également exprimé publiquement des réticences à une prolongation de l’état d’urgence. François Fillon plaide pour son prolongement. Marine Le Pen le considère comme dérisoire et propose plutôt un contrôle accru des frontières et des filières d’immigration.

DE-RADICALISATION et PREVENTION

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Centre de déradicalisation de Pontourny – actuellement fermé – @Xavier Frison 

La lutte anti-terroriste se déroule aussi sur internet, à travers la campagne de prévention lancée en janvier 2015 « Stop Djihadisme ». Présente sur les réseaux sociaux et dans les médias, la campagne cherche à apporter des réponses concrètes aux familles qui suspecteraient leur adolescent de rentrer dans un processus de radicalisation. Dans le même temps, un rapport parlementaire dirigé par les sénateurs Benbassa et Troendle a questionné l’efficacité des politiques de dé-radicalisation. « Au-delà des erreurs ayant émaillé la mise en place du dispositif expérimental [à Pontourny, NDLR], la question de l’efficacité du modèle d’un « centre de dé-radicalisation » est clairement posée. Plusieurs élus locaux ont d’ailleurs appelé à sa fermeture, estimant que l’expérimentation, qui a eu le mérite d’être tentée, a désormais montré son manque d’utilité » souligne le rapport parlementaire.


Si la lutte anti-terroriste comprend plusieurs volets – état d’urgence, plan Vigipirate, dé-radicalisation, cyber-prévention, opération sentinelle, renseignement – le risque d’attentat reste toujours très élevé. Si sur le plan national, un arsenal de mesures conséquent a été mis en place, la coopération européenne pourrait être approfondie.

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