«TurkStream» : un gazoduc de 1000 kilomètres sous la Mer Noire

En octobre 2016, les présidents turc Recep Tayyip Erdogan et russe Vladimir Poutine ont signé un vaste projet de gazoduc entre les deux pays. Medly décrypte pour vous les enjeux de cet accord.


Grande stupeur en novembre 2015 : un avion russe, accusé d’avoir pénétré l’espace aérien turc, avait été abattu, provoquant la mort du pilote. D’importantes mesures de rétorsion avaient été annoncées par Vladimir Poutine, entraînant les deux pays dans une crise diplomatique aiguë. Par la voix de son président, Ankara avait présenté des excuses au Kremlin quelques mois plus tard, souhaitant initier à nouveau des relations diplomatiques et commerciales.

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Crédits: Gazprom

Réconciliation entérinée avec la signature, le 10 octobre 2016, du projet « Turkstream », ambitieuse infrastructure de transport de gaz entre la Russie et l’Europe, dont la première tranche prendra fin en Turquie. La Turquie importe 90 % de ses besoins en pétrole et gaz naturel, ce qui lui implique une forte dépendance vis-à-vis de ses deux principaux fournisseurs, la Russie et l’Iran. Le transport énergétique représente un intérêt géostratégique majeur, facteur à la fois de tensions et de coopérations entre les pays contractants, d’autant plus au sein de cette zone mondiale particulièrement instable (conflit du Haut-Karabagh, Syrie, Irak, Ukraine…).

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La Russie est à l’heure actuelle le premier fournisseur en gaz naturel de l’Union Européenne, même si certaines disparités peuvent être signalées : les pays baltes en sont fortement dépendants, à hauteur de plus de 50 % de leurs importations, alors que le gaz russe ne représente que 13 % de l’approvisionnement français. Néanmoins, à échelle européenne, cette demande énergétique en gaz risque d’augmenter de moitié d’ici 2025, ce qui pourrait laisser penser à une intensification la suprématie russe dans ce domaine clé.

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Les projets de gazoduc Nacucco et South Stream; Crédits: Boban Markovic

Afin de diversifier ses sources d’approvisionnement en gaz, l’Union Européenne a soutenu le projet « Nabucco » ou « Corridor Sud », qui prévoit de relier les pays baltes européens aux sources de gaz naturel de la mer Caspienne et de plusieurs régions du Moyen-Orient (Iran, Azerbaïdjan ainsi qu’à terme Irak). Lors de sa planification au milieu des années 2000, le projet Nabucco entrait en concurrence directe avec un autre tracé de gazoduc, appelé « South Stream » et exploitable par la société russe Gazprom. Le projet « South Stream » a été abandonné fin 2014, remplacé par le nouveau « Turkstream ». Il traverse bien la mer Noire mais ne touchera pas la terre sur le sol de l’UE comme prévu initialement mais sur le sol turc. Nabucco avait pour but de contourner la Russie par un trajet Azerbaïdjan-Turquie-Italie mais il est fortement remis en cause par la relance du projet Turkstream.

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Le gazoduc Blue Stream; Crédits: Samuel Bailey

La Turquie importe déjà une quantité importante de gaz naturel russe à travers un autre pipeline, « Blue Stream », exploité également par Gazprom, à hauteur de 16 milliards de mètres cubes par an. « Turkstream » viendra, d’ici 2019-2020, compléter l’apport énergétique de manière substantielle, étant donné que sa capacité est 4 fois plus élevée que « Blue Stream », avec près de 63 milliards de mètres cubes de gaz naturel fournis par an à terme (dont plus de la moitié seront destinés à l’Europe). Estimée à plus de 10 milliards de dollars, l’infrastructure sera composée de deux lignes de tuyaux, dont environ 1000 kilomètres entièrement sous la Mer Noire. Parallèlement, la Turquie a confié à une entreprise russe la construction d’une centrale nucléaire au sud du pays, dont le coût est estimé à 18 milliards de dollars.

Pour le chercheur en relations internationales à l’université d’Ataturk, Cemil Dogac Ipek dans un article pour TRT France, journal pro-Erdogan, ce projet permet une « stabilisation des relations turco-russes » et illustre la volonté turque de figurer en « point stratégique dans la carte de l’énergie internationale » afin d’accompagner « la transformation de la Turquie en un acteur régional et international » : « TurkStream sera l’une des démarches les plus importantes de la Turquie dans la voie du renforcement de sa stratégie nationale en matière d’énergie » affirme-t-il.

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