Quelle gouvernance pour la zone euro ?

Face à la situation économique de l’Union Européenne aujourd’hui, dont le taux de croissance du PIB est de -3%, le candidat socialiste aux élections présidentielles Benoit Hamon propose l’idée de la création d’une assemblée de la zone euro. Avec l’aide de l’économiste français Thomas Piketty, ils ont défini des objectifs afin de redresser l’économie des pays intégrés à la zone euro, et également pour rendre sa gouvernance plus accessible aux peuples des Etats membres : ils veulent remplacer l’actuel Eurogroup par un parlement composé de députés des différents pays concernés.

Le vendredi 10 Mars, Benoit Hamon a présenté son objectif de créer une gouvernance de la zone euro qui remplacerait l’Eurogroup existant. Actuellement, la situation économique des Etats membres de l’Union Européenne n’est pas prospère : en 2009, le taux de croissance du PIB de l’Union Européenne était descendu à près de -4,1% à cause de la crise des subprimes, qui a touché d’abord les Etats-Unis puis l’Europe. En 2015, ce taux s’est redressé à presque 2%, mais ce n’est toujours pas florissant.

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De même, les taux de chômage ont largement augmenté ces dernières années, notamment en Grèce, qui comptabilisait près de 25% de chômeurs en 2015. La Grèce est l’un des pays le plus touché par cette crise européenne : en 2016, son PIB réel était inférieur de 30% par rapport à celui de 2007, soit une chute considérable pour l’économie du pays. Elle a aujourd’hui du mal à se redresser, d’autant plus que sa chute n’a fait que s’amplifier ces dernières années. Son économie semble être prise dans un cercle vicieux. Une situation économique bien loin de celle de l’Allemagne, qui avait un taux de croissance du PIB en 2016 de 1,8%, ainsi qu’un taux de chômage en 2015 de moins de 5%.  Tous ces facteurs – taux de chômage et d’endettement élevé, investissements faibles – peu encourageants ne font que contribuer à la situation déséquilibrée de l’Union Européenne actuellement, dont 19 pays ont adopté la monnaie unique depuis le 1er Janvier 2015. Car ces pays membres ayant adopté comme monnaie unique l’euro, les déséquilibres des politiques économiques, c’est-à-dire des politiques budgétaires et monétaires, qui touchent un pays ont des répercussions sur les autres pays de la zone euro.

Politique montaire
Crédits: leconomiste.eu

C’est la Banque Centrale Européenne (BCE) qui gère la politique monétaire des 19 pays de la zone euro. Elle a un seul objectif, qui est de contenir l’inflation entre 1 et 3% (contrairement à la Fed, Banque centrale américaine, qui a pour objectif supplémentaire le plein-emploi). La BCE détient le monopole sur la fixation des taux d’intérêt directeurs, qui ont des répercussions immédiates sur les économies des pays membres de la zone euro au travers des taux d’intérêts des banques commerciales. Cela influe sur les volontés d’emprunt des ménages et leur capacité à les rembourser, car plus un taux d’intérêt est élevé, moins les ménages auront facilement accès à un prêt . Le problème que la gauche socialiste pointe aujourd’hui est, qu’à l’échelle nationale, les pays n’ont pas la possibilité de faire varier les taux d’intérêt directeurs et donc les taux d’intérêt des banques. Cela les empêche d’adapter leur politique monétaire à leur situation économique. La politique anti-inflationniste de la BCE peut parfois avoir des conséquences négatives concernant certains pays, car le taux d’inflation a été fixé par l’institution européenne autour de 2%, et celui-ci ne peut que très peu évoluer, afin de garantir un équilibre économique dans les différents pays. Les Etats n’ont donc plus de levier monétaire étant donné que la BCE en détient le contrôle : des mesures très rigides sont actuellement en vigueur telles que la règle des 3% de déficit ou encore des 60% de dette. C’est donc redonner cette capacité de contrôle monétaire que le candidat socialiste souhaite redonner aux 19 pays de la zone euro.

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Jeroen Dijsselbloem, président de l’Euorgroup (Crédits: Parlement Européen)

Pour tenter de réguler l’économie de l’Union Européenne aujourd’hui, l’Eurogroup, actuellement présidé par Jeroen Dijsselbloem, n’est pas une réelle institution européenne mais joue un rôle important dans la politique économique de la zone euro en jouant sur la conjoncture macroéconomique ou encore la coordination des politiques budgétaires. Elle est composée de 19 ministres des finances des Etats membres de la zone euro, avec Michel Sapin en tant que ministre français de l’économie et des finances. Depuis 1997 et la création de l’Union Economique et Monétaire (UEM), ces différents ministres des finances se réunissent à Luxembourg.

« Je propose aux Etats membres de la zone euro un traité budgétaire qui prévoit la mise en place d’une Assemblée démocratique représentative, qui serait principalement l’émanation des Parlements nationaux », Benoit Hamon.

Benoit Hamon veut donc, par la création d’un parlement de la zone euro, redonner la capacité aux Etats membres de contrôler leur économie monétaire afin de l’adapter au mieux aux situations économiques des différents pays. Cette mesure radicale est également défendue par le candidat aux élections présidentielles Emmanuel Macron , qui voudrait un : « vrai budget, avec un gouvernement économique et avec un vrai Parlement de la zone euro ».

Ce parlement de la zone euro serait constitué de 400 députés des parlements nationaux, dont leur nombre par pays sera proportionnel à la population et aux groupes politiques de ces parlements. De plus, elle comptera environ 80 eurodéputés parmi ses 400 membres. Ainsi, il prévoit pour cette assemblée d’être responsable de la gestion du budget monétaire de la zone euro en Union Européenne dans le but d’améliorer la situation économique des pays membres, parfois critique pour certains d’entre eux.

Son but est que cette nouvelle gouvernance puisse débattre publiquement, et décider du budget de la zone euro, des politiques fiscales et sociales des pays de l’Union Européenne, ou encore des mesures à prendre pour réduire les déficits. Il ne veut cependant pas renégocier les traités monétaires déjà existants mais simplement les compléter.

Soutenu par l’économiste français Thomas Piketty, ils expliquent qu’ils veulent renforcer la zone euro mais également démocratiser le système de décisions : cette nouvelle assemblée aurait le pouvoir d’influencer les décisions des chefs d’Etat concernant les politiques monétaires de l’Union Européenne ; de plus, elle aurait la capacité de soumettre des idées de lois, contrairement à la position actuelle du Parlement Européen. Ainsi, cela donnerait la possibilité aux différents Etats d’avoir des représentants directs pouvant prendre des décisions monétaires qui iront plus dans le sens de l’économie de leur pays.

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Crédits: Reuters

Son projet n’a pour l’instant qu’été présenté aux différentes instances de l’Union Européenne pour faire l’objet d’une évaluation. Cependant, elle commence déjà à faire débat. Le Commissaire Européen aux affaires économiques et étrangères Pierre Moscovici, explique qu’il serait impossible de mener à bien ce projet. Cette idée serait peut être à développer, mais seulement avec des eurodéputés de la zone euro et la participation de députés nationaux. La gestion de la monnaie de l’Union Européenne reste sujette à débats.

D’autres groupes, plus minoritaires, soutiennent cette idée de gouvernance de la zone euro, tels que le « Cercle des Economistes », fondé par Jean-Hervé Lorenzi. Ils sont pour un « organisme politique à plusieurs vitesses » et ont publié une tribune dans les Echos en septembre 2016 présentant leurs motivations intitulé « Pour un Parlement de la zone euro« .

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