Picabia à l’honneur au MoMA New-Yorkais

Le célèbre peintre dada français Francis Picabia fait l’objet d’une rétrospective passionnante au dernier étage du grandiose Museum of Modern Art de New York. L’occasion de s’intéresser de  plus près à ce mouvement éclectique.

Dada c’est quoi ?

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Francis Picabia, L’Oeil cacodylate (1921)

La naissance du dadaïsme

Zurich, février 1916, un mot est choisi au hasard d’un dictionnaire, vraisemblablement par Tristan Tzara. »Approprié aux sonorités de toutes les langues », dada convient parfaitement à ces artistes venus de toute l’Europe qui entendent « rappeler qu’il y a au-delà de la guerre et des patries, des hommes qui vivent d’autres idéaux », Hugo Ball dans l’éditorial de l’unique numéro de la revue « Cabaret Voltaire ». C’est en effet en réaction à la violence de la Première guerre mondiale que nombre d’intellectuels et artistes français, allemands ou encore roumains, choisissent de s’exiler, certains à Zurich, d’autres à New York. Ce seront les deux grands foyers du dadaïsme, cependant la fin des hostilités marquera l’expansion de dada des capitales européennes jusqu’à Tokyo. Chacun de ces foyers développe des formes et des contenus différents, si bien qu’il est impossible de parler d’un style dada : son unité réside tout au plus dans une commune recherche pluridisciplinaire.

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Définition de dada Tzara

Une remise en question des conventions

Dada met en avant un esprit mutin et caustique, un jeu avec les convenances et les conventions de son époque, un rejet de la raison et de la logique mais aussi de l’art conventionnel. Dada est une véritable rupture. Les artistes de dada se voulaient irrespectueux, extravagants, affichant un mépris total envers les « vieilleries » du passé. Leurs esprits irrévérencieux et légers cherchaient à atteindre la plus grande liberté d’expression, en utilisant tout matériau et support possible. C’est pourquoi Dada est si singulier, le mouvement ne se limite pas à la peinture mais s’ouvre au contraire au dessin, à la poésie, à la conception d’objet, au photocollage, à la littérature et d’autres encore. Ils se veulent ingénieurs engagés. Ils avaient pour but de provoquer et d’amener le spectateur à réfléchir sur les fondements de la société. Les dadas cherchaient également une liberté du langage, qu’ils aimaient lyrique et hétéroclite.

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Marcel Duchamp, Fontaine 1917

Cette œuvre est une provocation délibérée. Marcel Duchamp veut tester l’ouverture d’esprit du comité chargé d’accrocher et de placer les œuvres à l’occasion du « Salon des Indépendants » de Paris. On reprochait le caractère impudique de l’objet et l’absence d’élaboration de la part de l’artiste mais selon lui, l’idée prévaut sur la création. L’urinoir est en réalité évocateur du cycle des flux de liquides de l’organisme : je bois, j’urine. L’urinoir est une fontaine dont l’homme est la source. Un nouveau regard se pose alors sur l’art : il ouvre la voie aux démarches avant-gardistes les plus extrémistes comme l’art conceptuel (Joseph Kosuth). Il influencera également le Surréalisme et le Pop art (Andy Warhol).

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Man Ray, Le violon d’Ingres (1924)

Man Ray photographie ici Kiki de Montparnasse, dont le dos suggère un violon. L’artiste réalise un photocollage, très novateur à l’époque en  arborant les ouïes de l’instrument sur le corps nu de la jeune femme.

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René Magritte, La trahison des images (1929)

Dans cette œuvre, l’intention la plus évidente de Magritte est de montrer que, même peinte de la manière la plus réaliste qui soit, une pipe représentée dans un tableau n’est pas une pipe. Elle ne reste qu’une image de pipe qu’on ne peut ni bourrer, ni fumer, comme on le ferait avec une vraie pipe.

« Nos têtes sont rondes pour que nos pensées puissent changer de direction »

Derrière ce titre énigmatique,  se trouve le nom de l’exposition consacrée à l’œuvre de Francis Picabia. Le MoMA retrace l’ensemble de la carrière du peintre, décédé à Paris en 1953 à l’âge de 74 ans. L’exposition regroupe plus de 200 œuvres signées Picabia, dont 125 peintures et un film. Une première aux Etats-Unis !

L’exposition vise à faire progresser la compréhension de l’implacable changement de forme de Picabia. Mais aussi de se questionner sur son interrogation persistante,  comme un grand nombre de dadaïstes, sur le sens et le but de l’art a assurer l’influence durable de son héritage iconoclaste. Le lieu est idéal pour une telle exposition, car c’est à New York que l’artiste s’est construit. C’est lorsqu’il s’y rend, en 1913 et qu’il présente quatre tableaux  lors d’une exposition, qu’il devient mondialement célèbre. Il lance également un magazine avec Man Ray et Marcel Duchamp, « 391 ». Ce voyage marquera fortement Picabia qui qualifie la ville de futuriste et il y consacrera de nombreux tableaux comme « New York et la Danseuse étoile sur un transatlantique ».

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Francis Picabia, New York et la Danseuse étoile sur un transatlantique (1913)

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