Protectionnisme, le retour !

Dans les journaux, à la radio, à la télé… Ces deniers temps le protectionnisme est au centre de l’attention dans les médias. Il faut dire que les populistes le clament haut et fort comme étant  le remède aux méfaits de la mondialisation, la solution miracle à la hausse du chômage et à la fermeture des usines. En France, alors que les élections présidentielles approchent à grands pas, nous le retrouvons dans les programmes électoraux, notamment celui du Front National et de La France Insoumise. Mais, s’il est omniprésent dans l’actualité, il est difficile parfois d’en distinguer concrètement les tenants et les aboutissants.

Pourquoi vouloir adopter des mesures protectionnistes ?

Si l’on s’en tient à la définition théorique, le protectionnisme est une doctrine économique dont l’objectif est de restreindre l’accès aux marchés nationaux pour les produits venus de l’étranger. En somme, il consiste à protéger les entreprises nationales contre la concurrence étrangère en interdisant ou limitant les importations de biens et services. Les fondements du protectionnisme sont divers.

« Toute forme de protectionnisme est vouée à l’échec. Le seul qu’on accepte en théorie économique, qui est même nécessaire, est le protectionnisme éducateur. Il s’agit de protéger une industrie naissante, comme l’impression 3D, pour lui permettre d’émerger », affirme l’économiste Christopher Dembik.

Selon l’analyse de Friedrich List au XIXème siècle, des mesures protectionnistes dites « éducatrices » peuvent être engagées afin de protéger des industries naissantes : elles ne bénéficient pas encore d’économies d’échelle et ne servent donc pas encore de moteur pour la croissance économique. Ce protectionnisme, temporaire, a ainsi pour but de leur donner le temps nécessaire à leur développement et à leur modernisation pour faire face à la concurrence internationale.

La crainte des licenciements, du chômage et la volonté de protéger les secteurs confrontés à une forte concurrence mondiale peuvent justifier un certain protectionnisme. Jean-Luc Mélenchon propose dans son programme de lutter contre la délocalisation à l’origine du licenciement de milliers d’ouvriers. De même, François Ruffin dans son documentaire « Merci Patron ! » prônes des mesures telles que les quotas, les barrières douanières ou encore les réquisitions afin de pallier à la précarité de l’emploi ouvrier.

Les pays riches redoutent les effets de l’ouverture commerciale et son influence sur la rémunération des facteurs de production : ils dénoncent les pays en développement de pratiquer le dumping social c’est-à-dire de mettre en concurrence leur main d’œuvre moins chère avec celle des pays développés.

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Comment se traduit le protectionnisme ?

En pratique, il est difficile de repérer quels sont les producteurs déloyaux qui dérogent aux règles concurrentielles instaurées par l’Organisation Internationale du Travail. De plus, certains pays sont accusés de dumping social bien que leurs coûts salariaux très faibles s’expliquent par une main d’œuvre extrêmement conséquente et leurs exportations reflètent en fait leurs avantages comparatifs.

En guise de protection du marché intérieur, les pays peuvent alors choisir de mettre en place une politique protectionniste d’ordre tarifaire, à savoir une barrière douanière sous forme de taxes ou droits de douanes sur les importations afin de limiter l’entrée de produits étrangers. Ces mesures augmentent le prix des produits étrangers ce qui est censé diminuer la demande de ces produits au profit des produits nationaux.

C’est exactement ce qu’entend faire le nouveau président des Etats-Unis, Donald Trump, en instaurant des droits de douanes de 45% sur les importations chinoises et de 35% sur les importations mexicaines. Mais ses ambitions ne s’arrêtent pas là, il réserve aux autres produits étrangers une taxe générale de 10%.

Mais les mesures protectionnistes peuvent également être non tarifaires. L’importation peut être régulée grâce à des quotas qui limitent la quantité de biens importés mais aussi par le biais de normes sanitaires et techniques ou administratives.

Les subventions aux exportations sont aussi assimilées à des formes de protectionnisme et génèrent des débats comme celui qui oppose les économistes à pro

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pos d’Airbus et de Boeing alors que les américains accusaient Airbus de recevoir de l’UE des subventions interdites à l’exportation.

Enfin, le protectionnisme peut être monétaire : un pays peut sous-évaluer sa monnaie nationale, c’est-à-dire diminuer son taux de change par rapport au dollar, dans le but d’améliorer la compétitivité-prix des produits exportés. C’est exactement ce dont les Etats-Unis accusent la Chine qui dévalue le yuan et est ainsi dénoncée pour concurrence déloyale et dumping monétaire.

Pourquoi est-ce risqué d’user de pratiques protectionnistes à outrance ?

Tout d’abord, il présente prioritairement un avantage pour les activités et entreprises nationales qui sont ainsi protégées mais ce faisant, elles ne sont pas stimulées dans la réalisation de gains de productivité ou d’innovations. Or, cette dernière est extrêmement bénéfique à la croissance économique : elle est à l’origine de procédés desquels découle du progrès technique qui permet quant à lui des gains de productivité. Cette innovation peut aussi porter sur les produits et ainsi renouveler voire soutenir la demande.

De plus, le prix des produits augmente et ce au détriment du pouvoir d’achat des consommateurs d’autant que la qualité des produits n’est pas garantie supérieure ou égale à celle des produits importés. Pour les tenants de l’économie néoclassique, les droits de douanes représentent un coût artificiel ne permettant ni le bon fonctionnement de l’offre et de la demande ni l’allocation optimale des ressources.

Freinant les exportations, il peut également être à l’origine de l’appauvrissement des autres pays et plus encore, on peut craindre des effets cumulatifs récessifs à l’échelle mondiale.  Les échanges internationaux sont au cœur du système mondial et une généralisation du protectionnisme ne pourrait aboutir qu’à un effondrement des débouchés internationaux des entreprises plus que cela ne leur serait bénéfique.

Les années 30 sont restées pour cela un évènement emblématique représentatif de ce à quoi peut conduire le protectionnisme. En effet, à la suite du krach de 1929, lorsque la loi  Smoot-Hawley est votée imposant des droits de douanes colossaux compris entre 38 et 50%, les mesures protectionnistes se mondialisent tout comme la Grande Dépression et le système s’effondre. En effet, tout s’écroule : les échanges mondiaux chutent d’environ 70%, le taux de chômage s’envole aux alentours des 9% et ne cesse de croître jusqu’en 1932.

Protectionist_measures_taken_2008–2013_according_to_Global_Trade_AlertPourtant, il semblerait que les années 30 et les impacts désastreux du protectionnisme sur l’économie mondiale à ce moment-là aient été vite oubliées par certains. En effet, selon
l’économiste Nicholas Fawcett, si l’on reprend l’exemple des barrières tarifaires que Donald Trump à l’intention de mettre en place, à savoir des taxes respectives de 45% et 35% sur les produits venus de Chine et du Mexique, si les deux pays imposent des taux similaires aux produits américains, les Etats-Unis verraient leur PIB baisser de 0,7 points de pourcentage en deux ans et la Chine de 0,3.
On peut aisément imaginer l’impact que cela aurait sur l’investissement des entreprises mais aussi sur les emplois en lien avec l’exportation et enfin sur la consommation. Plus alarmant encore, d’après Les Echos, le FMI estime que si une hausse des prix des produits importés de 10% venait à être générée, le PIB mondial subirait une perte de 1,75 point de pourcentage en à peine cinq ans.

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