Le FN, l’autre autre visage de la France

Crédité à 30% d’intention de vote au premier tour à la prochaine élection présidentielle, le Front National, avec à sa tête Marine Le Pen, est annoncé au deuxième tour et n’a jamais été aussi proche des portes de l’Elysée. Le parti, autrefois marginalisé, voit sa notoriété croître d’année en année et séduit davantage d’électeurs français.

Le FN, dans la lignée des précédents partis et groupes d’extrême droite

La mouvance d’extrême droite, incarnée par le parti à la flamme bleu blanc rouge, existe depuis plus de 150 ans. Pourquoi aujourd’hui, le FN a-t-il plus de visibilité, plus de crédit que ses prédécesseurs ?

L’extrême droite plante ses racines au XVIIe siècle et se dresse contre la Révolution française, qui est à l’origine de l’instauration d’un régime républicain, imaginé par les philosophes des Lumières. En effet, l’extrême droite revendique, à l’inverse, une pensée traditionaliste qui vise à maintenir un système dans lequel l’ordre est la pièce maîtresse, l’Eglise et les élites sont prépondérantes dans l’encadrement de la société, et où le nationalisme devient le ciment du patriotisme.

Les valeurs sur lesquelles reposent l’extrême droite sont donc le patriotisme, le nationalisme, les valeurs identitaires et culturelles.

Les préoccupations, propres à chaque époque, façonnent à chaque fois une nouvelle facette de l’extrême droite française, sans pour autant en changer les fondements. Après s’être quelque peu éteinte au début du XIXe siècle, à l’issue du rétablissement de la monarchie de Charles X (1815-1830) et de Louis Philippe (1830-1848), elle reprend des couleurs à l’instauration de la IIIe République en 1871.

En faveur d’une souveraineté monarchique et défenseur d’un antiparlementarisme, elle est désireuse de rétablir la figure du dirigeant transcendant, chef suprême et de défendre ses frontières face à l’ennemi Bosch, vainqueur de la guerre franco-prussienne de  1870-1871.

Pourtant, la diffusion des valeurs extrémistes au sein de la population française est loin de s’opérer. La politique, terrain prisé des élites, reste pour le moins, un milieu fermé. Le réveil patriotique a uniquement lieu dans les strates les plus hautes de la société, notamment dans la petite bourgeoisie, qui se dresse contre une République qualifiée de franc-maçonnique et soutenue par la communauté juive. Le premier parti à en faire la promotion est l’Action Française dont le chef de fil, Charles Maurras, est bien connu pour être l’une des figures de proue de l’extrême droite et pour son ralliement aux anti-dreyfusards.

La montée progressive du fascisme et du nazisme, dont l’extrême-droite française s’imbibe pleinement, est loin de provoquer une convergence des intérêts. La multiplication des groupuscules à l’aube de l’entre-deux-guerres, comme les Croix-de-Feu, dirigé par le général de la Rocque ou bien le Parti Populaire Français, impulsé par Jacques Doriot, ne semble que prendre dans les milieux militaires et affaiblit le mouvement qui ne mobilise d’une petite poignée de la population.

Si l’histoire de l’extrême droite en France vous intéresse et que vous souhaitez en savoir plus, nous vous proposons le reportage suivant, réalisé par France 5:

https://www.youtube.com/watch?v=S7rUzn0a-l8Capture d’écran 2017-03-06 à 18.07.34.png

Le FN, un parti comme les autres :

Le Front National naît sous l’impulsion du mouvement Ordre Nouveau (partie d’extrême droite désormais dissout, impulsé par des membres de l’Occident ) en 1972 et voit à sa tête, Jean-Marie Le Pen, vétéran de la Guerre d’Algérie, et connu comme étant un membre actif de l’OAS (Organisation de l’Armée Secrète), durant la guerre d’Algérie.

Pour en savoir plus sur l’évolution du FN à partir de 1972, voici une frise chronologique. Pour la voir en plus grand: cliquez ici.

 

Chronologie-FN-internet.jpg

Le FN, réelle comptabilité avec la République ?

Tout parti politique, en France, doit embrasser les valeurs républicaines, comprises dans la devise française : « Liberté, Egalité, Fraternité ». Examinons de plus près les liens observés entre les valeurs de la République et celles du Parti.

Le FN dénonce les autres partis comme étant des partis uniquement réservés aux élites, et se place alors comme une tribune du peuple et pour le peuple. Son clip de campagne officiel,  illustre bien cette idée.

https://www.youtube.com/watch?v=FYWnuQc5mYA  

Ainsi, il se définit comme le plus à même de respecter l’esprit de la Révolution française, c’est-à-dire d’enfin constituer «Le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.». Si leur discours laisse penser que cette manœuvre est facilement réalisable, il n’en demeure pas moins que leur notion de « peuple » manque de précision.

Les slogans « Chez Nous ! » ou bien « la France aux Français » sonnent, pour certains, comme une provocation xénophobe tandis que pour d’autres, il s’agit bien d’un cri du cœur, comme s’en défend Marine Le Pen. Assez ambigu, l’emploi de ces allocutions soulève plusieurs interrogations dont les plus récurrentes sont : « La venue massive de réfugiés et d’immigrés met-elle en péril la culture française ainsi que son histoire ? » et « Qu’est-ce qu’être français? »

FNJ-2012.png

Le discours nationaliste, profondément axé sur la diabolisation de l’immigré, responsable du manque d’emploi, passager clandestin du système de santé français ou en proie à la délinquance, vise à convaincre les électeurs, craintifs et réticents, face à l’arrivée massive de migrants. Une campagne de propagande qui semble faire son effet.

Les multiples polémiques successives concernant les pratiques religieuses (interdiction du voile, de la burqa, du burkini), les nombreux attentats (qui viennent renforcer la parole islamophobe ), le débat sur l’intégration de l’islam en France, ou tout ce qui y a trait, nourrissent les discours du FN et ont pour ambition de favoriser le communautarisme.

Le multiculturalisme met-t-il en péril l’héritage culturel, historique et sociétal de la France?

Pour les sympathisants, la revendication publique d’une culture et d’une tradition, autres que celles véhiculés par la France, est impensable et représente une menace considérable pour le maintien d’une nation solide et unie: « Petit à petit, ces valeurs, cet art de vivre, cette douceur de vivre est en disparition. Petit à petit, notre identité nationale est attaquée, rongée, érodée, par le communautarisme qui se diffuse partout », déclara Marine Le Pen, lors de son meeting à Beaucaire (département du Gard), en décembre 2013. Ceux qui prônent une assimilation complète ( soit jusqu’à la disparition et l’élimination de toute trace de cultures diverses), qui se traduirait par exemple par l’usage unique du français, tendent à oublier que l’intégration est un processus complexe durant lequel l’individu cherche à concilier ce qui le définit (apport culturel et éducatif des parents, ses origines) et les codes sociaux qui lui sont inconnus. Ainsi, à leurs yeux, ce multiculturalisme, bien loin d’être enrichissant, annoncerait plutôt une « nécrose » de la nation et un développement inéluctable d’une haine envers la France : « Je crois que le multiculturalisme est le germe du multiconflit » a-t-elle confiée dans une interview accordée à Ruth ElKrief, journaliste de BFM TV. Apparait alors l’image d’une France fracturée en deux.

Autre problème souligné par le parti : la « préférence étrangère » qui viendrait supplanter « la priorité nationale ».  Ainsi, le FN souhaite mettre en place une politique qui faciliterait l’accès à l’emploi avant tout pour les détenteurs de la nationalité française ou encore qui refuserait les aides sociales à des personnes qui ne possèderaient justement pas la nationalité. Selon les partisans du FN, l’aide apportée aux migrants et réfugiés se ferait au détriment des français : « notre pays assure confortablement l’accueil et le « confort » des « migrants »  alors que nombre de Français se « battent pour faire face aux réalités quotidiennes». De multiples critiques fusent envers le regroupement familial, appliqué depuis 1961, qui selon le parti a pris trop d’ampleur et favorise l’arrivée de l’islamisme fondamentaliste sur le territoire.

Cette fragmentation entre les Français et les « étrangers » (qui incluent selon eux, immigrés et réfugiés) va à l’encontre même des valeurs françaises. Pour remettre la « priorité nationale » à l’ordre du jour, Il est question de déposséder « les étrangers de les droits politiques, économiques et sociaux » et de restaurer une « primauté » du peuple français sur les autres, comme le laisse entendre Valérie Igounet, dans son article « On est chez nous ». Pas d’Egalité, encore moins de Fraternité, et plus de Liberté devant la loi et devant autrui.

Ainsi, le parti incarne le chauvinisme par excellence, prêt à tout pour défendre ses frontières et ses intérêts.

Partisans convaincus, déçus des politiques, ouvriers, jeunes: typologie de l’électorat du FN

De plus en plus convainquant auprès de la population française, le parti dénonce un système corrompu, pro-libéral qui consume et dessert les intérêts de la France. Une partie de l’opinion publique approuve ouvertement les propos prononcés : elle libère une parole partagée par les plus démunis, par les laissés-pour-compte des politiques inefficaces, appliquées successivement par les deux partis, mais aussi par les jeunes, inquiets d’un avenir qui s’annonce morose.

Le FN crève l’abcès et s’affirme dans les anciens bastions ouvriers où les séquelles de la désindustrialisation et le bilan mitigé de la reconversion professionnelle s’observent. Les élections régionales et départementales de 2015 ont été un vrai tremplin pour le parti et a distribué les cartes. Malgré son échec aux régionales, le FN est tout de même arrivé au deuxième tour dans plusieurs régions dont PACA (Province de Marion Maréchal Le Pen) ou le Nord-Pas-De-Calais-Picardie (région où le taux de chômage est le plus élevé avec 12.8% en 2015).

835775-regionales-2015-second-tour-la-carte-des-resultats-a-21h35

Cette séparation nette entre la sphère politique, réservée à quelques privilégiés, et le reste de la population a laissé des traces dans notre société moderne. Même si l’engouement et la ferveur des électeurs se fait de plus en plus grande, certains restent encore sensibles aux polémiques et aux mesures phares du FN, sans connaitre dans les détails le programme, et cela peut leurs porter préjudice. De ce fait, quand bien même les différents partis font des analyses plus ou moins justes sur la situation actuelle de notre pays, il convient de s’intéresser aux mesures qu’ils souhaitent mettre en place afin de parvenir à résoudre les problèmes relevés, et voir s’ils sont cohérents ou non, réalisables ou non. Toute attitude naïve et passive est donc à bannir au profit d’un regard éclairé sur les mesures proposées.

Ainsi, il est primordial de s’intéresser au programme électoral de chacun des candidats, afin d’en avoir une idée plus précise. Pour voir un décryptage de celui du FN : c’est ici et ici

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s