Pouvoir d’achat, protectionnisme : le programme économique du FN

« Face à la gauche du fric et à la droite du fric, je suis la candidate du peuple », scandait Marine Le Pen lors de son meeting de lancement de campagne en février dernier, à Lyon. Si Marine Le Pen porte un message sécuritaire fort, elle cherche également à apporter des réponses sur le plan économique. Medly-France vous délivre ici l’essentiel de ses propositions pour relancer l’activité et la croissance.


En apparence, face au délitement d’une droite enlisée dans les affaires judiciaires et face à un Parti Socialiste qui peine à rassembler largement autour de lui, le Front National apparaît être uni derrière sa candidate. Néanmoins, une importante ligne de fracture existe bel et bien sur les sujets économiques, entre Florian Philippot et Marion Maréchal Le Pen. Le premier est partisan d’un État fort, régulateur, protectionniste et interventionniste. La seconde est davantage nuancée, avec une ligne souverainiste certes, mais favorable à une certaine liberté et à une flexibilité du marché. Le grand flou au Front National autour du débat sur la Loi Travail illustre en partie cette division interne. Alors que Florian Philippot condamnait ce qu’il assimilait être une loi de régression sociale, Marion Maréchal Le Pen affirmait que le texte posait les « bonnes questions » et avait déposé certains amendements en faveur du petit patronat.

Néanmoins, le parti de Marine Le Pen est clair sur une question : il faudrait retrouver une monnaie nationale et abandonner l’euro. Selon Marine Le Pen, l’euro, indexé principalement sur l’économie allemande, est surévalué pour la France et provoque un déficit de compétitivité. Elle propose donc un retour à une monnaie nationale et plus globalement un repli protectionniste. Profondément opposée au libre-échange, Marine Le Pen participe à une critique virulente de la mondialisation, une tendance illustrée par l’arrivée de Donalrd Trump au pouvoir américain et par le Brexit notamment. Les analyses économiques quant à une sortie de la zone euro, sujet complexe, sont multiples, nous nous y attarderons donc pas ici.

Au-delà du sujet monétaire, Marine Le Pen propose un plan de relance, basé principalement sur le patriotisme économique. Il est important de souligner que ce programme économique n’est pas chiffré, ou du moins selon des hypothèses conjoncturelles peu probables. Ainsi, le Front National assume de ne pas se soucier réellement de l’équilibre budgétaire, en témoigne le catalogue de dépenses nouvelles d’un côté et d’exonérations fiscales de l’autre. Cela suppose que Marine Le Pen devrait emprunter de l’argent sur les marchés financiers, avec des taux d’intérêts plus élevés qu’au sein de la zone euro, ce qui alourdirait mécaniquement le poids de la dette. Le Front National argumente qu’avec une banque de France en capacité d’effectuer à nouveau de la création monétaire (« la planche à billets »), le problème des taux d’intérêts ne se poserait pas. Par ailleurs, Marine Le Pen prévoit de faire des économies sur l’immigration, avec la suppression de l’Aide Médicale d’État attribuée aux individus en situation irrégulière sur le territoire, sur l’Europe, en annulant la contribution française à l’Union Européenne, sur la fraude fiscale, en taxant davantage les multinationales, ou encore sur les collectivités territoriales, en supprimant les régions et les intercommunalités.

Pour relancer la croissance économique, Marine Le Pen plaide pour une relocalisation des activités industrielles au sein du territoire. A travers la création d’une Autorité de Sûreté Economique, certains secteurs stratégiques, comme la Défense, seraient protégés d’éventuels rachats étrangers. Marine Le Pen est en accord sur certaines convictions d’Arnaud Montebourg, et ne s’en cache pas, partisans tous les deux d’un Etat stratège en capacité d’intervenir et de réguler l’économie. Une lutte contre la concurrence internationale déloyale avec une promotion du « Made in France » serait la matrice du projet économique du Front National au pouvoir. Une augmentation de l’ordre de 30% du budget public de la recherche est également à l’ordre du jour, afin d’encourager l’innovation française. Marine Le Pen annonce également que les commandes publiques devront être prioritairement adressées aux entreprises françaises, dont les TPE-PME.

Les dirigeants des petites entreprises étaient généralement réticents à voter FN. Avec son « collectif croissance bleu marine », la candidate cherche à palier à cette situation : simplification administrative, diminution significative des charges sociales et de l’impôt sur les sociétés pour les TPE-PME, facilité d’accès au crédit à travers des taux préférentiels, réorientation d’une part de l’assurance vie vers les startups. Un discours attractif pour les petites et moyennes entreprises, qui rappelle pour certains une tendance poujadiste des années 1950, mouvement politique éphémère porté par un chef d’entreprise à l’encontre de la pression fiscale qu’il subissait, puis plus généralement, à l’encontre du système parlementaire de la IVe République.

Au niveau de la protection sociale, Marine Le Pen souhaite revaloriser le minimum vieillesse et l’Allocation Adultes Handicapés. Par ailleurs, une « prime de pouvoir d’achat » à destination des bas revenus et des petites retraites serait instaurée, alors que dans le même temps, l’impôt sur le revenu diminuerait pour les trois premières tranches fiscales et les tarifs du gaz et de l’électricité seraient abaissés de 5 %. Toujours en faveur du pouvoir d’achat, le Front National propose désormais la défiscalisation des heures supplémentaires, alors que le parti y était défavorable en 2012. Le temps de travail resterait fixé à 35h hebdomadaire, avec possibilité d’allongement sur négociation inter-branches professionnelles. L’âge de départ à la retraite serait fixé à 60 ans, contre 62 actuellement, sous condition d’avoir validé 40 annuités de cotisations. Enfin, le Front National propose l’abrogation de la loi El Khomri et de la directive « travailleurs détachés » qui permet à des salariés de pays européens voisins de venir travailler en France sous les conditions de cotisations sociales de leur pays d’origine.


Le Front National a cherché à construire un programme économique protectionniste, qui favorise les petites et moyennes entreprises, l’industrialisation et l’innovation technologique. Néanmoins, la volonté de quitter la zone euro questionne l’accroissement des déficits publics, l’instabilité monétaire ou encore l’inflation qu’une telle mesure provoquerait. L’absence de chiffrage détaillé interroge également l’application de ce programme économique.

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