La prison : l’envers du décor

La mise en détention apparait comme la solution à tous les problèmes de déviance sociale qui mettent en péril la protection de la société. Cependant, le profil si varié des détenus questionne sur la réelle capacité du système carcéral à les remettre sur le droit chemin.

 Une mise hors d’état de nuire

L’incarcération réprimande un comportement jugé inacceptable et dangereux par la loi. Elle constitue une punition à la suite d’une infraction commise par un ou plusieurs individus. La durée de la peine, d’abord inscrit dans le Code pénal, se module en fonction des circonstances dans lesquelles l’infraction a été commise et du casier de la personne. Auteurs d’une faute grave, mettant en péril le bon fonctionnement de la société, les individus sont mis hors d’état de nuire pour préserver la sécurité des autres. Une manière, en quelque sorte d’étouffer les maux les plus présents : atteinte à l’intégrité de l’être humain par la violence (crime, viol etc…), atteinte à la santé publique (trafic de stupéfiants), atteinte à l’identité (autant ce qui concerne l’appartenance religieuse, l’orientation sexuelle ou bien l’appartenance à une communauté quelconque), atteintes aux intérêts fondamentaux de la nation (terrorisme, espionnage)

Les acteurs de la vie civile (parents, mariés, amis etc…) n’y pénètrent que partiellement par le biais des parloirs, par le récit émietté des détenus et n’y ont pas plus accès lors de la sortie de prison. Les ex-détenus ressentent le besoin d’occulter cette partie de leur vie, afin d’amorcer un nouveau pan de leur histoire.

Immersion dans le monde carcéral où détenus et gardiens pénitenciers se côtoient

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La prison est vue comme un espace où toutes les libertés de mouvement et d’agir sont restreintes. Les détenus sont contraints de rester entre 20 et 22h dans leurs cellules. Le quotidien s’organise autour d’un vivre-ensemble qui impose un respect mutuel entre  gardes pénitenciers et détenus. Les détenus, notamment les plus jeunes ne se plient pas aussi facilement aux règles et montrent leur hostilité face à une figure d’autorité qu’ils méprisent. Un rapport tendu qui se traduit par de violentes altercations. Les deux syndicats du secteur pénitencier Ufap-Unsa et FO Pénitentiaire ont appelé à la manifestation, le 29 Septembre 2016, en réaction aux agressions répétées envers les personnels pénitenciers. Un appel au secours adressé à l’Etat, dans l’optique d’obtenir un renforcement des effectifs et un fond financier plus conséquent.

Dans une perspective d’assouplissement des règles et de temporisation des tensions, le programme « Respect », inspiré du Modulo Respeto (modèle carcérale espagnol) a été instauré en 2014 dans plusieurs centres pénitenciers. Le principe est simple : un contrat qui assigne les détenus à des obligations mais qui, par leur bonne conduite, bénéficie d’ « avantages ». La partielle restitution de leur droits respectifs les prépare de fait à un retour à la liberté, à la fin de leur peine. Un contrat qui, une fois, violé, annule tous ces privilèges.

Le système carcéral, obsolète ou trop laxiste ?  

Depuis quelques années, le système carcéral s’enraye.

La réforme judiciaire menée à bien par l’ancienne gardienne des Sceaux, Christiane Taubira, en 2014 avait pour objectif de durcir la répression et de réduire les récidives. Faites vos adieux aux peines planchers pour les récidivistes, instaurées sous la présidence de Sarkozy, et dites bonjour à la « contrainte pénale », nouvelle peine sans emprisonnement. Pointée du doigt par l’opposition, cette opération a failli, provoquant comme conséquences inéluctables une explosion des condamnations pour délits commis en récidive (de 4.2% à 12.1%) et du nombre de détenus (35% en plus). Les petits délinquants sont plus largement exposés aux récidives, lâchés par la justice après leurs peines. La justice ne prévoit aucun suivi social ou judiciaire pour eux. Une première faille du système qui est loin d’être résolue. Si la peine de prison apparait aux yeux d’un bon nombre comme mérité, elle ne semble plus sensibiliser les détenus, qui retournent en prison aussitôt sortis.

Si les membres de l’opposition ont affirmé que l’ancienne garde des Sceaux a « ouvert en grand les portes des prisons », aucune corrélation n’existe entre l’augmentation de la population carcérale et cette réforme. La nomination de Taubira n’a aucunement inversé cette tendance. La prison de Fresnes, dans le Val-de-Marne, vitrine de ce phénomène, comprenait en 2013 une fréquentation de 156% .

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La sur-fréquentation entraine une surpopulation des cellules exigües, dans lesquelles logent plus de 4 personnes. Une intimité de plus en plus disparate. Les conditions de détention déplorables doivent être à la hauteur de ce qu’une vie humaine mérite. Cependant, celles-ci se dégradent à perte de vue, allant des infrastructures très vieilles pour la plupart datant du XIXème siècle (du temps du « bagne »), du mobilier infecté par les punaises de lit et des rats qui y ont trouvé refuge. Un phénomène d’insalubrité qui touche les plus vieilles prisons de France.

Le garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas a tout de même veillé à rassurer en assurant la construction entre 10 300 et 16 140 cellules supplémentaires d’ici 2025.

Parmi les critiques proférées à l’encontre de la prison, les traitements à l’égard des prisonniers. Dostoïevski, romancier russe du XIXème siècle, célèbre pour avoir écrit notamment Les Frères Karamazov opposant au concept même de prison a énoncé : « l’État de droit ne doit pas cesser à la porte des prisons ». La détention prive les individus de leurs libertés de propriété, de mouvement et d’action. Or lorsque le pas de la porte des prisons est franchi, le champ de libertés restreintes s’élargit considérablement, de la liberté d’expression à la liberté de disposer de son propre corps et de sa dignité.

A la recherche d’une seconde chance

Comment se détacher des étiquettes « prison », « toujours dangereux » alors qu’on sait que le passé carcéral et l’image du prisonnier collent à la peau. La fin de la peine n’est pas synonyme pour autant de liberté d’être indifférent. L’ombre de la prison plane sur l’ex-détenu. Comment se déroule la réinsertion ?

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« Celui qui ouvre une porte d’école ferme une porte de prison »

Victor Hugo, fervent défenseur des droits humains et détracteur de la peine de mort, défend l’institution sacrée, qui prévient les actes de délinquance et les actes répréhensibles.  Pour cet auteur du XIXe siècle, l’école est le moyen le plus sûr d’éduquer un individu, afin de le détourner des mauvaises voies qu’il pourrait emprunter.

Si pour les prisonniers, leurs perspectives d’avenir s’achèvent à leur entrée, la prison reste un lieu d’éducation et d’insertion sociale. Le droit à l’enseignement, droit fondamental, ne peut pourtant s’exercer entièrement. Pour les détenus plus âgés, les chances de poursuivre en prison sont minces.

Par l’intermédiaire de l’émission 7 milliards de voisins sur RFI, Emmanuelle Bastide a consacré toute sa chronique du 17 février dernier à l’école en prison. Le témoignage de Mamadou, étudiant en Bac +4 condamné à un 1 an de prison ferme, porte sur l’accessibilité des offres post-bac. Il explique que les demandes de poursuite d’étude peinent à obtenir une réponse. Donc la carence des formations et le manque d’enseignants dans le système carcéral se fait ressentir. Néanmoins la prise en charge de ceux-ci leur donne une chance de combler leurs lacunes et de consolider les bases. Pour ce faire, les prisons disposent d’une bibliothèque, qui dans la plupart des cas est incomplète, et de salles de classes où les prisonniers peuvent réviser en toute tranquillité.

Par l’école, les détenus se construisent en tant que futur citoyen, prêt à se réinsérer dans la société et renouent avec l’espoir d’une vie meilleure à la sortie.

 

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