Les freins à l’initiative lycéenne

         Dans sa mission d’émancipation de l’individu, l’Ecole – et notamment le lycée qui marque la dernière étape de transition vers la citoyenneté adulte –  a progressivement mis en place différents dispositifs visant à donner une place aux lycéens qui veulent s’engager. Les organes de démocratie lycéenne (CVL, CAVL, MDL, etc) sont autant d’espaces qui offrent aux lycéens des moyens de mener des projets de leur propre initiative, de contribuer à un meilleur climat scolaire, de construire une démarche participative. Mais à plusieurs niveaux, des freins empêchent les lycéens de bénéficier de ces structures et d’être acteurs de leur environnement.

La barrière des compétences

            Comme souvent lorsqu’il s’agit d’entreprendre, les barrières administratives constituent le premier obstacle à l’initiative lycéenne. Créer une association ou un journal au sein de son lycée, passer une commande, communiquer autour d’un événement, autant de projets qui enrichissent le quotidien de la communauté scolaire mais qui nécessitent des compétences particulières et parfois inaccessibles pour ceux qui n’ont pas le privilège d’avoir une expérience dans ces domaines.

La loi prévoit par exemple l’obligation de fonder une Maison des Lycéens dans chaque lycée, exclusivement gérée par les lycéens. L’objectif est louable, étant donné que ces MDL sont vectrices de projets qui participent pleinement à l’émancipation des jeunes : culture, sport, citoyenneté, humanitaire, etc… Mais la création d’une Maison des Lycéens nécessite des compétences de gestion, de management, administratives, comptables, communicatives, et les lycéens sont bien souvent livrés à eux-mêmes.

Tout lycéen qui a la volonté de s’engager gagnerait indéniablement à acquérir ces savoir-faire multiples, pour la suite de son engagement citoyen, pour son épanouissement personnel ou bien entendu dans le monde professionnel. L’extension des formations académiques à tous les lycéens volontaires et pas seulement aux élus permettrait de combler ce déficit de compétences qui empêche la mise en place de projets d’intérêt général et répondrait à la soif d’engagement d’une part du public lycéen.

16709570_1853876584878753_145926068_o
Assises de la FMDL (Fédération de Maisons des Lycéens)

Une autorité qui restreint plutôt qu’une administration qui accompagne

         Un autre frein se situe dans l’administration du lycée et dans la confiance qu’elle accorde à toute proposition de la part du public auquel elle doit participer à l’émancipation. Cet état de fait reste évidemment variable selon les établissements mais se trouve être la raison de l’arrêt de projets impulsés par les élèves. Volonté de contrôle permanent sur la vie lycéenne, primat de la sécurité et de l’ordre sur la liberté d’entreprendre, manque de confiance quant à la capacité des lycéens de gérer des budgets, nombreuses sont les causes qui instituent entre le public et l’administration un lien de pur subordination, quand parfois une proportion de coopération serait profitable à tous. L’organisation du moindre événement destiné à améliorer le climat scolaire ou à proposer un service au collectif peut se transformer en véritable bras de fer, crispant les relations « élèves/adultes ». Cette situation institue alors, plus ou moins consciemment, une figure d’une autorité répressive face à l’initiative bénéfique de l’individu.

L’exemple de l’engagement lycéen démontre donc une nécessaire réorientation de l’enseignement, plus globale, qui inclut une nouvelle conception du rapport entre le corps enseignant et administratif d’un établissement et son public. Une dynamique tournée vers la coopération, vers la co-construction apaiserait les tensions dans les milieux scolaires et inspirerait progressivement une autre vision sociétale, tournée vers la coopération plutôt que vers la confrontation.

Verticalité de l’initiative

         Dans la plupart des projets visant à prolonger l’expérience éducative au-delà de la dimension purement scolaire, le devoir et le pouvoir d’initiative est majoritairement concentré au sommet d’une hiérarchie qui fait peu de sens dans la logique émancipatoire de l’école. D’abord soumis à une stricte validation de l’administration, les démarches se voient parfois supervisées par des professeurs ou des encadrants pourtant étrangers du cœur du projet dans une optique de contrôle.

De même, les projets les plus ambitieux sont pour la plupart du temps impulsés par le haut de la direction, les élèves ayant peu de crédit face aux décideurs dès lors qu’il s’agit de gérer des relations extérieures au lycée, de contacter des entreprises ou des associations, ou d’employer des sommes conséquentes mais pourtant indispensables.

D’un autre côté, cette verticalité se retrouve au sein même du public lycéen, les instances élues (CVL, CAVL, MDL, délégués) étant considérées comme les seules légitimes pour décider de l’initiative collective, le reste du public étant subordonné ou marginalisé.

S’il est évident que tous les lycéens ne sont pas mobilisables sur tous les projets, et même ceux dont l’intérêt est incontestable, l’inclusion étendue des publics à l’élaboration de projets extrascolaires serait bénéfique, autant sur le plan personnel que collectif. La construction d’un modèle où chacun est acteur de son destin et de son environnement romprait avec une tradition de la décision uniquement par les élus, ou par ceux dont la position garantit la légitimité.

16684869_1853876668212078_880673442_n
Bureau de la FMDL

La nécessité d’impulser une culture de l’engagement

Tous ces efforts pour lever les verrous qui neutralisent le bénéfice de l’initiative lycéenne resteraient anecdotiques sans le développement général d’une culture de l’engagement et du goût pour l’entreprise collective. En effet, l’absence de cet encouragement à l’action est doublement préjudiciable. D’une part, elle rend logique l’inaction des publics au sein de leur établissement, puisqu’il n’explicite en rien l’intérêt pour chacun d’être acteur de son environnement scolaire. D’autre part, elle rend moins réceptifs les lycéens qui ne s’impliquent dans des initiatives qui leurs sont destinées, parce qu’il semble admis que l’engagement est l’affaire d’une minorité, ce qui divise infiniment le bénéfice global de ces démarches.

         Cette culture de l’engagement s’encourage notamment par une reconnaissance accrue du travail et de la volonté des lycéens qui le décident, notamment par une valorisation personnelle pour continuer à motiver les éléments moteurs, par exemple via une refonte de la mention « Engagement Lycéen » qui inclurait désormais une grille des compétences extrascolaires développées à l’issue de cette expérience. La culture de l’engagement doit également être mise en avant au travers du collectif, pour souligner la primauté de l’intérêt général sur le personnel : cela peut être réalisé par un soutien sans ingérence (financement, aide technique, accélération des processus), ou encore par la logique de coopération développée plus haut.

Pour contacter la FMDL :

 Siège et administration

13 Boulevard de Rochechouart, Paris

Contact

Téléphone : 09 80 80 85 70
E-mail : contact@federation-mdl.fr

La page Facebook: https://www.facebook.com/MDL.reseau/

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s