Aulnay-sous-Bois : retour sur l’affaire Théo

Toute la semaine, la tragique histoire de Théo, jeune homme de 22 ans, a agité citoyens, médias et politiques. Retour sur cette affaire.

Les faits :

Jeudi 2 février à Aulnay-sous-Bois, un jeune homme de 22 ans s’interpose lors d’un contrôle d’identité à la cité des 3000. Dans un état grave et toujours hospitalisé, Théo a témoigné sur ce qu’il s’est passé  :

Il me regarde, j’étais de dos, mais j’étais en trois quart, donc je voyais ce qu’il faisait derrière moi. Il prend sa matraque et il me l’a enfoncée dans les fesses, volontairement. Dès qu’il m’a fait ça je suis tombé sur le ventre, j’avais plus de force. Là il me dit ‘les mains dans le dos’, j’ai dû mettre mes mains dans le dos, ils m’ont mis les menottes et là ils m’ont dit ‘assieds-toi maintenant’, je leur ai dit ‘j’arrive pas à m’asseoir, je sens plus mes fesses’, et ils m’ont mis des gaz lacrymogènes dans la tête, dans la bouche, un coup de matraque en pleine tête, et moi j’avais tellement mal aux fesses que cette douleur-là semblait éphémère.

Les policiers ont parlé de geste « accidentel ». Aujourd’hui, l’un est accusé de viol par personne ayant autorité et les trois autres de violences volontaires. Théo, qui rêvait de football, est arrêté de travail pour soixante jours et pourrait garder des séquelles à vie. Son avocat, le célèbre Eric Dupond-Moretti, a d’ailleurs rappelé que le colon était touché et que Theo allait surement devoir se faire greffer un anus artifice. Une telle violence de la part des forces de l’ordre a exacerbé un sentiment d’injustice et de colère chez les jeunes, provoquant des échauffourées à Aulnay-sous-Bois. La police a procédé à des dizaines d’interpellations, Théo appelle au calme et à l’unité depuis son lit d’hôpital. Une marche blanche a eu lieu à Aulnay en signe de soutien et pour réclamer la justice. L’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN), la police des polices, semble écarter l’hypothèse d’un viol délibéré et parle de geste accidentel. Une conclusion qui semble amère pour beaucoup de citoyens qui n’ont cessé de manifester depuis.

 

Quelles réactions politiques ?

La classe politique a rapidement réagi à l’agression de Théo par les quatre policiers. A gauche comme à droite, tous témoignent de leur émotion en indiquant que la lumière doit être faite sur cette affaire et que les policiers doivent être fermement condamnés si les faits étaient avérés par la justice.

Lors de la séance de questions au gouvernement du 7 février, le député socialiste Daniel Goldberg a interpellé le ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux sur l’affaire et a souligné la nécessité de rétablir un respect mutuel entre policiers et citoyens.

François Hollande s’est par ailleurs rendu au chevet de Théo pour lui apporter son soutien : un geste symbolique pour le président qui a renoncé le récépissé pour les contrôles d’identité, avec son ministre de l’intérieur Manuel Valls qui préférait « faire confiance aux policiers ».

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Seule Marine Le Pen se distingue par une position très dure et sans la moindre compassion pour Théo, victime de violences policières. Elle se met du côté des policiers en attendant le verdict de la justice.

La fracture entre police et citoyens

L’affaire Théo est certes largement relayée dans les médias, mais il ne s’agit pas d’en faire un cas isolé. La mort d’Adama Traoré, dans des circonstances troublantes, avait déjà ému la France ces derniers mois et la famille continue de se battre pour obtenir justice. Mais au-delà de ces faits, ce sont les nombreuses utilisations disproportionnées de la violence par les dépositaires des forces de l’ordre qui doivent nous interroger : insultes racistes, contrôles au faciès, intimidations. Si ces faits concernent généralement une minorité de policiers et de gendarmes, ils minent le lien entre le peuple et les représentants de l’Etat et conduisent nécessairement à des fractures dans la société notamment dans les banlieues. La déclaration explicitement raciste du syndicaliste policier Luc Poignant censé représenter ses collègues et invité de C dans l’air sur France a fait une grande onde de choc depuis hier. Bruno Le Roux, le ministre de l’intérieur, a d’ailleurs fermement condamné ces propos ce matin. Il a également annoncé une nouvelle mesure : la mise en place de 2600 caméras mobiles « avec déclenchement automatique » qui seront prochainement déployées au bénéfice des policiers et gendarmes, pour « apaiser les interventions et faire en sorte de rassurer les forces de sécurité ».

Bien sûr, la police, comme tous les services publics, voit ses moyens diminuer et ses missions s’intensifier (notamment depuis la mise en place de l’état d’urgence), entravant nécessairement la réussite des objectifs qui lui sont confiés. Mais force est de constater que rien ne justifie, ni même n’explique, les violences éprouvées par Théo.

Cette affaire montre une nouvelle fois le danger que représentent les violences policières et l’absolue nécessité de recréer du lien dans les territoires. Au-delà des instrumentalisations politiques, des avancées concrètes doivent permettre d’avancer sur ce terrain.

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Quels films regarder sur ce sujet ?

  • L’INÉVITABLE : La haine de Mathieu Kassovitz
  • L’INDISPENSABLE : Divines de Houda Benyamina

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