Présidentielle 2017 : tous les scénarios possibles

L’élection présidentielle de 2017 semble laisser la porte ouverte à tous les scénarios. Au niveau international, personne n’aurait imaginé Donald Trump élu président des États-Unis, ou encore le Brexit acté outre-manche. En France, peu d’observateurs de la vie politique ont prédit le renoncement de François Hollande de briguer un second mandat, la désignation de Benoît Hamon à la primaire organisée par le Parti Socialiste, ou bien l’engouement soudain pour François Fillon désigné pourtant comme le troisième homme. Idem pour la candidature d’Emmanuel Macron, qui resta une interrogation jusqu’à sa démission du gouvernement fin août 2016.

Cette grande incertitude, ce grand flou politique, mérite de s’attarder sur les opportunités des cinq candidats favoris, car chacun est en capacité de remporter l’élection. Alors qu’en est-il aujourd’hui ? Quels défis doit relever chaque candidat pour gagner le scrutin qui définira l’ordre politique de nos cinq prochaines années ?

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« Qui imaginerait le Général de Gaulle mis en examen ? », lançait François Fillon à l’égard de ses concurrents lors de son entrée en campagne, en août 2016. Les chiffres des rémunérations de ses proches sont considérables : près de 900 000 € de salaires versés à sa femme et à ses enfants au total. Si la présomption d’innocence prévaut, l’opinion publique semble avoir déjà jugé coupable l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy. En effet, le fait que l’emploi de madame Pénélope Fillon soit réel ou non ne changerait pas grand chose à la perception des français, car c’est avant tout le niveau du salaire qui choque. «  Comment demander des sacrifices aux français en accordant des privilèges à sa famille ? » interrogeait l’éditorialiste Alain Duhamel sur RTL. Les propres tweets de François Fillon semblent se retourner ironiquement contre lui. Ainsi écrivait-il en 2012 : « Il y a injustice entre ceux qui travaillent dur pour peu, et ceux qui ne travaillent pas et reçoivent de l’argent public ».

C’est donc désormais une véritable tourmente qui s’abat sur celui qui était désigné comme favori de la présidentielle dès sa victoire à la primaire de la droite, fin novembre. Ses propositions formulées lors de son dernier grand meeting de La Villette sont restées complètement inaudibles. Pourtant, avec une revalorisation des retraites les plus faibles (300 euros par an), François Fillon voulait briser l’image du candidat « anti-social » qui le plaçait au cœur des attaques des prétendants de la primaire socialiste. Lors de ses rares déplacements sur le terrain depuis l‘enquête du Canard Enchaîné, François Fillon subit les invectives de citoyens atterrés par les faits reprochés. En interne du parti Les Républicains, nombre d’élus restent silencieux, attendant patiemment un éventuel retrait. Les rédactions parisiennes spéculent sur un éventuel « candidat de secours » si François Fillon se verrait contraint de se retirer de la course : A. Juppé ou N. Sarkozy ? L. Wauquiez ou F. Baroin ?

Ceci dit, François Fillon peut encore devenir président de la République. La vigueur et l’intensité des attaques peuvent, à terme et paradoxalement, renforcer la stature présidentielle d’un homme qui résiste et ne fléchit pas. L’axe de communication « de crise » adopté tend à désigner une manipulation politique, orchestrée par le gouvernement. Si l’argument paraît quelque peu alambiqué, il peut retrouver un certain écho auprès des militants Les Républicains qui attendent coûte que coûte l’alternance depuis maintenant 5 ans. Enfin, Jacques Chirac était dans une situation relativement similaire lors de l’élection présidentielle de 2002 : une instruction pour prise illégale d’intérêt et détournement de fonds publics avait été ouverte à l’encontre du Président et candidat RPR, ex-maire de Paris. J.Chirac a gagné, contre Jean-Marie Le Pen.

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https://www.fillon2017.fr/participez/ 

 

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Le Front National poursuit sa stratégie de dé-diabolisation. Marine Le Pen n’apparaît que ponctuellement sur les plateaux télévisés, préférant affirmer sa stature présidentielle. Malgré une déroute de communication lors de sa tentative de rencontre du nouveau président américain Donald Trump le mois dernier à New York, Marine Le Pen semble ne pas faire face à d’obstacles majeurs. De surcroît, elle est la seule candidate qui bénéficie d’une « autorité naturelle », dans le sens ou E.Macron et J-L.Mélenchon ont lancé leur propre mouvement, avec un nombre de relais d’élus limités pour ce premier, tandis que F.Fillon et B.Hamon ne bénéficient pas d’une légitimité totale au sein de leur structure partisane respective, malgré les primaires. Le rendez-vous de demain, samedi 4 février, doit officiellement lancer la campagne présidentielle du Front National, lors d’un meeting à Lyon.

Malgré cela, Marine Le Pen doit faire face à un problème de taille : briser le fameux « plafond de verre » frontiste. L’angoisse au QG du Front National est un 2002-bis. Certes, le contexte et les candidats en place actuellement ne peuvent être comparés d’aucune manière à l’élection qui avait vu Jean-Marie Le Pen largement éliminé face à Jacques Chirac. Néanmoins, encore aujourd’hui, la capacité du Front National de bénéficier de reports de voix durant l’entre-deux-tours est faible, ce qui apparaît être un grand handicap.

Marine Le Pen cherche donc à polir son discours. Aux termes « sortie de l’euro », la présidente du Front National préfère « retour à la souveraineté monétaire par voie référendaire ». Il s’agit là du point névralgique du programme, celui qui suscite le moins d’adhésion auprès des militants, alors qu’il est paradoxalement l’un des éléments central du projet. Pour résoudre la difficile équation, Marine Le Pen a affiné son discours sur le sujet. Présidente, elle mènerait une négociation avec les partenaires européens pour retrouver différents domaines de souveraineté : monnaie, lois, frontières, immigration. Si les discussions aboutissent avec succès, le nouveau traité européen sera ratifié par voie référendaire. Dans le cas contraire, le Front National proposera, toujours par référendum, la sortie de l’Union Européenne. Une méthode de gouvernance jugé habile par certains, irresponsable pour d’autres, mais qui nécessite de la pédagogie de la part des cadres frontistes.

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https://www.marine2017.fr

 

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Il n’en reste pas moins que les autres prétendants à l’élection présidentielle et les éditorialistes soulignent l’absence de projet complet, détaillé et chiffré. De plus, un récent sondage a démontré que si le candidat d’En Marche pouvait réaliser des scores honorables au premier tour de l’élection présidentielle, ces mêmes intentions de votes étaient les moins « ancrées » de toutes. Sur les gens qui déclarent qui voteront Marine Le Pen en 2017, près de 90% affirment qu’il s’agit d’un choix définitif. Pour Emmanuel Macron, le chiffre tombe à 40%, démontrant l’absence d’une réelle assise électorale dans l’opinion sur laquelle compter. La publication du programme annoncée pour fin février sera un tournant majeur de la campagne électorale d’Emmanuel Macron, un véritable test. Le ralliement de Jean Pisani-Ferry, ancien directeur du Think Thank « France Stratégie » (rattaché au Premier ministre), est à souligner. Reconnu pour son expertise, cet ancien de conseiller de Dominique Strauss-Kahn fait autorité en France. Un ralliement de l’ombre mais un ralliement de poids.

Par ailleurs, si François Bayrou décidait à finalement se présenter à l’élection présidentielle (ce que laissait entendre son intervention au journal télévisé de TF1, fin janvier), le champ électoral d’Emmanuel Macron se retrouverait réduit.

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http://www.lejdd.fr/Politique/En-fait-Emmanuel-Macron-a-bien-un-programme-844646

 

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A travers ses propositions sociales comme le revenu universel ou encore la réduction du temps de travail, Benoît Hamon a su « faire battre le cœur » des socialistes, suscitant plus d’un million de suffrages au second tour face à Manuel Valls. Son discours écologiste a su convaincre les ténors du parti Europe Ecologie Les Verts qui, en berne de signatures d’élus, réfléchissent à un éventuel ralliement.

Son slogan « faire battre le cœur de la France » semble néanmoins plus compliqué à réaliser. Certes, la dislocation du Parti Socialiste n’a pas eu lieu, Valls respectant les modalités de la primaire, mais la famille socialiste demeure très affaiblie. La primaire n’a bénéficié que d’une mobilisation relative avec tout juste deux millions de votants au second tour, soit moins qu’en 2011 avec François Hollande. De plus, un problème majeur se pose à Benoît Hamon : comment gouverner avec des parlementaires vallsistes, sans se retrouver dans la situation symétriquement inverse (mais de facto identique) dans laquelle des frondeurs de « l’aide droite » du PS fragilisent une présidence Benoit Hamon, comme ce fut le cas pour François Hollande dès 2014 ? Un dilemme de taille qui questionne le projet politique de Benoit Hamon. Faire des concessions sur son programme pour bénéficier d’un plus large soutien au sein du Parti Socialiste, ou rester en conformité avec ses convictions avec le risque de ne pas pouvoir être en situation de gouverner ? François Fillon avait choisi les convictions à l’issue du scrutin, mais les projets entre les différents candidats de droite n’étaient pas diamétralement opposés.

Par ailleurs, Benoit Hamon n’est pas considéré comme « présidentiable », dans le sens où, aux yeux des Français, il ne peut endosser à l’heure actuelle le statut de Président de la République et représenter la France à l’international (34% des sondés considèrent qu’il a une stature présidentielle). Pour palier à cela, Benoît Hamon prévoit d’organiser des rencontres avec des hauts responsables de la gauche européenne (Podemos en Espagne, Syriza en Grèce..). La marche semble élevée pour atteindre le second tour, mais l’utopisme revendiqué de Benoit Hamon pourrait bien faire revenir des abstentionnistes vers le vote.

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https://www.benoithamon2017.fr

 

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Jean-Luc Mélenchon avance donc, à son rythme. Il ne faut pas sous-estimer la capacité de « l’insoumis » à mobiliser les foules : les sondages l’estimaient à 3% en début de campagne en 2012, il termina à 11%.

Le gros dilemme pour Jean-Luc Mélenchon vient du résultat de la primaire socialiste. Avec Benoît Hamon investi, c’est une véritable bataille des chefs qui s’engage à gauche, les deux condamnant le bilan jugé « social-libéral » de François Hollande. Pour atteindre le second tour, il ne peut y avoir les deux hommes.

Dans une vidéo publiée sur YouTube, moyen de communication particulièrement apprécié de Jean-Luc Mélenchon, le candidat a réaffirmé qu’il ne se ralliera pas à Benoît Hamon, condamnant l’incohérence de ce dernier, contraint de former une majorité parlementaire avec ceux qu’il a combattu depuis son départ du gouvernement.

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http://www.jlm2017.fr/le_projet

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