Martin Schulz quitte le Parlement européen, pour s’installer à Berlin ?

Dimanche 15 Janvier, Martin Schulz a rendu son tablier et a quitté son siège de Président du Parlement européen qu’il aura occupé pendant 5 ans. Cette annonce n’apparaiat pas comme une surprise puisque l’on connaît son intention de laisser sa place depuis le 24 novembre 2016.

Avec cette démission, l’allemand social-démocrate met fin à la figure de l’Union Européenne qu’il a incarné et à son rôle d’intermédiaire dans le couple franco-allemand où il a intervenu, à plusieurs reprises, entre Angela Merkel et François Hollande, sur le dossier de la crise des migrants notamment. A travers les nombreux affrontements entre lui et les europhobes comme Nigel Farage ou Marine Lepen, Martin Schulz s’est imposé comme un protecteur de l’UE. Il laisse désormais la  responsabilité de cette mission au conservateur italien Antonio Tajani provenant de la Commission Européenne. Martin Schulz, dans sa dernière conférence de presse européenne, a annoncé qu’il quittait son poste pour revenir dans la vie politique de son pays. Mais quel est l’intérêt de revenir en Allemagne ? Que veut venir chercher un homme tel que lui ? Quelles sont ses motivations pour quitter ce poste  ? Le contexte politique allemand serait-il une source de possibilité pour Martin Schulz ?

Passer du Parlement européen au Bundestag

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Martin Schulz a déclaré vouloir revenir à la politique allemande en tant que député. Il se présentera dans son Länder (sa région) natal, la Rhénanie du Nord Westphalie. Il arrive neuf mois avant l’élection législative, soit l’élection la plus importante, puisqu’elle donnera à l’Allemagne un nouveau Parlement (Bundestag et Bundesrat), et un(e) Chancelier/Chancelière. Outre-Rhin, et à la différence de la France, le Chef d’État est issu de la majorité de l’Assemblée (Bundestag) constituée après les élections législatives. Une fois le chancelier élu, il peut présenter son gouvernement au Président du pays (un poste honorifique avec peu de responsabilités). Martin Schulz doit donc, s’il veut jouer un rôle à l’échelle nationale, rentrer au Bundestag.

Un avenir gouvernemental

C’est ce que pensent les journalistes allemands qui préconisent l’entrée de Martin Schulz au sein du gouvernement. Il devrait remplacer le ministre des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, bientôt désigné Président fédéral par le Bundestag en février. Martin Schulz a t-il besoin d’un poste de député pour devenir ministre ? Un ministre n’a pas besoin d’être député. Est-ce que ce siège lui permettrait d’avoir plus de légitimité pour des projets différents ?

Des bruits courent selon lesquels Martin Schulz prendrait la tête de son parti : le parti Social-Démocrate (SPD, plutôt centre gauche). Cette prise de pouvoir lui permettrait de devenir la figure de son parti qu’il guiderait pour les législatives de Septembre 2017. S’il choisit cette option, et que le scénario se passe ainsi, il serait sans doute choisi pour devenir Chancelier. Mais c’est sans compter sur ses nombreux concurrents au sein du parti.

La lutte politique interne au parti

Martin Schulz a réussi à prendre la tête de son parti, en se débarrassant de l’homme qui était vu comme plus légitime que lui. Il s’agit du vice-chancelier et ministre de l’économie, Président du SPD, qui accompagne la coalition avec Angela Merkel (CDU-CSU, parti de droites ; les Verts et le SPD) : Sigmar Gabriel. Il est surnommé « le mal-aimé ». Il est connu pour son caractère colérique et spontané, et s’était présenté comme candidat à la chancellerie le mardi 10 janvier. Cependant un porte-parole du SPD n’a pas voulu confirmer l’information, la désignation officielle étant fixée au 29 janvier. Selon un sondage de l’institut INSA publié par le Bild, si l’élection législative devait avoir lieu ce mois-ci, le parti d’Angela Merkel (CDU-CSU) obtiendrait 32 % des suffrages face à une coalition SPD, Verts et Links (« Gauche ») qui regrouperait 41 % de l’électorat. Dans cette optique, le parti Social-démocrate pourrait arriver au pouvoir.

La course à la chancellerie libérée d’un « allié » dérangeant – Portrait de Franck-Walter Steinmeier

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La route de la chancellerie s’est dégagée d’un « allié » « gênant » pour tout le monde. Ce 12 février, le nouveau Président allemand sera connu de tous. Fanck-Walter Steinmeier remplacera Joachim Gauck à ce poste qui semble être la plus haute fonction de l’État fédéral. Ce poste consiste surtout à représenter symboliquement l’Allemagne à l’étranger et a un rôle de partage de la conscience morale du pays (comme la Reine Elisabeth II en Grande Bretagne). Celui qui l’occupe dispose d’une place honorifique au sein de l’État qu’il ne peut pas refuser, car ce poste est considéré être la récompense ultime d’une vie politique active. Le président élu pour 5 ans dispose de très peu de pouvoir. Il est élu par le Parlement, après que son parti d’appartenance ait proposé sa candidature. Le candidat a besoin de la majorité au Bundestag et au Bundesrat pour prendre ses fonctions. Qui est réellement Franck-Walter Steinmeier?

« Il était différent »

« Il était différent des autres, il osait dire ce qu’il pensait et ce qu’il voulait faire. Je me suis donc dit : hey, tu as vraiment besoin d’un type pareil » a témoigné l’ancien chancelier allemand, Gerhard Schröder, en se remémorant la jeunesse de Franck-Walter Steinmeier qui rentrera officiellement en fonction ce printemps.

L’actuel Ministre des Affaires étrangères de 60 ans, a été désigné par le SPD et le CDU-CSU pour prendre la place présidentielle. Cette nomination modifie l’angle de vue de la longue carrière politique qu’il a commencé quand il était jeune dans le Länder de Rhénanie du Nord Westphalie. Il a accumulé les titres et occupations à la tête de l’Etat depuis presque vingt ans. En 1999, alors que Schröder, dont il est très proche, est élu Chancelier, FWS devient Directeur de la Chancellerie, un poste important au cœur du pouvoir. Puis en 2005, il devient pour la première fois Ministre des Affaires étrangères, une fonction qu’il gardera jusqu’en 2009. De 2007 à 2009, il cumule son poste de Ministre au titre de Vice-Chancelier d’Allemagne de la première grande coalition en compagnie d’Angela Merkel. En 2009, il quitte le gouvernement et reprend les commandes du Parti Social-Démocrate (SPD) en devenant son Président jusqu’en 2013. Et enfin, depuis 2013, il occupe pour la seconde fois le poste de Ministre des Affaires étrangères.

Le diplomate, l’homme préféré des allemands

Un ministère où il semble réussir : ces dernières années, le diplomate européen a dû gérer des dossiers difficiles (avec Laurent Fabius notamment)  face à la Russie dans le cadre des crises syriennes et ukrainiennes. Les allemands lui sont redevables et se disent satisfaits de la façon dont il représente le pays à l’étranger et de sa diplomatie sur la scène internationale. A tel point que Franck-Walter Steinmeier est même devenu la personnalité politique préférée des allemands, il a même réussi à dépasser Angela Merkel. Selon un sondage de l’institut Forsa, 40 % des personnes interrogées considèrent qu’il est le candidat naturel pour succéder à Angela Merkel et 58 % des sympathisants du SPD voudraient le voir mener le parti pour les législatives de Septembre 2017. « Stable », « pragmatique », « au contact facile » le Ministre des Affaires étrangères a déjà fait une fois la couverture des magazines people allemands lorsqu’il fit don d’un rein à sa femme atteinte d’une maladie grave. Un geste applaudit par l’opinion publique.

Récompense d’une carrière ou assassinat politique?

En Allemagne, on se permet de s’interroger si cette nomination s’avérerait être un assassinat politique dissimulée sous forme de récompense.  C’est le Président du SPD, Sigmar Gabriel qui a officialisé sa désignation au poste de Président dans une interview donné au journal Bild. Il aurait ainsi mit devant le fait accompli le parti d’Angela Merkel le CDU-CSU qui a finalement accepté la désignation ne trouvant pas au sein du parti un candidat susceptible de concurrencer. Cette investiture arrange aussi bien Sigmar Gabriel qu’Angela Merkel et aussi tous les candidats à la Chancellerie, qui poussent vers la présidence cet « allié » assez embarrassant et contrevenant aux projets de prises ou de maintien au pouvoir, à cause de sa trop forte popularité.
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Antonio Tajani, 63 ans, est le nouveau Président du Parlement européen. Il a été difficilement élu mardi après quatre tours de scrutin. Il l’a finalement emporté avec 351 voix contre 282. Il lui a été compliqué de former un consensus et de rassembler au-delà de son parti. Le PPE (Parti Populaire Européen) se positionne à droite, et dispose pourtant du plus grand nombre de siège. Même au sein de son parti, il ne fait pas l’unanimité. Antonio Tajani n’est pas inconnu du Parlement européen où il siège depuis 1994. Il a déjà été dans différentes instances comme la Commission européenne où il a été commissaire dans des secteurs variés (industrie, transports,…).

Même s’il fût parmi les favoris à la succession de Martin Schulz, son élection reste une surprise. Il est connu pour ses ambiguïtés dans sa carrière politique. L’italien est l’un des co-fondateurs de « Forza Italia », le parti qui a porté Berlusconi au pouvoir. C’est d’ailleurs Berlusconi en 1994 qui lui a proposé le siège de député européen pour le consoler de ne pas avoir eu de place dans l’hémicycle italien. Dans les années 60, le jeune militant qu’il est, s’oppose « aux rouges » et se bat physiquement dans le camp des monarchistes italiens. Sa collègue, la suédoise Marita Ulvskog (sociaux-démocrates), le considère comme un « populiste de droite » qui n’est pas « une personne de confiance ».

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Le nouveau président est d’ores et déjà remis en question sur ses capacités à assurer l’avenir de l’Europe. Un ancien dirigeant de Forza Italia lâche à son propos que «c’est une nullité, un incapable ».

Pascal Durand, député européen, prévient des risques qui planent sur l’Union Européenne : « L’Europe est en crise. A ses frontières, Poutine, Erdogan ou Trump attaquent clairement les valeurs européennes. On est soumis à des pressions très fortes et rien ne se passe sur l’élection du président à part des négociations de couloir. Minable. »

Antonio Tajani surprend déjà après avoir déclaré sa volonté de se rapprocher du partis d’extrême droite italien, le « Mouvement 5 étoiles ». Quelles surprises nous prépare-t-il encore ?

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