Trump, nouvelle figure politique atypique

Il avait déjà annoncé la couleur au cours de sa longue campagne : « Rendre à l’Amérique sa grandeur », « A bas l’establishment », . Ses discours saisissants, suscitant admiration chez les uns, dégoût pour les autres ont été sa marque de fabrique qui l’ont porté jusqu’à la Maison Blanche. Le nouveau « commander in chef » est attendu au tournant par la population. Sa côte de popularité est la plus basse qu’ait connue un président depuis une dizaine d’années, atteignant 40% des opinions favorables.

Un profil des plus intrigant : 

Le 45e président des Etats-Unis détient un des profils des plus atypiques. Donald Trump devient à ce jour, le président le plus vieux (70 ans) et le plus fortuné (3.7 milliards de dollars). Avant sa candidature, D.Trump a longtemps apporté son soutien aux deux partis. En effet, initialement démocrate, il s’inscrit à multiples reprises au Parti Républicain et Démocrate entre 1987 et 2009. Un engagement politique secondaire, un homme dépourvu de toute expérience politique. Après quelques perspectives politiques qui n’aboutiront à rien, il annonce sa candidature aux primaires républicaines le 6 juin 2015, puis est investi comme candidat républicain à l’élection présidentielle. Cependant, il est d’autant plus connu comme un riche homme d’affaires, ayant hérité de son père, propulsé par la téléréalité qui a valu d’être connu dans les 4 coins des Etats-Unis par son émission The Apprendice. Éternellement exposé sous les projecteurs, Trump a multiplié les frasques qui entachent encore aujourd’hui sa réputation  telles que ses rapports avec la mafia ou la construction de sa Trump Tower par des ouvriers polonais exploités.

Un self-made-man en herbe? Loin de là. Issu d’une famille aisée dont le père exerçait le métier de promoteur immobiliers, Trump s’est intéressé aux affaires en travaillant, aux côtés de son père, dans l’entreprise familiale, pendant ses études. Président de la Trump Organization dans les années 70, il succède à son père dans les affaires et hérite de lui. Il reste dans le sillage de son père et y excelle. Son empire s’étend (dans le divertissement, dans l’éducation) et son nom acquiert une immense notoriété.

Mais incarne-t-il cette réellement cette rupture avec l’establishment, comme il avait si tant répété? Si son parcours personnel semble s’y conformer, cette approche révèle ses limites. Tout au long de sa campagne, il a dénoncé sans relâche l’establishment « l’élite », ce système oligarchique, qui a spolié le pouvoir, institutionnellement attribué au peuple. Il s’est ainsi engagé à pourfendre les égalités économiques et sociales et rétablir les fondements de la démocratie, c’est-à-dire réattribuer au peuple son titre de souverain suprême. L’analyse théologique du discours d’investiture par Jean-Blaise Fellay affiche les griefs dénoncés par Trump. Une dénonciation de la richesse, de l’oligarchie. Cependant, il reste l’incarnation même de ce qu’il dénonce. Comment résoudre les problématiques économiques et sociales, sans prendre conscience d’abord que les Etats-Unis est un des pays aux plus fortes inégalités économiques et qui peine à se défaire de ses vieux démons ? Comment un homme, appartenant au 10% de la population la plus riches peuvent-ils bien rétablir une certaine égalité économique si son passé et ses convictions prennent le dessus ?

Un manque de légitimité : Un président qui divise

Si le portrait d’un homme d’affaire insipide, mégalomane et très conservateur s’est progressivement brossé, cette image, à l’aube de son investiture lui porte déjà préjudice.  L’affaire Lewis a fait couler de l’encre. Ce parlementaire démocrate, emblème des mouvements civiques des 1960, a qualifié Donald Trump « d’illégitime », avis partagé par un bon nombre qui ont décidé comme lui, ne pas assister à la cérémonie d’investiture. Des hommes politiques mécontents, tout comme une société qui se fissure, partagée entre respect de la tradition WASP et progressisme. Si Trump s’est principalement adressé aux oubliés de l’Amérique et à l’Amérique blanche, il a réveillé et attisé en ses partisans les pires fléaux humains. Sa somme de promesses a redonné soudainement espoir aux américains déçus des années Obama, en pleine désillusion et crise identitaire. En prenant en quelque sorte la stature de l’homme providentiel, il apparait comme le sauveur, qui mettra fin au déclin américain et restaura le prestige américain. Le résultat est sans appel : la journée d’investiture de Trump n’a pas attiré grand monde, avec un nombre estimé  700.000 et 900.000, selon Vox. Bien en dessous des 1.7 millions lors de la première investiture d’Obama en 2009.

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Investiture de Trump en 2017

 

 

 

 

 

 

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Investiture d’Obama en 2009

                                         Un projet politique à la croisée du traditionalisme et du capitalisme 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Trump surfe sur le populisme

Mélanger dans un saladier une bonne dose de populisme et un gros morceau de rancœur nourri par la mondialisation. Faites monter à ébullition et vous obtiendrez une population exaltée, survoltée.

L’actuel président a élaboré un projet politique qui n’englobe pas toute la population. Avant de « Rendre à l’Amérique sa grandeur », il faut d’abord avoir en tête un idéal, une période de faste économie et de bien-être social, qui aurait signé dans l’histoire américaine, une sorte d’âge d’or. Trump, à multiples reprises, s’est référé à l’Amérique des années 20. Pendant cette période, les Etats-Unis ont façonné leur image de grande puissance économique et cinématographique. Néanmoins, cette Amérique réticente à la mixité et au progressisme (primat du machisme, interdiction de l’avortement) regorge de tous les tars de la société : racisme, quotas migratoires et suprématisme blanc. Si « America First » constitue plus une approche isolationniste, comme l’a entendre Trump (c’est-à-dire l’adoption d’une politique de non-interventionnisme et d’un repli économique), cette expression est une référence flagrante au Ku Klux Klan; elle soutient le suprématisme blanc, toute cette culture très traditionnelle construite au début de XXème siècle.

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Il n’est pas sans rappelé que l’héritage de Reagan transparaît et même constitue chez Trump une forte inspiration au point de reprendre le slogan de sa campagne de 1980. Il désire alors s’inscrire dans la continuité et profite pour glorifier le héritage de Reagan laissé au Parti Républicain.

« Trump, roi de la démagogie ? »

Les atouts de Trump : la parole et son charisme. Ses discours captivent son auditoire. Une assurance qui rassure une population déçue de ses représentants et désinformée. Ses paroles fustigent, attaquent et caricaturent, elles diffèrent des propos policés, compatibles avec le politiquement correcte. Toutefois, si la forme plait, le fond, lui, manque de cohérente, rempli de fausses informations et d’insultes. Sans articuler, Trump ses partisans en exploitant leurs grandes peurs et incertitudes : islam, immigration, destruction de l’environnement entre autres. Mabel Berezin, professeure de sociologie à l’Université de Cornell dans l’Etat de New York explique qu’«Il a exploité les peurs, le sentiment d’abandon et les rêves des électeurs»

Trump veut pleinement contribuer à l’élaboration d’un nouvel ordre mondial, qui, de ce pas, s’émiette. Le grand danger que Trump encourt cependant est de ne pas tenir ses grandes promesses et de provoquer au sein de son électorat une plus grande désillusion.

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