Le froid, dernier compagnon de route des sans-abris

La France connait à ce jour l’hiver le plus rude depuis 5 ans. Ainsi Météo France a récemment mis les régions touchées par la vague de froid sous vigilance orange. La polarité entre le froid et le chaud est de plus en plus visible au vu des températures qui dépassent les normales de saison. Si les médecins vantent les vertus curatives de ces basses températures telles que la perte de poids, le froid représente chez les sans-abris un danger évident.

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capture-decran-2017-01-21-a-13-07-31Chaque année, les sans-abris, premières victimes du froid en cette période, bénéficient de l’aide régulière des associations. Si au cours des siècles précédents, les sans-abris (autrefois appelés vagabonds ou clochards) ne recevaient ni aide ni considération de la part de la société, l’importance de leur sort s’est manifestée lors de la première campagne de sensibilisation, dirigée en 1954, par l’Abbé Pierre, fondateur d’Emmaüs. Peu de solutions de repli s’offrent aux sans-abri : les bouches de métro, les centres d’hébergements ou habitations de fortune leur servent de refuge. Pour les moins chanceux, le froid les accompagne et les bercent même la nuit, quitte à causer leur mort. Dans les rues, les personnes n’ayant pas trouvé de logement se couvrent avec les moyens du bord, c’est-à-dire des moyens dérisoires comme une couverture en laine, une couverture de survie ou bien un manteau.

En 2012, l’INSEE dénombrait 141 500 sans domiciles fixes et son nombre a nettement augmenté entre 2001 et 2012. Toutefois, le froid n’est pas, comme on pourrait le croire, la première cause de mort chez les sans-abris. Il est important de rappeler que ceux-ci vivent quotidiennement dans la rue des années durant et sont davantage exposés aux agressions, à la solitude et à l’alcoolisme.

Les préjugés véhiculés associent généralement sans-abri à perte de revenu. Si l’argent est l’une des raisons les plus plausibles, il existe toutefois autant de raisons que de sans-abri. Autrement dit, la situation de chaque individu est spécifique et appelle à connaitre tout un passé qui les caractérise. Cela peut aller d’une situation familiale des plus compliquées jusqu’aux aléas économiques.

Opérations de solidarité oblige

Pour lutter contre cette précarité bondissante, plusieurs mesures ont été prises en place. Outre les aides des associations qui prennent en charge et qui assurent un peu de réconfort, l’Etat a lancé le plan «grand froid» : l’ouverture de gymnases, l’augmentation des maraudes ou encore des places d’hébergement dans le cadre de cette opération sont envisagées ainsi que le renforcement des effectifs de sécurité (police) et de santé (Croix Rouge ect..).  La Croix Rouge, par exemple arpente les routes et les coins les plus isolés (forêts, squats ect..) afin de leur fournir les équipements nécessaires (kit de nettoyage, sous-vêtements et nourriture). Malgré toute cette mobilisation, les associations décrient un manque cruel de moyens, qui se répercute autant dans la qualité des services rendus que dans l’aide apportée. Si l’aide est ponctuelle, la situation des sans-abri est à analyser sur le long-terme. Ainsi les pouvoirs publics, en lien avec plusieurs associations, doit envisager une politique efficace, dans le but d’endiguer ce phénomène. Le manque de places en hébergement se fait cruellement ressentir au même titre que la réticence de certains d’être placés.

Si cette vague de solidarité fait oublier pendant un court instant le froid et la solitude, cette situation sera éphémère et la rue prête à les accueillir de nouveau les bras ouverts.

Etre sans-abri : un combat quotidien

Comment dénoncer une réalité aussi frappante que celle d’être SDF, sans s’y intéresser de plus près ? Comment s’imaginer un jour devenir SDF? Le roman d’Harold Cobert, Un Hiver avec Baudelaire aborde toutes ces questions et nous met dans la peau d’un SDF. Le statut social change et l’appréhension du futur s’installe. Le protagoniste s’organise du mieux qu’il peut, accepte la situation, vivre à même le jour et revoir ses priorités : « L’avenir se vit au présent. Un présent qui ne se conjugue pas. Ou uniquement au mode infinitif. Parce qu’aujourd’hui ressemble à hier, et demain à aujourd’hui. Manger. Dormir. Boire. Rester propre. Emmaüs. Mendier. Regarder la date sur la une des journaux. Penser à Claire. Marcher. Lavomatique. Dormir. Uriner. Compter les jours. Manger. Restos du Coeur. Trouver des vêtements. Secours catholique. Marcher. […] Rester digne. Les préoccupations matérielles n’ont plus leur place ; les désirs vains s’effacent au profit des besoins essentiels ; la pauvreté assujettit les SDF à leurs sorts. Ils deviennent soudainement dépendants des associations et sont confrontés à eux-mêmes. Le statut social d’un individu définit sa place et son rôle dans la société et participe à la construction de son identité et l’image qu’il renvoie aux autres. Cependant, la mise à la rue fragilisent les liens sociaux voire les fait disparaître du fait du sentiment de honte et de dévalorisation.

Sans-abri et société, une bonne entente ?

 

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Les habitants et sans-abri cohabitent et se côtoient, sans qu’hélas, interaction s’en suive. La société ressent une réticence à communiquer ou à s’approcher d’un sans-abri, par peur pour certains, par dégoût pour d’autres. Marius, un SDF de 32 ans témoigne dans le journal régional la Depêche du rejet frontal sinon latent de la société : « Plus que le froid, c’est le regard des autres qui nous tue tous les jours à petit feu ».  La pauvreté s’ajoute au paysage urbain sans pour autant alarmer les passants. Leur misère reste réelle et s’exprime par la mendicité ou par de simples mots inscrits sur une pancarte, comme s’ils étaient désormais réduits au silence. Un contact humain qui se fait rare et qui participe à la marginalisation progressive des SDF, jugés hors normes.

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