Une primaire semée d’embûches

Alors que pour certains la fin d’année a été fructueuse, elle fut des plus rudes pour la gauche qui s’est vue disloquée à de nombreuses reprises, face à une droite qui n’a eu de cesse de se renforcer. En effet, à la suite d’un quinquennat qui a divisé plus qu’il n’a rassemblé, la primaire de la gauche a paru plusieurs fois compromise.
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Onze à présenter leur candidature, seuls sept ont vu leur demande validée par la Haute autorité des primaires citoyennes pour participer à la primaire de gauche qui aura lieu les 22 et 29 janvier prochain. Après fixation des modalités, la campagne a officiellement démarré le 17 décembre, ne laissant qu’un peu plus d’un mois aux candidats pour tirer leur épingle du jeu à l’inverse de leurs opposants de droite qui avaient deux mois fermes pour y parvenir. Regroupés sous le nom de « La Belle alliance populaire », les candidats en lice n’ont alors que peu de temps pour présenter leur programme et convaincre les français.

1Infographie de l’AFP qui présente le profil des candidats et les modalités de la primaire de gauche.

Une primaire qui a eu du mal à voir le jour

La fin du quinquennat de François Hollande est proche et sonne l’heure capture-decran-2017-01-16-a-00-04-17d’une nouvelle élection présidentielle. Qui dit élection présidentielle dit organisation d’une élection primaire au préalable, devenue pratique récurrente en France.

L’urgence d’organiser un tel scrutin est d’autant plus forte cette année : il faut à tout prix proposer une alternative à la politique du président sortant qui a fait tant d’âmes blessées chez les politiciens de gauche mais également dans l’électorat de gauche. Le Parti socialiste, a été d’autant plus atteint qu’il est le parti dont est issu M. Hollande. Les socialistes ont donc considéré nécessaire de marquer une rupture nette avec le hollandisme qui a provoqué une fulgurante perte de confiance chez les Français.

Ainsi, à quelques mois du commencement de la primaire de gauche, Arnaud Montebourg, lors de son apparition cet octobre dans l’émission Dimanche en politique, avait déclaré avoir « sincèrement commis une erreur » en soutenant François Hollande en 2012. Suite à ses nombreux désaccords avec M. Hollande, ce dernier avait en outre décidé de quitter le gouvernement en août 2014.
Désormais l’ex-ministre de l’Economie, avec la présentation de son programme, entend bien établir une fracture entre lui et la politique menée par le gouvernement durant ces cinq années. Cela s’est par ailleurs ressenti durant le premier débat qui a eu lieu jeudi et qui a opposé tous les candidats. En effet, lorsqu’a été évoquée la question de la loi du travail, M. Montebourg a parlé d’abroger celle-ci qu’il considère comme inappropriée et voit comme un échec.

Mais au-delà de cet aspect, se trouve un tout autre fait marquant : beaucoup d’hommes politiques ne se retrouvent plus au sein des valeurs prônées par la gauche et décident, tambour battant, de partir en conquête de l’électorat seuls, suivis d’une petite armée de fidèles.
C’est bien ce qu’a voulu montrer Jean-Luc Mélenchon en refusant, sans concessions possibles, de participer à la primaire de gauche.
Dans un tout autre registre, le candidat Emmanuel Macron refuse aujourd’hui qu’on lui colle une étiquette politique. En effet, désormais bien loin du parti socialiste dont il était auparavant membre, il prône un renouvèlement de la politique qui donnerait la priorité aux idées et qui ne serait plus réduite au simple découpage gauche-droite. Ne se revendiquant ainsi ni de droite, ni de gauche, il a décidé de faire cavalier seul et de n’appartenir à aucune des primaires.
Ces électrons libres, à qui l’on accordait peu de crédibilité, perturbent pourtant le bon déroulement de la primaire en détournant une partie de l’électorat de gauche pour les rallier à leur cause.

Tout l’enjeu de la primaire est donc de parvenir à unir les Français autour d’une figure, qui aura assez de poids pour faire face, par la suite, au candidat de droite et d’extrême droite. Le chemin est encore long … à une semaine du 1er tour, aucune personnalité ne s’est encore véritablement détachée.

Alors que beaucoup prônaient une gauche unie et forte afin de pouvoir s’opposer fermement au candidat gagnant de la primaire de la droite et du centre, en l’occurrence François Fillon, le souhait n’a pas été entendu. A l’image d’une Christiane Taubira qui réclamait une gauche rassemblée et non fragmentée en divers candidats, glanant « La gauche doit rassembler ses forces », les partis de gauche ont pourtant préféré ignorer cet avertissement.

Un intérêt faible qui souligne l’inquiétude des Français

Tous les regards sont désormais tournés vers eux. Tous, vraiment ? En effet, ce renoncement de la gauche de faire front uni ne lui portera-t-elle pas préjudice ?

Non seulement la primaire de la gauche est plus courte d’un mois que celle de droite mais vient s’ajouter à cela un grand manque d’intérêt de la part des Français. Alors que la primaire de la gauche est ouverte à tous, et donc cherche à intéresser tout citoyen sur la question, les scores sont encore bas. En effet, sur le net, les internautes s’interrogeant sur la primaire de la gauche sont nettement moins nombreux que lors de la primaire de droite. Autre fait révélateur, le premier débat de la primaire de gauche a rassemblé 3,8 millions de Français alors que celui de droite en a réuni 5,6 millions.

Ce faible engouement est le signe indéniable d’un désintéressement relatif des Français à la gauche qui ne réussit pas à mobiliser. Une véritable fracture s’est installée, tout d’abord interne à la gauche mais également externe, dans la relation qui lie la gauche au peuple. Cette idée est d’autant plus confirmée lorsque l’on compare les modalités mise en place en 2011 avec celles de cette année : 7 530 bureaux contre 9 200 en 2011 ; 1,5 à 2 millions de votants attendus contre 2,7 millions en 2011. Faut-il voire un renoncement au travers de ces pronostics ou simplement une volonté de simplification et de centralisation ?

Les candidats à la primaire continuent néanmoins leurs efforts pour venir contrer l’idée d’une gauche aux failles si grandes qu’elle est inévitablement vouée à la défaite. Les différents débats organisés ont pour objectif de donner plus de visibilité aux candidats, de les départager et par la force des choses de faire émerger une ou plusieurs figures fortes. Cependant, le premier débat n’a pas été un succès de ce point de vue, aucun n’ayant réussi à se démarquer et à convaincre véritablement. A l’inverse le second a permis aux Français de cerner plus grandement les candidats mais rien n’est encore joué. Reste à voir quel issu aura le dernier débat.

Les enjeux contenus dans un potentiel succès de la gauche sont alors encore plus importants que ceux de la droite car le résultat du scrutin aura pour finalité soit de confirmer cette tendance des Français de laisser quelque peu à l’abandon la gauche ou au contraire de venir contrer les sondages, qui annoncent déjà que la gauche ne sera pas présente au second tour de la présidentielle.

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Julie Carrez, Maxime Miletto, Laura Guigue

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