Quand la vague déferle sur Lille

« Pour les cent jours qui restent» et qui séparent Emmanuel Macron de l’élection présidentielle  – un pari insensé selon ses détracteurs – le phénomène Macron ne cesse, pourtant, de prendre de l’ampleur partout en France. À Clermont-Ferrand la semaine dernière, son meeting regroupait 2 000 personnes alors que celui de Manuel Valls, en campagne pour la primaire à gauche, n’en comptait que 200 – soit dix fois moins. A Lille, c’est 4 000 personnes présentes, Zénith complet, 1 000 personnes attendant dehors sous la pluie pour pouvoir rentrer. Sous les ovations, les acclamations et les « Macron Président », le candidat entre sur une musique rappelant sa jeunesse et sa fougue. Mais comme le rappelle Alain Duhamel nous ne connaissons encore aujourd’hui aucun « Programme Macron » ni de véritable « Projet Macron ». Soufflet politique ou réel candidat qui hante les esprits et les commentaires des candidats – jusqu’où Emmanuel Macron va-t-il marcher ?

Loin d’un étalage de propositions chiffrées, le leader de En marche!, qui n’a pas encore de programme précis, a appelé ses troupes à la mobilisation. A Lille, sur les terres socialistes d’où il vient (ndlr E.Macron est né à Amiens), le candidat progressiste a tenu à remercier les nombreux responsables locaux présents pour cette occasion : Xavier Bertrand – président de la région Hauts de France (qui ne s’est pourtant rallié à aucun candidat mais dont Macron a salué le combat contre le Front National), Laurent Degallaix – Maire de Valenciennes (successeur de Jean-Louis Borloo qu’il a d’ailleurs félicité pour son action à Valenciennes). Emmanuel Macron a tenu à rendre hommage aux grandes figures lilloises telles que Pierre Mauroy (ancien maire socialiste), Charles De Gaulle (né dans le Vieux-Lille), tout en souhaitant le meilleur « rétablissement possible » à celle qui dit en avoir « ras le bol » de lui – Martine Aubry, maire PS de la ville.

Plusieurs autres personnalités politiques étaient présentes pour écouter l’ex ministre de l’Économie défendre ses idées, comme l’ancien président PS de la région Île-de-France Jean-Paul Huchon, et l’ancien ministre de droite, Jean-Paul Delevoye. Un vrai melting pot politique donc.

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@LP/Olivier Corsan

« Les gens veulent du travail, pas de l’assistanat »

C’est LA phrase clé d’Emmanuel Macron pour expliquer son projet d’émancipation par le travail. L’émancipation qu’il prône passe notamment par des « opportunités redonnées à celles et ceux qui sont parfois bloqués, assignés à résidence, à qui la société ne propose plus rien, si ce n’est des aides et à laquelle on s’est habitué ». En effet, ce dernier veut mettre en place « un droit du travail plus simple » adapté à la taille et aux besoins des entreprises. Selon lui, « la loi ne peut pas être la même dans une multinationale, une start-up ou une TPE ».

« Simplifier les normes pour toutes celles et ceux qui créent » c’est également ce que E.Macron propose, espèrant ainsi rapprocher de lui les petits commerçants et les artisans ayant largement voté Front national lors des dernières élections régionales. Après s’être rendu à Henin Beaumont – fief du Front National, Emmanuel Macron a utilisé des sous-entendus pour évoquer la politique du parti d’extrême droite. De surcroît, pour lui il ne faut « rien céder aux discours de la haine, du repli », de même il assure aux milliers de personnes présentes que « quand le FN promet de rétablir des sécurités aux frontières, il vous ment ». Message subliminal donc, mais pourtant clair.

Une polémique en toile de fond :

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Emmanuel Macron, en visite dans le Pas-de-Calais à Noeux-les-mines, dans une ancienne cité minière. Rencontre avec des habitants de corons rénovés. La Voix du Nord – PHOTO : @EDOUARD BRIDE

Emmanuel Macron a longuement parlé aux habitants nordistes lors de ce meeting mais également lors de sa visite à Hénin Beaumont considérant que « dans ces terres, il y a l’impression d’avoir été la chair à canon de la mondialisation. Le désespoir s’est installé » et rajoutant en déplacement à Nœux-les-Mines que : « dans ce bassin minier, les soins se sont moins bien faits, il y a beaucoup de tabagisme et d’alcoolisme, l’espérance de vie s’est réduite, elle est de plusieurs années inférieure à la moyenne nationale ».

Les cadres du Front national se sont d’ailleurs offusqués de ces propos :

« Emmanuel Macron a une fois encore prouvé son mépris de classe, de manière particulièrement odieuse », a déclaré Steeve Briois, maire d’Hénin, et réclamant des excuses : « les habitants du bassin minier subissent déjà les conséquences de sa politique, il n’est pas nécessaire de rajouter le mépris à l’oubli ».

Plaidoyer pour l’Europe :

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« Nous avons besoin de l’Europe parce que l’Europe nous rend plus grands, parce que l’Europe nous fait plus forts », a-t-il clamé haut et fort.

Face à des adversaires comme la Chine, la Russie de Poutine et les Etats-Unis de Donald Trump il rappelle que : « nous devons avoir une diplomatie indépendante et exigeante mais nous devons aussi avoir une vraie Europe de la sécurité, de la défense » en réaffirmant que son jeune âge ne serait en aucun cas une faiblesse.

En outre, Emmanuel Macron souhaite « une vraie politique commune de sécurité aux frontières » de l’Europe.

Un projet pour l’éducation qui se dessine :

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E.Macron visite une école à Hellemmes, le 14 janvier 2017 @LCP

En centrant son discours sur le social, l’ancien banquier d’affaires a dévoilé une partie du volet éducatif de son programme présidentiel vers la fin de son discours, indiquant que tout ceci serait éclairci avec des propositions concrètes proposées cette semaine. L’ancien ministre a notamment proposé de diviser par deux le nombre d’élèves dans les classes de CP et CE1 situées en zone d’éducation prioritaire (environ 6000 classes concernées) ce qui suppose le recrutement de 12.000 instituteurs supplémentaires. Il insiste sur le fait que les enseignants doivent être mieux rémunérés et que les établissements doivent quant à eux disposer de plus d’autonomie.

Finalement, « que celles et ceux qui pensent que nous sommes des rêveurs soient terriblement inquiets parce que nous sommes des obstinés », prévient le candidat Macron.

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Et, comme le JDD le signalait aujourd’hui, le fondateur d’En Marche ! est celui qui « vampirise la primaire » de la gauche. Ségolène Royal aime d’ailleurs le fait que Macron soit différent : hors code, hors parti… un peu comme elle. Pourrait-elle se rallier à lui ? Quant à la question François Hollande, elle revient fréquemment : « le président pourrait-il se résigner à soutenir celui qui l’a trahi au détriment du parti qu’il a dirigé onze ans durant ? ». Benjamin Griveaux, porte-parole du mouvement En Marche ! s’est d’ailleurs livré au JDD ce dimanche « Depuis quelques jours la tectonique des plaques bouge. On a marqué les esprits dans l’appareil PS. Sans compter ces socialistes qui n’ont pas encore pris de position et qui me disent : « le 29 au soir, on s’appelle »… ».

Quoi qu’il en soit, malgré le manque de programme précis et chiffré et de nombreux raccourcis économiques, le candidat Macron est bel et bien dans sa bulle, mais cette bulle va-t-elle grossir ou éclater ? Les jours qui viennent nous le diront.

Pour revoir son meeting en intégralité : 

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