L’essentiel des propositions économiques des candidats de la primaire socialiste

Le premier tour de la primaire de la gauche aura lieu les 22 et 29 janvier prochains. L’occasion pour Medly de se pencher sur les multiples propositions économiques des sept candidats. Par ordre alphabétique :

  • Jean-Luc Bennahmias : ancien Député européen (2004-2014).

  • François De Rugy : actuel Député (depuis 2007) et vice-Président de l’Assemblée nationale (depuis 2016).

  • Benoit Hamon : actuel Député (depuis 2014), ancien Ministre de l’Education nationale (2014-2015) et de l’Economie sociale et solidaire (2012-2014), Député européen (2004-2009).

  • Arnaud Montebourg : ancien Ministre de l’Economie (2012-2014), Président du Conseil général de Saône-et-Loire (2008-2012) et Député (1997-2012).

  • Vincent Peillon : actuel Député européen (depuis 2014), ancien Ministre de l’Education nationale (2012-2014) et Député (1997-2002).

  • Sylvia Pinel : actuelle présidente du Parti radical de gauche, vice-Présidente du Conseil régional d’Occitanie et Députée (depuis 2016), ancienne Ministre du Logement (2014-2016) et de l’Artisanat-Commerce-Tourisme (2012-2014).

  • Manuel Valls : ancien Premier Ministre (2014-2016), Ministre de l’Intérieur (2012-2014), Député (2002-2012) et Maire d’Evry (2001-2012).


FISCALITE

François de Rugy prévoit une baisse d’impôt pour les classes moyennes et les célibataires, auprès des foyers fiscaux dont les ressources sont inférieures ou égales à 1.5 fois le revenu médian. Le candidat du parti Ecologistes! souhaite également que la réforme de l’impôt prélevé à la source soit menée à bien. François de Rugy veut aussi priver durablement de leurs droits civiques ou sociaux toute personne coupable d’évasion fiscale. Enfin, le candidat souhaite aussi supprimer enfin les cotisations des entreprises alimentant la branche famille de la Sécu, le tout compensé par une augmentation de la Contribution Sociale Généralisée (CSG).

Après avoir accompagné sa suppression sous François Hollande, Manuel Valls veut rétablir la défiscalisation des heures supplémentaires, afin d’augmenter le pouvoir d’achat des Français, (si on se réfère à une vision de l’économie où l’offre produit la demande). Quant à Arnaud Montebourg, il suggère la défiscalisation du télétravail afin de diminuer les prélèvements fonciers des entreprises.

Au sujet de la fiscalité des ménages, Benoît Hamon, Vincent Peillon et Sylvia Pinel proposent la fusion de l’impôt sur le revenu, jugé complexe et régressif, avec la CSG. Les prélèvements seraient rendues plus progressifs, via une multiplication des tranches fiscales. Pour Benoît Hamon, un impôt sur le patrimoine, unique et progressif, serait également mis en place, résultat de la fusion de la taxe foncière et de l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF) notamment. La Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) serait, à terme, plafonnée au niveau européen, et l’harmonisation fiscale entre tous les pays membres de l’Union Européenne engagée.

Vincent Peillon plaide l’instauration d’un bouclier fiscal pour les plus modestes. La taxe d’habitation serait plafonnée pour certaines catégories de foyers fiscaux, représentant une économie de 290€ annuel au maximum. Par ailleurs, l’eurodéputé souhaite revoir « en profondeur » la fiscalité de l’héritage au cours du quinquennat.

Sylvia Pinel propose une importante réforme de la fiscalité des entreprises, en faveur des Petites et Moyennes Entreprises (PME). La volonté est de taxer les petits bénéfices à 15 %, les bénéfices moyens à 25 % et les bénéfices les plus importants à 35 %. sans pour autant précisément déterminer les seuils en question. La Présidente du PRG propose de ré-orienter le Crédit Impôt Compétitivité Emploi (CICE) en faveur de ces mêmes PME, soit accentuer la baisse des cotisations sociales des entreprises. Sylvia Pinel veut enfin harmoniser le taux d’impôt sur les sociétés au niveau européen. Vincent Peillon propose également de conditionner le CICE au non-licenciement de salariés au sein d’entreprise bénéficiaires, ciblant de fait les grands groupes. L’eurodéputé propose de diminuer l’impôt sur la société des 100 000 premiers euros de bénéfices (15 % au lieu de 33%).

Si il est élu Président de la République, Arnaud Montebourg baisserait le niveau de la CSG des plus modestes, ce qui représenterait une augmentation du pouvoir d’achat de 102€/mois.


BUDGET

François de Rugy, Vincent Peillon, Manuel Valls et Sylvie Pinel plaident pour un respect des règles budgétaires communes à la zone euro, à savoir que le déficit annuel ne dépasse 3% du PIB. Cependant, De Rugy souhaite que les dépenses régaliennes (militaire et sécurité) soient retirées du calcul de ces mêmes règles budgétaires européennes.

Benoît Hamon refuse l’austérité, c’est-à-dire la politique économique qui consiste à réduire le déficit d’un État relativement drastiquement par une baisse des dépenses et une hausse des recettes. Pour se faire, le candidat souhaite réformer le Pacte européen de stabilité, imposant un seuil maximum de 3 % de déficit autorisé, afin d’exclure les dépenses d’investissements et de coopération économique entre pays membres de l’Union Européenne. Arnaud Montebourg plaide également pour une politique de relance, 20 milliards d’euros dans les infrastructures, ne s’inscrivant donc pas dans le respect des règles budgétaires communautaires.

Jean-Luc Bennahmias ne chiffre pas son programme.


LOI TRAVAIL

Le débat sur la loi Travail porté par la ministre Myriam El Khomri, sous l’autorité alors de Manuel Valls, avait profondément divisé la Gauche, avec d’un côté certaines organisations syndicales (CGT et FO en premier plan) + l’aile gauche du PS (les « frondeurs ») + le Parti Communiste et Jean-Luc Mélenchon, et d’un autre côté, le gouvernement + le syndicat CFDT + une large partie des députés PS.

Vincent Peillon proposent de rétablir la hiérarchie des normes qui existait avant la loi Travail : le code du travail prévaudrait sur les accords de branches ou d’entreprises, sauf dans le cas où cela apporterait une protection supplémentaire aux salariés. C’est donc un retour partiel sur les modalités de la loi Travail.

Benoît Hamon et Arnaud Montebourg souhaitent abroger la loi Travail, c’est-à-dire la supprimer dans sa totalité.

A l’inverse, Sylvia Pinel et François De Rugy veut maintenir l’inversion de la hiérarchie des normes, et simplifier le code du travail dans la lignée de la loi El Khomri. Manuel Valls, qui avait utilisé le 49-3 pour passer outre le vote du parlement au sujet de cette loi afin de la mettre en place, ne propose évidemment pas de revenir dessus.


SYSTÈME SOCIAL

En contre-pied du programme de François Fillon, François de Rugy annonce qu’il préservera la Sécurité Sociale, ainsi que l’Aide Médicale d’État destinée aux individus en situation irrégulière sur le territoire. De Rugy veut également mettre en place un régime de retraite unique et universel, par points.

Manuel Valls souhaite instaurer un revenu décent, résultat de la fusion de l’ensemble des minimas sociaux (en premier lieu le Revenu de Solidarité Active). Il s’agit d’une somme délivrée, sous conditions de ressources, à toute personne âgée de plus de 18 ans et résidant en France. Le PRG de Sylvia Pinel réfléchit également à l’idée d’un « Plan d’Accès Universel à un Niveau de Vie Décent ». Par ailleurs, la volonté de l’ancien premier ministre, Manuel Valls, est d’aligner la protection sociale des travailleurs indépendants sur celle des salariés. Enfin, un véritable « droit à la formation » serait accordé, tout au long de la vie, facilitant par exemple la reconversion professionnelle.

La principale mesure sociale du candidat Jean-Luc Bennahmias est d’instaurer un revenu inconditionnel et universel. Adressé à chacun, sans conditions de ressources, il s’agirait de verser 800€/mois. Le financement (+300 milliards d’euros/an) serait théoriquement assuré par la fusion des multiples dispositifs sociaux existants. Benoît Hamon veut également créer un Revenu universel d’existence. Étendu à terme à l’ensemble de la population, celui-ci s’élèverait à 750€/mois, sans condition de ressources. Avant l’extension à l’ensemble de la population qu’il prévoit en 2022, il souhaite dès 2017 instaurer le versement automatique du RSA à tous les bénéficiaires potentiellement ainsi que le versement conditionné aux ressources de ce revenu de subsistance.

Benoît Hamon, comme Manuel Valls, souhaitent mettre en place un chèque syndical dans les PME, incitation financière allouée à un salarié qui décide de se syndiquer dans son entreprise.


EMPLOI

De Rugy veut faciliter la création de groupements d’employeurs. Cela permettrait à des individus victimes du chômage de longue durée (jeunes peu qualifiés, seniors précaires…), de retrouver un emploi, celui-ci étant exonéré de charges. Le candidat écologiste de la primaire de la gauche et Arnaud Montebourg veulent déléguer aux régions l’ensemble des compétences en matière de formation, ainsi que la gestion de Pôle Emploi. L’objectif serait de considérer davantage les réalités de chaque région, et de mener des expérimentations locales en termes d’emploi.

Manuel Valls veut, de ses mots, saisir toutes les opportunités économiques de la révolution numérique. Cela se traduit notamment par un accompagnement, logistique et financier, des entreprises locales (TPE-PME). De plus, une part des achats publics serait confiée aux entreprises françaises et les entrepreneurs pourront financer leur premier projet grâce à un crédit public à 0 %. Jean-Luc Bennahmias veut également favoriser l’entrepreneuriat en instaurant un statut de « créateur d’entreprise » permettant de prétendre à des garanties sociales et professionnelles, et en supprimant toutes les charges pesant sur les deux premiers emplois de l’entreprise en question.

Benoît Hamon propose de progressivement baisser le temps de travail, tout en maintenant la durée légale à 35h durant le quinquennat. Il veut également faciliter la reprise d’entreprises par ses salariées, lorsque celle-ci ne trouve aucun repreneur.

Arnaud Montebourg se caractérise par son patriotisme économique. D’une part, le candidat à la primaire revendique l’usage de la nationalisation, notamment d’un établissement bancaire. Par ailleurs, 80 % des marchés publics seraient réservés aux Petites et Moyennes Entreprises (PME).

A la souveraineté nationale d’Arnaud Montebourg, Vincent Peillon préfère la souveraineté européenne sur le plan économique. A travers l’élaboration d’un budget européen, l’eurodéputé propose le lancement d’un « New Deal européen » : 1 000 milliards d’euros engagés dans les télécommunications, la recherche, l’innovation, le numérique et la transition énergétique. Enfin, les candidats à la primaire de la gauche, dont Vincent Peillon, Benoît Hamon et Sylvia Pinel, souhaitent favoriser l’Économie Sociale et Solidaire (mutuelles, coopératives, associations, fondations…), à travers des incitations fiscales sur les emplois de ce secteur économique.


BONUS

La proposition la plus originale vient certainement de Benoît Hamon. Le candidat veut créer une taxe sur la richesse créée par les systèmes automatisés et les robots d’une entreprise, comme s’il s’agissait d’un salarié.


Sur le plan économique, Benoît Hamon, Jean-Luc Bennahmias et Arnaud Montebourg se caractérisent par des propositions économiques très marquées à gauche. A l’inverse, Sylvia Pinel semble être la plus libérale des candidats de la primaire. Manuel Valls se place au centre, défendant un projet social-démocrate sur le plan économique, et très pro-européen pour Vincent Peillon.

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