6 ans de guerre civile en Syrie

En 2011, des citoyens syriens exprimaient leur souhait de démocratie dans des manifestations majoritairement pacifiques qui s’étendent progressivement à tout le pays. Elles sont sévèrement réprimées par le régime, et la contestation se transforme alors peu à peu en rébellion. Depuis, de nombreux acteurs ont pris part au conflit pour défendre leurs intérêts. Six ans après, quel bilan tirer de cette guerre civile qui n’est toujours pas finie ?

Les forces démocratiques syriennes (QSD), essentiellement composées de troupes kurdes des unités de protection du peuple (YPG) qui représentent environ 70% des combattants mais aussi de différentes milices appartenant à divers ethnies ou religions, ont réussi à sanctuariser un territoire couvrant la quasi-totalité des frontières nord du pays. Luttant contre l’État Islamique (Daesh), elles sont notamment soutenues par les États-Unis et la France. Par ailleurs, les YPG entretiennent des relations ambiguës avec les  forces pro-gouvernementales, un pacte de non-agression tacite étant en vigueur depuis 2011, bien qu’il n’ait pas toujours été respecté. Le quartier majoritairement kurde de Cheikh Maqsoud, à Alep, illustre bien cette complexité des relations entre les différents acteurs du conflit syrien comme l’explique cet article de France 24.  Aujourd’hui, alors que la ville d’Alep a été totalement reprise par le régime, ce quartier est demeuré sous contrôle kurde permettant à des civils de fuir les combats entre rebelles et forces gouvernementales et d’y trouver refuge.

L’Armée Syrienne Libre (ASL), que l’on désigne souvent par la simple appellation « rebelles », n’était à l’origine composée que de déserteurs de l’armée syrienne et de civils ayant pris les armes. Avec le temps, elle se révèle incapable d’établir un commandement centralisé alors que de nombreux groupes combattent sous sa bannière. Le Point nous éclaire sur l’histoire de ce mouvement. Devant cette désorganisation des rebelles dits modérés, d’autres groupes, plus extrémistes, participent à la rébellion. Le Front Islamique souhaite instaurer un état islamique tout en promettant de protéger les minorités religieuses et ethniques. Autre exemple, l’ancien Front al-Nosra, désormais appelé Front Fatah al-Cham, a été de 2013 à 2016 la branche armée d’Al-Qaïda en Syrie. Une rupture qui s’apparente à une manoeuvre politique selon Wassim Nasr, spécialiste des réseaux djihadistes à France 24. Ils combattent aux côtés de l’ASL sans poursuivre les mêmes objectifs sur le long terme.

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L’État Islamique a profité de cette déchirure au sein de la population syrienne pour étendre son influence de l’Irak à la Syrie. Contrôlant désormais une large partie de l’est de la Syrie, il a perdu du terrain face aux QSD. Le régime lui, peine à combattre efficacement l’organisation terroriste malgré l’appui de l’aviation russe. En mai 2015, Daesh conquiert la ville de Palmyre. Les images de destruction des vestiges gréco-romains et la décapitation de l’ancien directeur du site choquent l’opinion publique occidentale. Dix mois plus tard, les forces loyalistes regagnent le contrôle de la cité antique. On parle alors autant de victoire militaire que symbolique et médiatique pour Bachar Al-Assad. En décembre 2016, la ville retombe, à nouveau, aux mains des djihadistes.

Un échec occidental, un pouvoir renforcé pour les puissances régionales

L’ONU s’est révélée incapable d’intervenir efficacement dans le conflit syrien. À six reprises, la Russie a opposé son veto à des résolutions onusiennes. On dénombre cinq vetos de la Chine. Toutefois, quinze résolutions ont été adoptées mais « l’incidence de toutes ces résolutions sur le terrain n’a été que minime, expliquent Les Décodeurs du Monde. Les différents textes ne prévoyaient pas de sanctions dans le cas de leur non-application et se contentaient d’une condamnation morale des crimes perpétrés par le régime et par les groupes armés présents. » Depuis 2013, la France milite en faveur d’un engagement des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie) à ne pas recourir à leur veto lorsque « situation d’atrocité de masse est constatée ».  Plus globalement, c’est un échec pour les pays occidentaux qui n’ont pas réussi à faire entendre leurs voix. Le non-interventionnisme assumé de Barack Obama dans le dossier syrien a ainsi réfréné toute possibilité d’intervention occidentale.

Bachar Al-Assad est alaouite, une doctrine religieuse que l’on identifie comme proche du chiisme comme l’explique Géopolis. L’un des principaux alliés de la Syrie dans la région est l’Iran, où le chiisme est religion d’état. L’Arabie Saoudite, pays majoritairement sunnite, espérait que la révolution entraîne une prise de pouvoir par les sunnites syriens, eux aussi majoritaires, contrebalançant ainsi l’emprise du chiisme sur la région.

Si dans un premier temps, la Turquie a accordé son aide aux rebelles syriens, elle paraît reculer ces derniers temps. Isolée en l’absence d’intervention occidentale, et devant la débâcle des opposants au régime à Alep, la Turquie semble vouloir se rapprocher de la Russie.

Officiellement, l’État d’Israël et la Syrie sont en état de guerre mais un cessez-le-feu, fragile, est effectif depuis plusieurs dizaines d’années. Lors de précédentes guerres, les troupes israéliennes avaient en effet envahi le plateau du Golan (en bleu sur la carte) et qui avait été annexé en 1981 malgré les protestations internationales. Pourtant, en 2015, Israël reconnaît officiellement apporter une aide « humanitaire » aux civils et rebelles syriens : « Ce n’est un secret pour personne que les villages frontaliers syriens reçoivent une aide humanitaire » avait déclaré le ministre israélien de la Défense, Moshe Ya’alon. Des soins sont apportés aux blessés syriens qui ne peuvent néanmoins pas rester en dans l’état hébreu et doivent retourner en Syrie lorsque leur état le permet. C’est ce que montre, dès 2013, ce reportage de France 24. Selon Le Figaro, 2600 syriens auraient ainsi été soignés en Israël depuis 2013. Il est cependant impossible de savoir s’il s’agit de rebelles modérés de l’Armée Syrienne Libre ou de djihadistes. Israël conditionne cette aide à deux conditions, que les combattants n’approchent pas de sa frontière sur le Golan et que les Druzes de Syrie, une minorité musulmane, soient protégés, comme le détaille Géopolis.

Le pouvoir de Bachar Al-Assad a été largement ébranlé et il a montré son incapacité à garder le contrôle sans l’aide de la Russie et de l’Iran notamment. Si l’Iran confirme sa position de puissance régionale, la Russie a bel et bien réussi à s’imposer comme le « maître du jeu » en Syrie  en profitant des hésitations des États-Unis, de la France et du Royaume comme le montre cette analyse de L’Orient-LeJour.

Le conflit syrien, une guerre de l’image

Comme l’explique Hervé Brusini, directeur de la rédaction web de France Télévisions, sur son blog, le conflit syrien est également une guerre de l’information. Alors que le territoire est de plus en plus difficile d’accès pour les journalistes (la Syrie a été désignée pays le plus dangereux pour les journalistes en 2016 par Reporters sans Frontières qui y dénombre le décès de 11 journalistes et 8 “journalistes citoyens »), les images des combats continuent de faire la une des journaux télévisés. En dotant ses agences de presse de drones, la Russie espère que ces images, soigneusement sélectionnées, feront le tour du monde. « Très vite, ils ont compris que pour être repris, il fallait deux choses. D’abord, la nécessité d’être très présent sur les réseaux sociaux, et cela ils le font très bien. Ensuite, l’impératif d’être plus spectaculaire, en donnant de meilleures images et plus vite que les autres, explique Alban Mikoczy, grand reporter à France 2. Et ils sont en train de remporter cette bataille là, car c’en est une.” Les rebelles filment à hauteur d’homme, parfois avec un simple téléphone portable. Comme Ismaël qui a informé les téléspectateurs de Quotidien sur TMC de l’évolution du conflit à Alep pendant plusieurs mois avant de devoir fuir la ville. Enfin, l’organisation État Islamique diffuse régulièrement des vidéos de propagande, un domaine dans lequel elle excelle, qui font alors l’objet d’un avertissement particulier formulé en toutes lettres à l’écran. Dans tous les cas, les sources des images sont toujours précisées dans le commentaire du journaliste.

Pour la première fois, cette guerre a également été relayée sur les réseaux sociaux, permettant de suivre les combats quasiment en temps réel. Durant les dernières heures du siège d’Alep, de nombreux appels à l’aide et à une médiation internationale ont ainsi été diffusés.

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