Dernier succès de Ken Loach, « Moi, Daniel Blake » : un tourbillon d’émotions qui nous transporte de l’indignation à l’attendrissement

Lors du Festival de Cannes 2016,  c’est à Moi, Daniel Blake qu’est décernée la Palme d’or. Comme il sait si bien le faire, Ken Loach a réussi à travers ce drame franco-britannique où sont mêlées révolte et solidarité, à choquer, émouvoir et faire prendre conscience de véritables enjeux sociaux auxquels est confrontée notre société.

Un réalisateur aussi révolté que les personnages qu’il met en scène

Ken Loach c’est 50 ans de carrière, 45 films, 14 récompenses dont 2 palmes d’or, 107 nominations et surtout le maître du cinéma réaliste social britannique : critiquer, ébranler, défendre les plus démunis et les marginaux sont les maîtres mots qui rythment son œuvre.

« Ce que j’ai toujours essayé de faire c’est de saisir la vérité de l’instant » a-t-il toujours affirmé, revendiquant son cinéma comme étant « authentique » plutôt que « réaliste ».

Il se distingue par son engagement dans les enjeux familiaux mais aussi politiques et sociaux et tout simplement dans les relations humaines. Dès ses 30 ans il s’emploie, par le biais de la fiction et du documentaire, à dénoncer les maux de la société comme dans Cathy Come Home qui met en scène une mère de famille, accablée par des services sociaux qui ne lui fournissent pas de logement et qui doit lutter pour garder ses enfants. Et ce film n’est qu’un parmi beaucoup d’autres qui lui permettront de parler de la lutte des classes ou encore à critiquer la politique antisociale de Margaret Thatcher en passant par bien d’autres polémiques qu’il mettra un point d’honneur à dénoncer.

Nouveau film, nouvelle cause ou plutôt nouvelle cause, nouveau film car alors qu’il avait annoncé sa retraite en 2014, Ken Loach change d’avis et revient sur le devant de la scène pour dénoncer l’incohérence et la cruauté du système social britannique établit sous David Cameron dans Moi, Daniel Blake.

« Moi, Daniel Blake », une critique acerbe du système social britannique

Dès les premières secondes du générique, avant même de rencontrer les personnages, nous sommes témoins de l’absurdité du système.

Un homme, Daniel Blake, menuisier sexagénaire déclaré inapte à reprendre le travail par ses médecins à la suite d’une crise cardiaque, se voit refuser une pension maladie par le service de prestations sociales. Aberrant ? Oui mais, selon le questionnaire des services sociaux, un mélange de bêtise et de cruauté, il ne réunit pas les critères suffisants pour être considéré comme dans l’incapacité de travailler. En effet, à moins de ne pouvoir lever le bras gauche ou de ne pouvoir se déplacer, il est jugé comme bien-portant et devra pointer au Pôle Emploi local, justifier une recherche active d’emploi et ce sans protester, sans quoi il sera sanctionné !

On pourrait penser qu’un homme ayant pourtant toujours travaillé et payé ses impôts, serait en droit d’obtenir de l’Etat de l’aide alors qu’il est malade et sans le sous mais c’est une réalité toute autre qui le frappe de plein fouet. Bien sûr, il est possible de faire appel mais tout est fait pour décourager tant la procédure est longue et opaque, noyée sous des démarches administratives sans fin : Daniel passe un nombre incalculable d’appels, qui en plus d’être sans réponses pour la plupart, lui sont facturés.

Les services sociaux et leur personnel semblent dénués de sentiments face aux personnes qu’ils assistent mais plus que cela, il leur est interdit de faire preuve de compassion et de déroger aux règles : aussitôt qu’une assistante sociale tente d’aider Daniel qui ne connait rien à l’informatique, elle se fait réprimander par sa supérieure.

Exemple encore plus probant, celui de Katie, jeune mère de deux enfants et dont le destin va être étroitement mêlé à celui du vieux menuisier. Celle-ci, pour la seule raison qu’elle arrive en retard au rendez-vous de quelques minutes, se voit refuser l’entretien et apprend qu’on ne lui versera donc pas d’aides jusqu’au prochain mois. Elle est poussée dans ses retranchements par le système,  prête à tout pour subvenir aux besoins de ses enfants quitte à voler ou se prostituer, on se demande si ces personnes démunies ont elles aussi  droit à leur petit coin de ciel bleu et à un moment de répit.

… Mais aussi un hommage à la solidarité teinté d’espoir

Heureusement, on assiste parallèlement dans ce film à une belle histoire d’entraide entre Katie, ses enfants et Daniel qui, s’ils ont chacun un avenir bancal, semblent trouver une sorte d’équilibre ensemble et tentent mutuellement de se tirer vers le haut. Chacun à leur manière ils se facilitent la vie et sont présents les uns pour les autres.

On retrouve dans le personnage de Daniel Blake les laissés-pour-compte victimes d’une administration perverse, mais aussi l’homme désintéressé et généreux, et enfin l’homme révolté qui ne recule pas face à un système qui tente pourtant de l’enfoncer…

Moi, Daniel Blake c’est tout ça à la fois, c’est Ken Loach qui, sans demi-mesure, en éternel défenseur des droits, nous fait une nouvelle fois entendre sa voix.

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