Edouard Louis face à la violence

Après En finir avec Eddy Bellegueule, le jeune écrivain de 23 ans revient avec Histoire de la violence. Récit d’une agression sexuelle subie il y a deux ans, peu avant la parution de son best-seller.

Eddy Bellegueule, symbole de persévérance

Lors de son premier roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule, phénomène politique autant que littéraire, Edouard Louis nous livre sa difficile enfance d’homosexuel dans la campagne picarde. Racisme, homophobie, violence, aliénation mesquine, reproduction sociale, enfermement culturel et violent désir de s’arracher de sa classe, il nous fait part d’une réelle satire de « la France d’en-bas », qu’il crie haïr.  Il ira même jusqu’à changer d’état civil et à se reconstruire à travers un sage patronyme de notable versaillais « Edouard Louis ».  Son roman est vendu à 300 000 exemplaires et connaît un succès mondial, traduit dans une vingtaine de langues et largement salué par la presse, il déclenche cependant plusieurs salves de polémiques. En janvier 2016, il publie Histoire de la violence qui confirme la naissance d’un auteur à succès.

Quand les paroles de Sartre inspirent

Ce deuxième roman, toujours autobiographique, traite d’un souvenir plutôt récent du jeune écrivain.  Lorsque le roman débute, Eddy Bellegueule est déjà loin, Edouard Louis, jeune bourdieusien vit alors à Paris, lorsqu’une nuit, place de la République au réveillon de Noël, il fait la connaissance d’un homme qu’il nommera Réda tout au long du récit. Attirance réciproque, les deux hommes se retrouvent vite dans l’appartement d’Edouard Louis où ils partageront une certaine intimité, des confidences bouleversantes et un amour fébrile. La douce soirée tourne au drame, Réda vole l’écrivain, le menace avec une arme, l’étrangle et le viole. Au petit matin, c’est aux urgences médico-légales que le jeune homme échouera avec ses illusions éperdues. Caché derrière une porte, il surprend sa sœur, restée dans son village natal, narrer à son mari, sans excès de bienveillance, les tristes mésaventures  son frère. C’est alors que l’écrivain décide que cette seconde  autobiographie ne portera pas son point de vue mais bien celui de sa sœur. Un livre donc choral car il n’interviendra sur sa propre histoire tragique seulement par apartés, didascalies ou contrepoints ce qui donne au roman une dimension extrêmement singulière et puissante. Ivresse amoureuse et réflexion sur l’engrenage de la violence sociale, Histoire de la violence au titre si foucaldien, est une affaire de mœurs pirandelliennes qui met en cause le rapport de la littérature au réel. Mais le dire-vrai hante l’auteur qui écrit pour engager sa responsabilité et assouvir son rôle d’écrivain, il suit les paroles de Sartre, « La révélation est la tâche de l’écrivain « . Edouard Louis réussit, comme lors son précédent livre, à mélanger approche littéraire et sociologique.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s