Les Journées de l’Economie Autrement

« Monnaies complémentaires : quelles conditions de succès ? » Même en tant que terminale ES l’intitulé de la conférence des Journées de l’économie autrement me paraissait assez obscure. La conférence se déroulait dans le salon Porte aux Lions du Palais des Ducs de Dijon. Un lieu chargé d’histoire rendant presque solennelle l’atmosphère régnant dans la salle au trois quart remplie d’un public fourmillant et attendant avec impatience le début de la conférence. M’asseyant timidement au fond de la salle j’observais chacune des personnes du public et surtout le décor pour le moins impressionnant. Alors que les murmures du public se transformaient peu à peu en brouhaha, l’impatience du public grandissant, un silence se fit. Sur la scène auparavant vide se tenait désormais les conférenciers.  Un rapide coup d’œil sur le programme me renseigna sur leurs noms Wojtek Kalinowski directeur de l’institut Veblen et coauteur de « Réinventer la monnaie », Jérôme Blanc, président de L’association Internationale de recherche sur les innovations monétaires et les monnaies complémentaires, Samuel Cohen, fondateur de France Barter, Jean-Philippe Magnen, coauteur du rapport « D’autres monnaies pour une nouvelle prospérité », Christelle Faieta et Marie-Odile Crabbé-Diawara, spécialistes des monnaies locales. Devant tant d’illustres parcours j’eu peur de me retrouver perdues au milieu de notions abstraites d’économies obscures.

Les conférenciers commencèrent alors leur exposé. Contrairement à mes craintes ce ne fut pas un flot d’informations incompréhensibles déversées par un groupe d’individus lassés, d’une voix monocorde. Un véritable dialogue s’instaura entre les conférenciers répondant aux interrogations diverses du public apportant de multiples informations sur un thème qui m’était jusqu’alors inconnu : les monnaies complémentaires. Selon Jérôme Blanc, ces monnaies, aux noms, aux formes, et aux valeurs diverses et variées, sont l’avenir du développement de l’économie locale, afin de lutter contre l’abandon progressif des campagnes françaises. Après la globalisation et la concentration des fonctions économique dans les grandes villes comme Paris, Lyon ou Strasbourg, l’objectif pour une économie française dynamique et une relance de la croissance est de dynamiser directement les échanges au sein des campagnes et des multiples réseaux de petits producteurs locaux. « Mais comment créer une monnaie locale et surtout comment la rendre attractive pour les producteurs ? », l’interrogation du quinquagénaire du troisième rang provoqua quelques murmures d’assentiment du public et surtout les sourires des deux conférencières Christelle et Marie-Odile. « Pour créer une monnaie complémentaire cher monsieur c’est assez simple cela demande juste un peu d’organisation et surtout du travail et de bons collaborateurs ». La réponse tira un sourire a presque toute l’assemblée, rendant la véritable réponse d’autant plus attendue. Mais l’explication claire des deux conférencières fut tout aussi intéressante et vivante. En effet la première étape de la création d’une monnaie locale, est de constituer un « noyau » de fondateurs afin d’offrir la garantie que cette monnaie sera acceptée; cette étape fait intervenir des coops bio ou des AMAP en général. Il faut ensuite rédiger une charte et définir le cadre légal de l’utilisation de cette monnaie. La quatrième étape définit le fonctionnement de cette monnaie, le nom de celle-ci, les conditions d’achat et autre perspective comme l’évolution dans le temps de cette monnaie. La cinquième étape consiste dans l’organisation d’éventuels fonds d’aides locaux afin de développer l’utilisation de cette nouvelle monnaie. La dernière étape est ensuite essentiellement dans la communication et la promotion de l’utilisation de la nouvelle monnaie crée. A Dijon par exemple, Christelle Faieta et Marie-Odile Crabbé-Diawara travaille sur la mise en place en 2017 d’une monnaie locale : la chouette. Une information qui m’a pour le moins surprise et ravie car cette initiative marque une véritable cohésion de la région mais également un désir de mettre en place une économie locale et plus respectueuse du travail des producteurs locaux aujourd’hui menacés par les grandes firmes internationales comme Nestlé. Cette première conférence fut donc aussi instructive que vivante et je pu lire sur chaque visage des personnes présente un réel intérêt pour les 6 conférenciers.

Le deuxième atelier concernait l’épargne et se déroulait dans un autre salon du Palais des Ducs, le salon Minerve. Cette conférence mettait cette fois en scène Eve Bénichou, responsable de l’Association Finansol ainsi que des représentants de la plateforme de la finance solidaire en Bourgogne. Les rangs du public étaient toutefois moins denses pour cette conférence et l’atmosphère de la salle en était moins étouffante et plus conviviale. Les acteurs détendus et souriants on fait vivre leur sujet, abordant les projets sociaux et environnementaux qui permettent une épargne responsable. En effet il est aujourd’hui possible de placer facilement son argent dans n’importe quel domaine. Certains utilisent cette possibilité pour s’enrichirent en investissant dans des entreprises générant le plus de profits et de dividendes possibles. « C’est ainsi, déclare Eve Bénichou, que des veuves éplorées de la mort de leur époux, décéder des suites d’un cancer des poumons découvre que leur banquiers a placé leur legs et que ceux-ci financent des entreprises comme Malboro. ». Mais il est toutefois possible de financer autre chose que des multinationales au parcours plus ou moins net. C’est ce que nous expliquent les représentants de la plateforme de la finance solidaire Bourguignonne. En effet placer utilement son argent peut permettre de financer des entreprises insérant dans l’emploi des personnes en difficultés. « Révolutionner l’épargne c’est tout d’abord donner de la visibilité à des organismes favorisant l’épargne responsable et ne pas suivre des banquiers à l’aveuglette sous prétexte que cela est rentable » s’exclame Christian Guffroy. Car placer utilement son argent c’est aussi le rentabiliser mais pas seulement pour son intérêt égoïste. L’épargne est un facteur essentiel de l’économie il est donc important d’apprendre à l’utiliser intelligemment afin de développer des actions rentables non plus économiquement mais aussi socialement et privilégiant le respect de l’environnement. C’est le rôle de la NEF, une coopérative financière offrant des solutions d’épargne et de crédit tournées vers des projets sociaux, environnementaux et culturels. Cette coopérative, d’un genre nouveau en France, essaie d’instaurer un nouveau type d’épargne la « Finance éthique », présentée ici par Christian Guffroy. Cette vision altermondialiste et positive de l’épargne « intelligente » a fait naître nombre de sourires et de questions pertinentes et pointues sur les lèvres de l’assistance captivée.

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