Europe, école, environnement… la « Révolution » d’Emmanuel Macron en détails

En cette fin d’année, notre vie politique française ne cesse d’être chamboulée par des surprises. L’événement politique de cette semaine est celui du renoncement de François Hollande de briguer un second mandat. Une première dans la Ve République pour un président sortant. La semaine précédente, c’était François Fillon qui déjouait tous les sondages, en arrivant largement en tête de la primaire de la droite et du centre. Et quelques jours auparavant, c’était Emmanuel Macron qui créait l’événement, en déclarant sa candidature à l’élection présidentielle. Dans le même temps, il publie son livre Révolution, tiré à plus de 200 000 exemplaires. Medly vous en délivre un résumé détaillé.


Parcours personnel

Le livre débute par un chapitre autobiographique. Emmanuel Macron y rappelle ses origines : né à Amiens en 1977, il est fils de médecins. Son attachement familial se porte davantage sur sa grand-mère, qui lui a donné le goût de la littérature, et à laquelle il voue une véritable admiration.

 « A présent qu’elle n’est plus, il n’est pas de jour où je ne pense à elle et où je ne cherche son regard ».

Il se passionne également pour le piano et le théâtre. Il noue précisément avec sa professeure de français et de théâtre, Brigitte Macron, une relation amoureuse.

Premier de la classe, il quitte Amiens pour Paris afin d’intégrer une classe préparatoire. Il échoue à deux reprises au concours de l’École Normale Supérieure, ce qui le conduit à étudier à Sciences Po Paris et à la faculté de philosophie de Nanterre. C’est au cours de ses études qu’il rencontre le philosophe Paul Ricoeur avec lequel il entretient une relation de complicité.

« Ce compagnonnage intellectuel m’a transformé. C’était cela Ricoeur. Une exigence critique, une obsession du réel et une confiance en l’autre. J’ai eu cette chance et je la sais ».

En tête de classement à l’ENA, Emmanuel Macron intègre l’Inspection Générale des Finances, prestigieux corps de la haute fonction publique. Après avoir participé à la commission Attali, il rejoint la banque d’affaires Rothschild.

« J’y ai appris un métier ; tous les responsables politiques devraient en avoir un. ».

Repéré au cours de la commission Attali, le candidat François Hollande l’invite à élaborer son programme économique. Il est ensuite nommé secrétaire général de l’Élysée en 2012, puis ministre de l’économie et de l’industrie en août 2014. Il élabore la controversée « loi croissance et activité » (→ Loi Macron) mais est contraint d’abandonner sa loi sur les « nouvelles opportunités économiques » (NOE) en janvier 2016. Fondateur d’un mouvement politique dont l’historique est retracée ici, il démissionne à la rentrée 2016 pour finalement se déclarer candidat à l’élection présidentielle en novembre.

Sur le plan idéologique, Emmanuel Macron se définit lui-même comme un « libéral », dans le sens où il croit aux initiatives individuelles qui peuvent émerger de la société pour participer au bien commun, mais également comme un « homme de gauche », soucieux de « défendre les plus faibles ». Refusant de s’inscrire dans le clivage gauche-droite jugé « ancien » et « non-confronté au réel », il prône une recomposition politique afin de s’opposer à un Front National « aux portes du pouvoirs », « ennemi » de la France républicaine.

« Les ennemis de la République prétendent l’enfermer dans une définition arbitraire et statique de ce qu’elle est et de ce qu’elle devrait être. Le Front National, animé par une absurde nostalgie de ce que notre pays n’a jamais été, lui fait trahir ce qu’il est. »


Transformations :

Le livre se poursuit par un constat subjectif des grandes mutations que connaissent notre société contemporaine, à échelle française et mondiale.

« Nous sommes en train de vivre un stade final du capitalisme mondial qui, par ses excès, manifeste son incapacité à durer véritablement. Les excès de la financiarisation, les inégalités, la destruction environnementale, les migrations géopolitiques, les transformations démographiques et numériques : ce sont là les éléments d’un grand bouleversement qui nous impose de réagir ».

La mondialisation est à la fois perçue comme un atout pour l’ancien ministre mais également comme l’inscription dans la conscience collective d’une forme de « crise permanente », favorisant chez les citoyens un profond sentiment de déclassement. Les grandes transformations se déclinent en trois points selon Emmanuel Macron :

Le numérique, qui serait à l’image de notre civilisation actuelle : mondialisé et individualisé, permettant le meilleur (diffusion des créations artistiques) comme le pire (établissement d’organisations criminelles).

– L’environnement, confronté à de profonds dérèglements dus directement à l’activité humaine.

– La géopolitique, avec l’inscription du monde dans un ordre multipolaire soumis au risque terroriste.


Industrie :

Malgré quelques propositions annoncées dans l’Obs récemment, Emmanuel Macron n’avait encore jamais délivré de programme concret. Même si le candidat à la présidentielle refuse ce qualificatif de « livre-programme », l’ouvrage égraine au minimum une vingtaine de réformes ou du moins d’orientations politiques à mener.

En terme d’industrie, l’ancien ministre précédemment en charge de ces questions propose une large campagne d’investissements publics, d’une durée de cinq ans, ciblant trois secteurs stratégiques. Tout d’abord, dans l’éducation et la formation professionnelle afin de lutter contre le chômage structurel. Ensuite, dans la transition écologique et plus particulièrement dans l’agriculture biologique et l‘habitat écologique. Enfin, dans le numérique, avec un vaste plan de déploiement de la fibre optique, notamment dans les territoires ruraux.

Pour relancer la croissance économique, Emmanuel Macron souhaite permettre aux entreprises de reconstituer leurs marges. Pour se faire, le Crédit d’Impot Compétitivité Emploi (CICE) mis en place sous le quinquennat Hollande serait abandonné au profit d’allégements de charges et de cotisations patronales. L’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF) serait réformé afin de favoriser les investissements privés et l’innovation. Enfin, en matière de politique énergétique, la filière nucléaire serait maintenue, tout en développant en parallèle les énergies renouvelables afin d’aboutir à un « mix énergétique »


Environnement :

Emmanuel Macron n’est pas réputé pour être un écologiste farouche. Initiateur des « bus-macron » et en faveur du diesel, il est régulièrement la cible de personnalités comme Cécile Duflot ou encore Yannick Jadot (candidat Europe Écologie Les Verts à la présidentielle).

C’est pourtant un véritable constat alarmant qu‘il décrit. Face à l’urgence climatique, le fondateur d’En Marche propose de placer les territoires d’outre-mer au centre de la nouvelle politique environnementale de la France, avec la mise en place d’une grande organisation en charge de ces problématiques. Parallèlement, Macron prône le développement des voitures électriques, des transports en commun dé-carbonés, d’aménagements urbains facilitant le déplacement des piétons et des vélos en ville…

Face à un modèle agricole en crise, la lutte contre la volatilité des prix doit apparaître selon Emmanuel Macron comme une priorité lors de la prochaine réforme de la Politique Agricole Commune (PAC) en 2020. Par ailleurs, la mise place de labels de qualité (type AOC) serait favorisée et institutionnalisée, afin de mieux orienter les choix des consommateurs.


École :

C’est là aussi un sujet sur lequel Emmanuel Macron s’était encore très peu exprimé. Les propositions formulées dans Révolution sont multiples et semblent traduire que l’École sera placée au centre du programme d‘En Marche

Le constat se veut également alarmant. « Médiocre », le système scolaire français est dépeint comme inégalitaire et nécessitant une transformation « radicale ». Cela commence à l‘école primaire. De larges investissements dans les premières classes (maternelle, CP, CE1) des Zones d’Éducation Prioritaire (ZEP) seraient effectués. Les écoles primaires seraient autonomes et le nombre d’élèves par classe divisé par deux dans certaines zones sensibles.

« Comment peut-on penser sincèrement qu’une école en ZEP, où 60 % des élèves ne savent ni lire ni écrire correctement en CM2, puisse relever les mêmes défis qu’un quartier favorisé ? Faut-il investir de la même manière dans ces écoles, sous prétexte que nous avons la passion de l’égalité ? »

La réforme des rythmes scolaires pourrait être abrogée pour dégager les ressources nécessaires pour financer ces réformes.

Par ailleurs, dès l’entrée en collège, les classes européennes et bi-langues seraient rétablies. Le tout serait agrémenté d’une introduction du numérique dans le cursus scolaire et d’une profonde refonte de la carte scolaire. Dans le même temps, les enseignants en ZEP seraient rémunérés davantage qu’aujourd’hui. Enfin, les universités devraient publier leurs résultats par filière et faire preuve d’une totale transparence. Les aides sociales seraient revalorisées pour les étudiants défavorisés.


Modèle social : 

« Les règles actuelles favorisent les insiders, c’est-à-dire ceux qui sont dans l’emploi et plus protégés que d’autres, aux dépens des outsiders, c’est-à-dire les plus jeunes, les moins biens formés, les plus fragiles. C’est cela qui fait que notre modèle social est devenu à la fois injuste et inefficace : il favorise les statuts et paralyse la mobilité ».

En matière de modèle social, Emmanuel Macron refuse trois propositions très en vogue actuellement : l’instauration d’un « SMIC jeunes », plus faible que le SMIC actuel, comme l’avait proposé Bruno Le Maire durant la primaire de la droite ; la dégressivité des allocations chômage dans la durée, préférant un rabaissement du plafond de celles-ci ; et le revenu universel, idée qui intéresse aussi bien à gauche (Manuel Valls), qu’à droite (Nathalie Kosciusko-Morizet).

« Nous devrions choisir, d’une part, entre un revenu universel faible, qui ne répondrait guère aux questions posées par la grande pauvreté, voire détériorerait la situation des plus précaires, et, d’autre part, un revenu universel élevé, mais qui ne pourrait être obtenu qu’au prix d’une formidable pression fiscale sur les classes moyennes. […] Je crois au travail, comme valeur, comme facteur d’émancipation ».

Néanmoins, dans la lignée de la controversée loi Travail, Emmanuel Macron prône un code du travail qui serait plus flexible, en fonction de la conjoncture économique ou des secteurs d’activités. C’est le modèle scandinave de flexi-sécurité qui est préconisé :

«  Ce ne sont pas les emplois qu’il faut protéger, ce sont les salariés ».

Les accords de branche et d’entreprises seraient ainsi au cœur du dialogue social et un accompagnement personnalisé serait institutionnalisé pour suivre individuellement chaque personne au cours de son évolution professionnelle. Les droits au chômage seraient étendus aux travailleurs indépendants, ainsi qu’à toute personne démissionnaire. En contrepartie, un chômeur ne pourra plus refuser certaines formations ou certains emplois qui lui sont proposés, sous peine de se voir retirer ses allocations chômage.

Enfin, en terme de santé, Révolution met en valeur l’importance de la prévention : la lutte contre la consommation d’alcool et de tabac serait accentuée. Pour les retraites, une universalisation des régimes entre le public et le privé est évoquée. Pour plus de détails au sujet des réformes économiques : L’Obs.


Sécurité :

Prônant une laïcité inclusive et ouverte, Emmanuel Macron est favorable à ce que les musulmans construisent un Islam de France et qu’ils s’associent pleinement à la lutte contre le fondamentalisme islamique. Sur les fonctions régaliennes, le dirigeant d’En Marche ne s’était encore que très peu exprimé là aussi. Révolution est l’occasion d’y voir plus clair, même si on ressent qu’il reste encore des réflexions à mener.

Le constat est le suivant : « l’arsenal judiciaire semble suffisant », il faut désormais l’appliquer. Il propose ainsi une sortie progressive de l’état d’exception que constitue « l’état d’urgence » . Le rétablissement d’une police de proximité, passant par une embauche de 10 000 fonctionnaires supplémentaires, ainsi que d’un renseignement territorial, semblent être pour Emmanuel Macron les bonnes dispositions à prendre à court terme. Il affirme par ailleurs que toute peine prononcée doit être suivie d’une détention effective, sans mentionner la moindre éventualité de construction de places de prisons supplémentaires. Certains délits mineurs, comme le vol ou la détention de cannabis (sans circonstances aggravantes), feront l’objet de dépénalisations.

« Je refuse les accusations de laxisme sur ce point […], il est vain de pénaliser systématiquement la consommation de cannabis, alors qu’une contravention lourde et payable immédiatement serait beaucoup plus économe en temps pour la police et la justice, et bien plus dissuasive qu’une hypothétique peine de prison dont tout le monde sait qu’elle ne sera finalement jamais exécutée ».

Enfin, entre 30 000 à 50 000 personnes constitueraient la garde opérationnelle, le rétablissement du service militaire étant totalement écarté.


Politique étrangère et Europe :

En terme de politique étrangère, Emmanuel Macron veut faire preuve de « réalisme » et inscrire toutes les actions militaires françaises dans des mandats de l’Organisation des Nations Unies (ONU). La priorité fixée est celle de combattre Daech en Syrie, en Irak mais aussi en Libye, sans que des leviers d’action ne soient clairement édictés. La France s’inscrirait dans une démarche davantage indépendante des États-Unis et de la Russie, préférant la coopération avec ses partenaires européens.

« Nous commettrions une erreur en coupant les ponts avec cette puissance d’Europe orientale [Russie] plutôt qu’en nouant une relation de long terme. Dans la lutte contre le terrorisme ou dans le domaine énergétique, nous avons matière à nourrir un partenariat utile ».

Vis-à-vis des États-Unis, Révolution délivre un message d’inquiétude après l’élection de Donald Trump, affirmant néanmoins que l’axe atlantique restera toujours structurant de la politique internationale française. Par ailleurs, la reconnaissance de l’État palestinien par Israël est souhaitée et sera appuyée par la France si Emmanuel Macron est élu.

Emmanuel Macron réaffirme par la suite sa vision de l’Europe : pacifique, prospère et libre. Et sur ces trois points, c’est un constat très dur d’une « décennie perdue » qui est fait, partant du refus du référendum sur le traité européen de 2005, jusqu’au succès du Brexit en juin dernier.

« L’Europe politique n’est pas advenue. Elle s’est même plutôt affaiblie, par notre faute collective ».

Le sentiment de paix est fragilisé par le conflit ukrainien et par la crise migratoire. L’Europe « prospère » semble davantage être le berceau d’une croissance molle soumise aux politiques d’austérité successives. Enfin, l’Europe libre voit les pays se refermer sur eux-mêmes, avec l’établissement de barbelés en Hongrie par exemple. C’est du moins le constat d’Emmanuel Macron, qui propose de mettre en place de véritables frontières extérieures à l’Europe. Il propose également de re-dynamiser la zone euro, avec quelques pays volontaires, en lançant de vastes investissements dans les domaines de l’éducation, du numérique et des énergies renouvelables.

« Ce que je propose, c’est de lancer un budget de la zone euro qui financera les investissements communs, aidera les régions les plus en difficulté et répondra aux crises ».

Pour l’Union Européenne, Emmanuel Macron est favorable à une refondation démocratique, passant par le biais de débats citoyens organisés dans les 27 pays membres : le projet qui en ressortira devra être ensuite valider par les peuples européens.


Institutions :

Révolution se termine par un chapitre sur les institutions. Le passage à une VIe République est d’office écarté. Néanmoins, la volonté d’introduire une part de proportionnelle, sans affaiblir la stabilité institutionnelle permise par la Ve République, est esquissée. La notion de non-cumul des mandats dans le temps est posée, comme celle de favoriser la reconversion d’un élu dans un milieu professionnel. L’intérêt est de favoriser le renouvellement de la classe politique. Outre une décentralisation accrue des pouvoir exécutifs, le processus d’adoption de lois serait grandement accéléré.


Révolution délivre au lecteur la vision qu’Emmanuel Macron se fait du pays. Le style est agréable et très pédagogue. Des thèmes, sur lesquels le candidat à l’élection présidentielle ne s’était jamais positionné auparavant, sont longuement évoqués : école, environnement, politique extérieure. Les sujets traditionnellement associés à Emmanuel Macron comme ceux de l’industrie, du numérique ou de l’économie démontrent une réelle expertise tirée de son expérience de ministre. Néanmoins, le propos semble incertain en ce qui concerne les fonctions régaliennes de l’État et la sécurité. Enfin, certains domaines comme la ruralité, la santé, la culture ou encore l’agriculture, ne sont que survolés.

Une réflexion sur “Europe, école, environnement… la « Révolution » d’Emmanuel Macron en détails

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s