Quel avenir pour les filières du lycée ?

 

Le choix de la filière au lycée est le premier choix dans la vie d’un élève, qui impactera son avenir, et sur lequel il est censé avoir une emprise relative. Bac professionnel à la sortie du collège, filière générale ou technologique après la seconde, l’élève est invité assez tôt à prendre une décision cruciale, mais il se retrouve plus souvent à subir qu’à choisir,  à cause d’un système qui le dépasse. Avec la présidentielle, de nombreux candidats remettent en question notre système éducatif et notamment la répartition des élèves en différentes filières.

 

Reproduction sociale

Destiné à garantir à chacun un enseignement adapté à ses capacités et à son projet, le système d’orientation au lycée trouve son premier déséquilibre dans un déterminisme social impitoyable. L’orientation d’un élève dépend de ses résultats scolaires bien sûr, mais aussi de l’établissement où il se trouve, du capital culturel de ses parents et du milieu social dont il est originaire, autant de facteurs qui échappent à son contrôle et qui malmènent à la fois l’idéal d’une école républicaine gommeuse des inégalités mais aussi sa logique émancipatrice.

Ainsi, le tableau de l’Observatoire des inégalités, s’appuyant sur les données du ministère de l’Education, démontre sans ambiguïté le manque d’emprise des élèves sur leur destin scolaire qui peut par la suite engendrer une frustration toxique à leur éducation (voir la partie « Décrochage scolaire« ).

Type de baccalauréat obtenu
Parmi les bacheliers d’une catégorie sociale donnée
Unité : %
Bac général Bac technologique Bac professionnel
Artisans, commerçants, chefs d’entreprise 48 20 31
Agriculteur exploitant 54 19 27
Cadres supérieurs, professions intellectuelles 76 14 10
Professions intérimaires 58 23 20
Employés 49 26 24
Ouvriers 31 23 46
Retraités 38 21 41
Ensemble 48 21 31
Lecture : parmi les enfants d’ouvriers bacheliers, 31 % ont obtenu un bac général en 2012, contre 76 % pour les enfants de cadres supérieurs bacheliers.
Source : ministère de l’Education nationale – Données 2012 – © Observatoire des inégalités

 

La filière est donc partiellement conditionnée par la catégorie sociale des parent et la pérennisation d’un tel état de fait établit une mobilité sociale semi-amorphe. Cette situation est doublée d’une hiérarchisation des filières tendant en demi-teinte vers un mépris de classe.

Hiérarchisation des filières   

Dès la fin de la troisième, l’orientation d’une partie des collégiens se fait à leur détriment et est vouée d’avance à l’échec. Ainsi, des élèves aux résultats les plus faibles sont contraints à intégrer des filières professionnelles contre leur gré, avec des propositions qui frôlent l’aléatoire. Un jeune voulant devenir coiffeur peut être envoyé en bac professionnel de plomberie ou d’hôtellerie, puisque le réel objectif est seulement de « recaser » les élèves là où il y a de la place. Ce phénomène se retrouve l’année suivante, avec des lycéens contraints d’intégrer des filières technologiques quand bien même cela ne correspondrait en rien avec leur projet ou leurs intérêts. Certaines filières sont vues comme des filières-poubelles et encouragent un mépris, aussi bien du point de vue des administrations qui essayent de les supprimer de leur lycée, que des autres lycéens eux-mêmes reproduisent ces schémas, « STMG » étant parfois assimilée à une insulte qualifiant ceux qui ont des capacités intellectuelles restreintes.

Cette hiérarchisation des filières se prolonge ensuite par une hiérarchisation des professions et donc une hiérarchie par catégories qui nuit à la cohésion sociale et entretient des tensions au sein de la société. L’Ecole vectrice d’égalité se doit d’établir une relation égale entre tous les individus, dans la poursuite d’un idéal républicain et philosophique qui garantit notre contrat social.

L’inefficacité systémique des filières actuelles  

Dans cette optique, le système actuel des filières figées ne trouve pas de sens ; en effet, les séparations actuelles ont perdu leur objectif initial au profit de conséquences perverties, et si cela ne concerne évidemment pas l’intégralité des publics, une large part se retrouve défavorisée. Les filières professionnelles et technologiques sont méprisées et sont donc moins efficientes dans leur objectif pédagogique. La filière scientifique est devenue une filière générale pour les élèves aux résultats jugés satisfaisants, si bien qu’elle ne remplit plus sa mission de filière scientifique, provoquant un abaissement de niveau dans ces matières et une pénurie d’esprits formés dans le supérieur. Le rétablissement d’une filière strictement scientifique redonnerait alors sa véritable identité aux autres filières et rééquilibrerait la répartition des élèves vers des filières qui leur correspondent plus, à l’instar de la filière littéraire aujourd’hui marginalisée. Ce serait donc une mesure relativement simple à mettre en place et bénéfique (notamment préconisée dans le rapport parlementaire d’information n°2951, proposition 7) à coupler avec la valorisation des parcours professionnels et technologiques, mais en réalité trop peu ambitieuse.

Rendre l’élève acteur de son éducation   

Face à ces dysfonctionnements structurels du système éducatif, seule une modification radicale de la philosophie des filières générales semble indispensable au rétablissement d’une Ecole qui remplit sa mission. La solution se trouverait alors dans une conception qui donnerait aux lycéens un poids de décision sur leur avenir tout en garantissant une efficacité accrue : l’éclatement des filières. Un tronc commun, dont la composition délivrerait le bagage intellectuel que nous estimons indispensable à chacun pour sa participation à la société, serait dispensé sans distinction à tous les lycéens. Le reste de l’emploi du temps serait alors modulable pour chacun selon ses intérêts, ses capacités et son projet futur. Chacun disposerait de cours adaptés à son niveau dans chaque matière, abolissant les frontières entre les trois niveaux du lycée, créant un ensemble polymorphe.


Cette vision est une des solutions à explorer pour changer en profondeur et corriger les défauts du système actuel. La constitution du cursus scolaire serait établie selon l’intérêt de chaque élève et lutterait contre les effets du déterminisme social. De même, la hiérarchisation serait dépourvue de sens puisque chacun se retrouverait dans la meilleure filière pour lui-même. Enfin, la question de l’émancipation trouve aussi réponse puisque l’élève est rapidement sensibilisé aux choix qu’il fait pour construire son propre avenir, sans en être dépossédé par son entourage ou par la pression sociale.

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