La liberté de la presse, un combat sans fin ?

55, c’est le nombre de journalistes tués en 2016 en raison de leur activité professionnelle recensé à ce jour par l’association de défense des journalistes Reporters sans Frontières. Ce n’est pas le seul chiffre alarmant que communique l’ONG dans son baromètre des violations de la liberté de la presse. Actuellement, 176 journalistes sont emprisonnés, toujours à cause de leur métier.

La Turquie est classée à la 151ème position au classement mondial de la liberté de la presse mais nul doute qu’après les purges entamées à la suite de la tentative ratée de coup d’État, le pays qui envisage pourtant un rapprochement avec l’Europe, devrait continuer de baisser dans ce classement. Si la liberté de la presse est bafouée quasi-quotidiennement en Turquie avec la fermeture des médias d’opposition et l’emprisonnement des journalistes indépendants, le pays a récemment fait la une de l’actualité en retenant pendant trois jours un journaliste français. Olivier Bertrand, reporter pour LesJours.fr a finalement été expulsé après la protestation des médias français et du Ministère des Affaires Étrangères. À la dernière place, on retrouve un petit pays d’Afrique de l’est, l’Érythrée. Aucune source d’information indépendante n’y existe, à l’exception d’une radio diffusée depuis Paris et gérée par deux  journalistes ayant le statut de réfugié politique grâce à l’aide précieuse de RSF, de médias français et de la Mairie de Paris. D’autres associations alertent sur la situation de ce pays d’un peu moins de 6 millions d’habitants d’après les dernières estimations établies par la CIA. Amnesty International et Human Rights Watch dénoncent régulièrement des violations des droits de l’Homme. D’après l’ONU, ce serait le deuxième contingent de réfugiés en Europe après les syriens. Syrie qui complète les dernières places de ce classement aux côtés de la Chine, de la Corée du Nord et du Turkménistan.

 

« Les prisons invisibles de l’argent »

Si Reporters sans Frontières dénonce les exactions physiques et les ennuis judiciaires causés aux journalistes, l’ONG entend aussi lutter contre un autre phénomène, tout aussi pernicieux. Dans une enquête parue en juillet 2016 et illustrée d’exemples provenant du monde entier, elle dénonce l’accaparement de médias d’information par des personnalités politiques ou financières dans le but de privilégier leurs intérêts personnels, souvent au détriment de l’information. Dans les faits, cela peut entraîner une censure de reportages gênants pour les activités de ces personnes, de leurs entreprises ou de leurs partenaires commerciaux mais aussi, au contraire, engendrer des reportages flatteurs et partiaux.Les inquiétudes formulées au sujet de Vincent Bolloré dans ce rapport font écho à la situation actuelle de la rédaction d’iTélé, qui a repris le travail il y quelques jours après une grève d’un mois pour demander la mise en retrait de Jean-Marc Morandini – accusé de corruption de mineur – de l’antenne mais aussi la signature d’une charte d’éthique ou la nomination d’un directeur de rédaction distinct du directeur général dans l’intérêt de l’indépendance éditoriale.

Au classement mondial de la liberté de la presse, la France n’arrive qu’à la 45ème position, derrière l’Afrique du Sud, les États-Unis ou le Burkina Faso. Ce qui est reproché à la France, c’est l’existence d’une menace sur l’indépendance des médias, qui sont possédés par de puissantes multinationales. Bernard Arnault, actionnaire majoritaire du groupe LVMH (Kenzo, Louis Vuitton, Guerlain, Sephora…) possède Les Échos, Le Parisien et Radio Classique ; Martin Bouygues, PDG du groupe qui porte son nom détient TF1, LCI et Metronews ; Le Monde, L’Obs, Télérama et Courrier International sont contrôlés par Pierre Bergé, Matthieu Pigasse et Xavier Niel ; Patrick Drahi à la tête d’Altice (Numericable, SFR…) détient Libération et L’Express et contrôle avec Alain Weill le groupe NextRadioTV (BFM TV, RMC). Comme nous l’expliquions auparavant, cela peut créer dans conflits d’intérêts, comme lorsque dans son 20H du 20 mars 2016, TF1 avait consacré un sujet particulièrement bienveillant à la construction du « sarcophage » de Tchernobyl qui accuse pourtant un retard de deux ans, une opération menée par deux géants du BTP français, les groupes Vinci et Bouygues. Une situation dénoncée à l’époque par @rrêts sur image.

Médias publics, au service de la (dés-)information

En économie, on dit que dans une société capitaliste telle que nous la connaissons actuellement, lorsque l’État intervient, c’est pour corriger les « défaillances » du marché. Plus simplement, lorsque le secteur privé ne trouve pas d’intérêt à proposer un service, c’est à l’État de s’en charger. On retrouve cette situation dans les médias et les médias publics doivent donc, en théorie, proposer une programmation d’intérêt général avec des programmes de meilleure qualité ou différents des autres chaînes. Si en France nos médias publics jouent plutôt correctement leur rôle – bien qu’ils ne soient pas, comme leurs concurrents privés, exempts de critiques vis-à-vis de leur indépendance ou de leur traitement de l’information – ce n’est le cas partout. Dans certains pays, les médias publics servent d’outils de propagande à grande échelle. On retrouve cette situation dans des pays africains, en Turquie, en Chine ou en Corée-du-Nord par exemple. La chaîne de télévision d’information en continu RT (Russia Today) qui diffuse en russe, en anglais, en allemand, en arabe et en espagnol pose aussi questions. Elle est régulièrement critiquée pour ses prises de position à l’encontre des pays occidentaux et des institutions associées (comme l’OTAN) et plutôt favorables envers le Kremlin. En 2014 déjà,  Le Monde faisait le bilan des critiques adressées à la chaîne. Disposant déjà d’un site en français, RT pourrait émettre en français dès 2017 suite à la signature d’une convention avec le CSA. Mais la chaîne s’est déjà faite remarquée dans notre pays, notamment pendant les attentats, en ayant diffusé de fausses rumeurs sur les réseaux sociaux ou avec des articles ne contenant aucun élément d’information mais particulièrement morbides, nommés par exemple « VIDEO CHOC » ou « VIDEOS PERTUBANTES ».

N’oubliez pas que lorsque vous lisez, regardez, écoutez un média : restez vigilant et diversifiez vos sources d’information.

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