« Le ciel attendra » et l’on gardera les pieds sur Terre

« Vous avez des enfants ? […] Parce que je suis sûr que dans votre fauteuil bien calé, vous êtes persuadés que vous savez tout ce qui se passe dans la tête de votre gamin parce que vous lui avez assez rabâché qu’il ne fallait pas parler aux inconnus, encore moins monter dans la voiture d’un étranger et que si par hasard quelqu’un de louche venait lui parler pour lui demander de se faire éclater la gueule à 4000 kilomètres d’ici, il viendrait le dire à son papa et sa maman ?[…] »

Sur les réseaux sociaux, ces inconnus paraissent plus inoffensifs, cachés derrière des profils sympas,  on ne soupçonne pas que certains les utilisent comme une arme. Un clic et elles ont basculé dans un autre monde. Un monde dans lequel leur famille, leurs amis ne peuvent plus les comprendre parce qu’elles sont des « élues » et qu’ils ne sont que des « kouffars ». Un monde qui réduit tout ce qu’elles avaient appris à l’école à des théories du complot. Un monde où elles craignent que tout ce qui les divertissait : l’art, la musique, le sport…  ne les transforme en singe ou en porc. Un monde où tout ce qui était pour elles synonyme de liberté devient soumission. Bienvenue dans le monde de Daech.

Le ciel attendra est un film réalisé par Marie-Castille Mention-Schaar, sorti le 5 octobre 2016. Un chassé croisé des histoires de deux adolescentes, Sonia en phase de déradicalisation et Mélanie, qui tombe progressivement dans le piège de l’embrigadement.

Un contexte actuel

Les attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo, et ceux de novembre survenus aux abords du Stade de France, qui ont frappé le Bataclan ainsi que plusieurs cafés de la capitale, ont ravivé le sujet de la radicalisation. Ce qui fait la force de ce film, c’est sa rapidité à réagir à un sujet d’actualité. Le scénario est né dans l’urgence et le tournage a commencé à peine trois jours après les attentats de novembre.

Une peur s’est développée autour du phénomène de radicalisation difficilement maîtrisable et qui restait assez mystérieux.  La réalisatrice souhaitait résoudre ce mystère :

Je voyais ces histoires de jeunes filles qui partaient en Syrie et ces parents dépourvus qui ne comprenaient pas, qui n’avaient pas vu cet embrigadement. J’avais envie de comprendre ».

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Un film instructif

Pour comprendre le processus de l’embrigadement, Marie-Castille Mention-Shaar a fait appel à son ancienne profession de journaliste. Elle a réalisé une enquête et effectué un important travail de documentation. Mais il lui était nécessaire d’aller au plus près du problème pour pouvoir guider ses comédiens. Elle a donc rencontré des familles  victimes et a bénéficié des enseignements de Dounia Bouzar, fondatrice du CPDSI (Centre de prévention des dérives sectaires liées à l’Islam) qui tient son propre rôle dans le film.

Certes l’histoire est une fiction, mais à fonction didactique. Comprendre le mécanisme permettrait selon la réalisatrice de se sentir davantage acteur du phénomène et de se libérer de la peur qui l’entoure. Son souhait : que le film soit projeté dans les établissements scolaires, ce qui est rendu possible par le dispositif « collégien/lycéen au cinéma ».

Le film s’attache, également, à éviter tout amalgame entre l’islam et l’idéologie radicale parce que c’est dans celui-ci que se fonde l’embrigadement. L’identifier,  c’est défaire les attaques faîtes à l’encontre des musulmans liées à cette confusion.

Une fiction qui dépasse la réalité

Il tend à dépasser les préjugés. On a tendance à penser que ce phénomène touche uniquement les classes défavorisées et/ou les individus de confession musulmane. Or les exemples pris ici sont ceux de deux jeunes filles qui évoluent dans un environnement stable. L’objectif étant de montrer que n’importe qui peut se faire piéger par les recruteurs de Daech, surtout à l’adolescence, âge de la quête d’un absolu.

Ce film est aussi porteur d’espoir, par le processus de désembrigadement on constate qu’il est possible de s’en sortir.

Le titre « Le ciel attendra » n’est pas choisi au hasard, il renvoie à cette idée « qu’il faut être uni, remettre de l’humain au centre de nos sociétés, la note d’espoir est entre nos mains » explique Clotilde Coureau, l’actrice qui interprète la mère de Mélanie. Elle raconte qu’une spectatrice dont la fille est partie au Djihad lui a confié  :

Si ma fille et moi avions vu ce film, peut être que ma fille serait encore aujourd’hui sur le territoire ».

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