« Quand le diable s’en mêle », une pièce d’enfer de Didier Bezace

Quand le diable s’en mêle, la pièce mise en scène et adaptée par Didier Bezace, est un bel hommage au maître du vaudeville, Georges Feydeau.

En effet, on y retrouve trois courtes pièces du célèbre vaudevilliste, Léonie est en avance, Feu la mère de Madame et On purge bébé, habilement liées par la figure du Diable qui nous en fait voir de toutes les couleurs !

 

Une pièce jouée dans un environnement hors du commun :

Si elle a eu l’occasion d’être jouée dans divers théâtres français, Quand le diable s’en mêle a de surcroît pu se représenter dans des lieux à part qui n’ont fait qu’ajouter à son charme.

En septembre dernier, elle a notamment été jouée au théâtre de l’Aquarium, à Vincennes, endroit accueillant dans lequel convivialité et simplicité sont les maîtres mots. Aux petits plats chaleureux proposés sur place s’allie un réel échange à table avec d’autres personnes venues pour la représentation, mais aussi avec les comédiens.

De plus; le théâtre de l’Aquarium se trouve dans un lieu d’exception de l’histoire du théâtre mondial : la Cartoucherie. Il s’agit à l’origine d’un lieu de stockage militaire, devenu par la suite une pépinière de théâtres. En effet, dans les années 1960, un mouvement intellectuel français revendique cette friche et c’est ainsi que des dramaturges l’investissent. Ce sont d’abord Ariane Mnouchkine et Philippe Léotard qui s’emparent du théâtre du Soleil, mais peu à peu, d’autres dramaturges les imitent et occupent des poudrières. Ainsi sont créés les théâtres du Soleil, de La Tempête, du Chaudron, de la compagnie Caroline Carlson (danse), de l’Epée de Bois et bien sûr, de l’Aquarium.

Une mise en scène originale non-dénuée d’humour…

Les choix scénographiques de Didier Bezace se démarquent par leur originalité et ce, dès l’entrée des spectateurs dans la jauge. Le public est placé en tri-frontal, dans une salle amovible avec plateau à vue.

Au fur et à mesure de la pièce, le plateau se révèle être multifonctions. Aussi, il symbolise à la fois un espace de jeu, un lit conjugal, et un bureau. Autre particularité du plateau, il est matérialisé par une plateforme en bois, penchée.

Mais pourquoi un tel choix ? D’abord, cette plateforme est démesurée pour un bureau ou un lit, les personnages semblent s’y « noyer ». Mais cette disproportion ne symboliserait-elle pas la richesse, l’abondance, à laquelle aspire la petite bourgeoisie montrée chez Feydeau ? De même, la plateforme en pente n’illustrerait-elle pas la dégringolade de cette même bourgeoisie ? Ce sont autant de choix malicieux du metteur en scène qui nous rappellent l’univers caricatural de Feydeau.

Mais la mise en scène ne se démarque pas seulement par des choix matériels. Le jeu des acteurs est pour beaucoup dans le comique de la pièce, qui, il faut l’avouer, nous fait rire aux éclats. L’accent est mis sur le comique de caractères, et surtout sur le comique de situation avec des personnages hauts en couleurs, notamment celui du Malin.

… renforcée par un personnage nouveau chez Feydeau, le Diable

Didier Bezace a en effet décidé de rajouter un personnage avec la figure du Diable qui fait office de lien entre les trois pièces.

Mais qu’apporte-t-il ? Quel est son rôle ?

Les différentes intrigues sont toutes basées sur un qui pro quo non-intentionnel de Feydeau. Bezace, lui, prend le parti, avec le personnage diabolique, de mettre volontairement le désordre.

Le spectacle s’ouvre sur son arrivée : il entre en fond de cour, entouré de fumée qui rappelle son côté démoniaque tout au long de la pièce, affublé d’un costume de diable figuratif  et d’un masque humain qu’il s’empressera de retirer pour nous révéler sa vraie nature.

Il apparaît comme le fil conducteur du spectacle et a un rôle central dans chacune des pièces : il joue d’abord la sage-femme, Madame Virtuel, qui fait accoucher Léonie d’une grossesse nerveuse soi-disant liée au stress ; puis le domestique qui met dans tous ses états un couple de bourgeois en leur annonçant  une mauvaise nouvelle qui, finalement, ne les concerne même pas, et enfin le petit garçon capricieux, Toto, qui fait tourner en bourrique toute la maisonnée.

Il est évidemment le semeur de troubles partout où il passe – exclusivement chez des bourgeois –  et il tourne la classe sociale en dérision. Il rappelle que même la bourgeoisie a ses faiblesses et peut voir son petit confort troublé  en poussant  les personnages à l’excès et à la démesure avec un malin plaisir…

En tout cas, quand Didier Bezace s’en mêle, on obtient du Feydeau 2.0 original et plein d’humour qui nous replonge dans l’univers cocasse du vaudeville !

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