La violence économique, ça existe !

Ivan Jablonka s’est vu remettre le prix Médicis en 2016 pour son livre Laëtitia ou la fin des hommes, histoire tragique mais vraie d’une jeune fille martyrisée et assassinée à seulement 18 ans. Si force est de constater qu’encore aujourd’hui les femmes ne sont toujours pas respectées à leur juste valeur et restent victimes de nombreuses violences, on a de plus tendance à ne penser qu’aux violences physiques et verbales. En effet, la violence économique notamment, est souvent oubliée alors qu’elle constitue une des formes de violences les plus répandues.

Elle ne date pas d’hier, elle découle de systèmes patriarcaux sexistes établis depuis l’Antiquité !

La toute première société patriarcale apparaît à Athènes, société dans laquelle les femmes sont placées au même rang que les esclaves ou les enfants et n’ont de ce fait pas le statut de citoyen.

En effet, le patriarcat est un système où sont prônées la toute-puissance du « pater familias » et la domination des hommes sur la base de différentes structures : l’emploi, le travail domestique, la culture, la sexualité, la violence et l’État. L’interaction de ses structures est à l’origine de différentes formes de patriarcat, notamment le patriarcat privé et public. Or, ils sont tous deux basé sur la violence économique. En effet, du patriarcat privé bâti sur le travail domestique découle l’exclusion de la femme de l’espace public tandis que du patriarcat public fondé sur l’Etat et le travail salarié ressort une ségrégation des femmes dans la sphère publique. Aujourd’hui ce patriarcat n’est plus aussi fort, les femmes ont par exemple désormais accès au marché du travail, elles peuvent divorcer, avoir accès à la contraception… Pour autant, si l’égalité de droit est désormais acquise, nous sommes encore loin de l’égalité effective.

Or, comme Françoise Brié, vice-présidente de la Fédération nationale Solidarité femmes l’affirme « Les violences faites aux femmes ne sont pas des problèmes individuels, mais une question de société : les inégalités entre hommes et femmes en sont le moteur, l’origine ».

La violence économique constitue près d’un quart des violences faites aux femmes, mais en quoi consiste-t-elle ?

La violence, quel que soit le prisme par lequel elle s’exprime, suppose toujours la volonté du partenaire d’assouvir ses envies personnelles avant toute chose, de dominer la femme, et dans le cas de la violence économique de limiter voire de supprimer son autonomie financière afin de mieux la contrôler.

Selon le 3919, la ligne d’écoute de Violences Femmes Info, 23% des victimes seraient touchées par cette violence économique qui peut se manifester de bien des manières. La femme  est dans tous les cas privée de toute capacité de décision sur sa propre situation financière.

La violence économique peut se traduire par des actes du partenaire portant préjudice à la pérennité financière de la femme en refusant par exemple de participer au paiement des factures ou en endettant le ménage avec la carte de crédit commune. Mais plus encore, ces actions peuvent être illégales. En effet, certains n’hésitent pas à contracter des crédits en falsifiant la signature de leur femme ou même à carrément leur voler de l’argent et des biens.

La soumission de la femme peut aussi passer par des contraintes que lui impose son partenaire notamment lorsqu’il l’empêche de travailler pour s’occuper des activités domestiques et la prive alors de revenu et de toute autonomie.

 Une violence qui va au-delà d’actes individuel et qui dépasse la question financière

Les femmes sont depuis toujours associées au travail domestique, à savoir à la réalisation des « corvées ». Encore aujourd’hui dans l’inconscient collectif,  tâches ménagères, cuisine, lessive, ménage, courses ou encore s’occuper des enfants, revient aux femmes et ce, même si l’homme ne travaille pas.

Or, ce travail domestique n’étant pas rémunéré et l’homme contrôlant les ressources de la femme, la question de l’échange économico-sexuel se pose. Introduit par Paola Tabet qui a notamment étudié la sexualité des femmes dans le système patriarcal, cet échange pourrait être assimilé à une transaction financière dans laquelle  les femmes fournissent des services (sexuels) aux hommes qui, en échange, leur donnent une compensation (généralement financière) plus ou moins explicite. Il y a alors un ensemble de rapports allant du mariage à la prostitution et comprenant des formes très disparates entre ces deux extrêmes.

Paola Tabet insiste sur ce point : « J’ai essayé en fait de montrer qu’il n’y a pas une opposition binaire entre mariage et prostitution, mais plutôt toute une série de relations différentes, et qu’il est possible d’établir un continuum, c’est-à-dire une série variable d’éléments communs aux différentes relations et une série d’éléments qui les différencient. »

En effet, la dépendance financière représente souvent un handicap majeur à l’autonomie d’une personne. La peur de manquer de moyens pour subvenir à ses besoins peut ainsi remettre en cause la décision de quitter la relation, aussi malsaine soit-elle.

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