Emmanuel Macron va-t-il « marcher » vers l’Elysée ?

Emmanuel Macron serait-il un OVNI politique ? Avant 2014, il était inconnu du grand public. Énarque, inspecteur général des finances (IGF), banquier chez Rotschild puis conseiller spécial de François Hollande à la présidence de la République, Emmanuel Macron est nommé ministre de l’économie par surprise en août 2014. Après avoir porté sa loi « Croissance et Activité » (loi Macron), très controversée notamment sur l’ouverture du dimanche, il lance en avril 2016 un mouvement politique appelé « En Marche ». Comment, aujourd’hui, Emmanuel Macron arrive-t-il à être crédité de 14 % à 16 % d’intentions de vote à l’élection présidentielle, élection pour laquelle il n’est pas encore candidat ?

En Marche :

Dans sa ville natale d’Amiens, Emmanuel Macron tient une « réunion citoyenne ». Ce 6 avril 2016, le ministre de l’économie est à la une de tous les journaux télévisés : « Emmanuel Macron lance son mouvement ni de droite ni de gauche ». Une plateforme internet est ouverte sur laquelle tout français peut adhérer gratuitement quelque soit son appartenance politique. Une semaine après, le mouvement revendique 13 000 inscriptions. L’initiative surprend beaucoup et surtout au sein du gouvernement, bien que le président ait été averti quelques jours auparavant. La volonté est de rassembler les « forces progressistes » pour réformer le pays.
Abandonner le clivage gauche-droite qui, aux yeux de beaucoup français, serait considéré comme artificiel ? Chercher un consensus républicain pour combattre les extrêmes, et en premier lieu le Front National ? La terminologie n’est pas exactement celle-ci mais s’en rapproche grandement. Néanmoins, le lancement d’En Marche ne devait-il pas se faire bien auparavant ? En se plongeant dans un article du Monde de novembre 2015, l’hypothèse y est déjà évoquée. Cette information restera inaperçue dans la mesure où le soir même de la publication de l’article, les attentats de Paris et de Saint-Denis surviennent et plongent le pays dans l’état d’urgence.
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Emmanuel Macron lance son mouvement En Marche 

 

La grande Marche :

Peu après la création d’En Marche, Emmanuel Macron lance une vaste opération de porte-à-porte pour « faire le diagnostic du pays » d’après ses mots. L’objectif est de recueillir 100 000 témoignages de français par le biais d’un questionnaire. Mais pourquoi un ministre de l’économie en exercice lance-t-il cette « Grande Marche » ? La crise de leadership et la fragmentation de la gauche donneraient-elles à Emmanuel Macron des ambitions présidentielles ? L’intéressé reste très flou sur la question. Dans un contexte social très tendu avec des manifestations régulières contre la loi travail, l’exaspération des membres du gouvernement quant aux actions du jeune ministre se fait ressentir.

La Mutualité :

Le 12 juillet 2016, Emmanuel Macron organise son premier meeting politique à la Mutualité à Paris. C’est un véritable affront qui est fait au président de la République, deux jours avant son interview annuelle du 14 juillet. Des manifestants de Nuit Debout se sont postés à l’entrée pour perturber la venue du ministre de l’économie. 3 000 personnes assistent au meeting mais surtout l’ensemble des médias français. Car Emmanuel Macron fait beaucoup vendre, et ce autant dans la presse politique (L’Express, L’Obs, Challenges…) que people. Son discours porte sur les grandes mutations de la société, d’ordre environnementale (changement climatique, émission de CO2), géopolitique (crise des réfugiés, annexion de la Crimée…) et numérique (conception du travail). Il évoque également sa conception d’une laïcité ouverte et d’une France intégrée dans la mondialisation et dans une Europe forte. Le propos reste néanmoins abstrait : l’objectif est de poser les bases idéologiques d’un mouvement politique tout juste créé. Mais cela ne passe pas à Matignon. Manuel Valls recadre son ministre. L’ensemble de la classe politique attend l’allocution de François Hollande le 14 juillet pour connaître le sort d’Emmanuel Macron. C’est par ailleurs la première question qui sera posée au Président durant l’interview, illustration de la frénésie médiatique autour du sujet. Le Président de la République ne veut pas se séparer de l’un des ministres les plus populaire du gouvernement et lui adresse un ultime message en guise d’avertissement :
« pour rester dans un gouvernement, il faut respecter les règles de solidarité et d’esprit d’équipe, en défendant le bilan ».

Démission :

Après un été bouleversé par les attentats de Nice, le ministre de l’économie annonce sa démission le mardi 28 août, à la veille du conseil des ministres de rentrée. C’est la fin d’un long feuilleton d’hypothèses, de rumeurs… à propos de la sortie du gouvernement d’Emmanuel Macron. Invité le soir sur TF1, l’ex-ministre se défend de toute trahison de François Hollande. Or il le sait, cette étiquette du traître le poursuivra pendant encore longtemps. Le Président de la République a-t-il volontairement conservé Macron au sein du gouvernement pour le contraindre à le démission, ou a-t-il été véritablement surpris par ce départ ? En tout cas, Emmanuel Macron a retrouvé sa « liberté » comme il l’affirme lui-même. Il se consacrera dès lors, uniquement à son mouvement En Marche.

Meetings de restitution :

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Emmanuel Macron lors de son meeting à Montpellier, le 18 Octobre 2016
La Grande Marche, terminée fin juillet, a permis au mouvement de recueillir 25 000 témoignages de français. C’est 4 fois moins que ce qui était prévu à l’origine. Néanmoins, ces conversations entre « marcheurs » (militants d’En Marche) et citoyens a fait l’objet de trois meetings successifs pour Emmanuel Macron. L’occasion pour lui de dresser le bilan des grandes préoccupations des français. Il est question d’institutions politiques à Strasbourg, d’économie au Mans et de vivre-ensemble à Montpellier. Une nouvelle fois, les meetings surprennent par la forme : des acteurs de la société civile ayant participé à la Grande Marche ouvrent le diagnostic puis Macron entame son discours. Et une nouvelle fois, peu de propositions concrètes sont formulées dans la mesure où l’ancien ministre de l’économie n’est toujours pas candidat à la présidentielle.

Et maintenant ?

Officieusement, Emmanuel Macron fait tout pour être candidat pour 2017… Il teste sa popularité dans les meetings et dans ses déplacements, lève des fonds pour sa campagne auprès de donateurs français et étrangers, chercher à rassembler des élus locaux autour de lui (le député du Finistère, Richard Ferrand ou bien le maire de Lyon, Gérard Collomb sont ses plus gros soutiens). La plateforme En Marche enregistre à ce jour un peu plus de 90 000 membres, et bien que l’adhésion soit gratuite, cela signifie un relatif engouement pour sa personnalité. La publication d’un livre très prochainement devrait constituer l’ébauche d’un programme qui sera plus longuement détaillé au cours du mois de novembre. La question de sa candidature se posera, à priori, en décembre une fois le candidat de la droite désigné et la décision de Hollande, de se représenter ou non, prise.
Quoi qu’il en soit, Emmanuel Macron aura sans doute un rôle déterminant pour 2017.

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