Une démarche inédite pour la droite républicaine : la primaire ouverte

La droite française se livre à un exercice inédit pour les élections présidentielles de 2017 : la primaire ouverte. En effet, après la défaite de 2012, la droite républicaine a connu une véritable crise de leadership illustrée par le feuilleton de la présidence de l’UMP et le fiasco de l’opposition Copé-Fillon, couplé aux litiges des comptes de campagne (affaire Bygmalion). C’est pourquoi le 20 et le 27 novembre 2016, les sympathisants de la droite et du centre sont appelés aux urnes pour désigner le « candidat de l’alternance » parmi les sept personnalités retenues : Jean-François Copé, François Fillon, Alain Juppé, Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire, Nicolas Sarkozy et Jean-Frédéric Poisson. La primaire a ainsi le double avantage, de mobiliser derrière un seul candidat toute une formation politique et de monopoliser l’espace médiatique.

 

UNE PRIMAIRE OUVERTE

L’élément important à prendre en compte pour cette élection, est qu’il s’agit d’une primaire ouverte à tous. Du moins, toute personne majeure à la date de l’élection présidentielle, inscrite sur les listes électorales, qui signe une charte d’adhésion aux « valeurs républicaines de la droite et du centre », pourra ainsi déposer son bulletin de vote dans l’un des 10337 bureaux de vote répartis sur la métropole et les territoires de l’outre-mer. L’électeur n’a donc pas besoin d’être encarté dans un parti politique spécifique pour participer à cette primaire, à la différence de la primaire interne au parti d’Europe Écologie Les Verts qui se tient actuellement.

L’électeur devra également verser deux euros par tour de scrutin. L’argent récolté permettra tout d’abord de couvrir les frais d’organisation de la primaire, estimés à 8 millions d’euros au total, et de financer le début de la campagne électorale du candidat investi.

Les français de l’étranger, s’étant inscrits avant le 16 octobre auprès de la Haute Autorité de la Primaire, pourront également voter, à distance, par voie électronique.

 

LA HAUTE AUTORITE DE LA PRIMAIRE

La Haute Autorité de la Primaire est l’organe institutionnel indépendant qui veille au bon déroulement du scrutin. Elle a la charge de mettre en place les bureaux de vote (en coordination avec des commissions départementales), et d’annoncer les résultats après le dépouillement. Une forte collaboration existe entre la Haute Autorité de la Primaire et « Les Républicains », dans la mesure où six candidats sur sept sont issus des Républicains.

La Haute Autorité de la Primaire est par ailleurs présidée par Anne Levade, agrégée de droit public et professeur des universités. La « dame de fer de la primaire », comme la surnommait L’Opinion, est connue pour son professionnalisme et son intransigeance. Son rôle dans la réécriture des statuts de l’UMP, à la suite de l’affrontement Copé-Fillon en 2012, lui confère un statut assez consensuel, indispensable à ce poste de responsabilités.

 

LE PROCESSUS DE PRÉ-SELECTION

La primaire de la droite et du centre était largement raillée en raison du nombre de candidatures qu’elle enregistrait avant l’été 2016. Mais ce n’était alors que des « candidats à la candidature », qui devaient remplir trois conditions majeures, avant le 9 septembre dernier, pour pouvoir être retenus. Les candidats devaient réunir le parrainage de 20 parlementaires (députés ou sénateurs), de 250 élus locaux (dans 30 départements différents minimum) et de 2500 militants du parti « Les Républicains ».

Ces conditions très strictes de sélection ont évincé plusieurs personnalités de droite :

Geoffroy Didier, conseiller régional proche de Valérie Pécresse.

Nadine Morano, député européenne.

Frédéric Lefebvre, député des français de l’étranger.

Jacques Myard, député des Yvelines.

Hervé Mariton, député de la Drôme.

Henri Guaino, député des Yvelines, alors candidat à l’élection présidentielle.

 

CANDIDATS RETENUS

Le premier débat télévisé, jeudi 13 octobre, a permis à 5,6 millions de français de voir les divergences programmatiques entre les sept candidats finalement retenus. Les deux favoris, Alain Juppé (premier ministre de Jacques Chirac en 1995) et Nicolas Sarkozy (Président de la République de 2007 à 2012) sont respectivement crédités de 42 % et de 28 % au premier tour selon le dernier sondage TNS-SOFRES.

Les outsiders, François Fillon et Bruno Le Maire, joueront un rôle capital dans cette primaire – notamment en terme de report de voix – avec 11 % pour l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy et 11 % pour le candidat se réclamant du « renouveau », ancien ministre de l’agriculture.

La seule femme de cette primaire, Nathalie Kosciusko-Morizet – dont le quota de parrainage nécessaire restait incertain jusqu’à la dernière semaine – récolterait 4 % des suffrages. Le candidat Jean-Frédéric Poisson n’avait pas dû se soumettre au processus de sélection en raison de son titre de président du Parti Chrétien Démocrate. Inconnu du grand public jusqu’au débat de jeudi, il ne recueillerait que 2 % des suffrages, tout comme Jean-François Copé, ancien chef du groupe UMP à l’Assemblée Nationale sous le quinquennat Sarkozy, puis président du parti de 2013 à 2014.

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L’ENJEU DE LA PARTICIPATION

Les sondages se succèdent et permettent de nous donner une idée générale sur la primaire de la droite. Mais il est en réalité très compliqué pour les instituts de sondages d’évaluer précisément les intentions de votes des électeurs car il reste une grande inconnue : le taux de participation à la primaire.

Les observateurs politiques tendent à dire qu’une participation faible, de l’ordre de 2 millions de suffrages exprimés, profiterait davantage à Nicolas Sarkozy, plus populaire au sein de la base du parti « Les Républicains » qu’à l’ensemble de l’électorat de droite. A l’inverse, une participation forte, de l’ordre de 4 millions de suffrages exprimés, profiterait à Alain Juppé dont le discours séduit particulièrement les sphères de l’UDI, du MODEM et les sympathisants du centre-droit.

Les multiples sondages estiment à environ 10 %, la part des votants à la primaire se proclamant de gauche. Ces électeurs ont tendance à affirmer vouloir voter pour Alain Juppé pour empêcher Nicolas Sarkozy de gagner, l’ancien premier ministre étant considéré comme moins virulent sur les questions d’identité et d’immigration. Ce calcul électoral, qui peut poser un problème d’éthique personnelle, part du principe que la gauche est trop faible et fragmentée pour pouvoir prétendre au second tour d’une élection présidentielle qui, aujourd’hui dans les sondages, voit la présence de Marine Le Pen (FN) dans tous les cas de figure, ne laissant ainsi qu’une place disponible.

Mais justement, que révèlent précisément les sondages sur cette primaire ?

Notre dossier spécial continue sur ce point en vous montrant ce que les sondages en disent.

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