Les primaires à droite : qu’en disent les sondages ?

Le 13 octobre 2016, le débat télévisé opposant les 7 candidats aux primaires de la droite a réuni près de 5,6 millions de téléspectateurs. Ce soir-là, Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM), Bruno Le Maire, Jean-François Copé, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et Jean-Frédéric Poisson se sont affrontés en prévision du vote des 20 et 27 novembre, qui décidera de l’identité du candidat de la droite à la présidentielle d’avril 2017. Ouvertes à tous les inscrits sur les listes électorales et y compris aux mineurs de 17 ans qui seront majeurs et voteront pour les présidentielles, les primaires rassemblent et divisent les Français de toute opinion et de tout âge autour d’une question : qui doit diriger la France pour les cinq prochaines années ?

C’est ainsi que tous les candidats souhaitaient, par ce premier débat, remonter dans les sondages et donc augmenter leurs chances d’accéder, suite à une victoire aux primaires, à la plus haute fonction étatique. C’est le cas en particulier de Nicolas Sarkozy, éternel second progressivement distancé par Alain Juppé depuis la publication de la liste officielle des candidatures et le début des campagnes le 21 septembre.
Cependant, l’énergie dépensée dans cette confrontation n’a pas inversé la tendance : au contraire, elle l’a confirmée. Selon un sondage d’OpinionWay pour Le Point au lendemain du débat, 66% des sondés déclarent ne pas avoir changé d’avis après le débat et près de la moitié des 34% restants avouent avoir changé pour Alain Juppé. En effet, selon l’institut Elabe, Juppé sort grand vainqueur de cette opposition puisqu’il est jugé, à 35% par les téléspectateurs et à 32% par les sympathisants de droite et du centre, le candidat le plus convaincant ; Sarkozy le suit avec respectivement 21% et 27% pour ces mêmes catégories de sondés. Le maire de Bordeaux distance donc de nouveau ses adversaires et se rapproche toujours plus de l’Elysée.

Quel changement dans les intentions de vote depuis le début des campagnes ?

Depuis le mois de septembre, Alain Juppé a progressivement distancé son adversaire Nicolas Sarkozy puisque les intentions de vote ont augmenté pour ce premier tandis qu’elles ont baissé pour ce dernier.
En effet, le 15 septembre d’après un sondage de l’institut Harris, le maire de Bordeaux et l’ancien président de la République étaient à égalité avec 37% des intentions de vote, loin devant François Fillon (10%), Bruno Le Maire (9%), NKM (3%, J-F Copé (2%), Hervé Mariton et J-F Poisson (1%). Juppé était donné gagnant au second tour avec 52% contre 48% Sarkozy mais l’écart était trop mince face à la marge d’erreur de 4 points pour distinguer un réel gagnant.
Mais un sondage réalisé le 13 octobre par Opinion Way pour Atlantico reflète une forte évolution des intentions de vote après un mois de campagne : Alain Juppé distance désormais fortement Nicolas Sarkozy au premier tour avec 42% contre 28% pour ce dernier. Les autres restent loin derrière malgré quelques fluctuations entre les candidats : Le Maire obtient 13% des intentions de vote, Fillon 11%, NKM 4%, Copé 2% et Poisson 1%. Au second tour, le report de voix est très important pour Juppé (54% des supporters de Fillon, 49% de ceux de BLM) lui permet de gagner avec 62% des voix contre 38% pour Nicolas Sarkozy. Aussi, en un mois, le maire de Bordeaux a-t-il pris une avance considérable sur son adversaire.

Pourquoi les intentions de vote ont-elles ainsi changer ?

Tout d’abord, il convient de dire que l’intérêt pour les primaires n’a pas toujours été le même et que cela a influé sur l’évolution des intentions de vote. D’après un sondage d’Elabe daté du 16 mars 2016, seulement 8% de la population était intéressée par les primaires, dont 15% des 65 ans et plus et 8% des 18-34 ans. Tandis que le même sondage réalisé le 14 septembre dernier révèle un intérêt chez les 65 ans et plus de 44% environ. De plus, toujours selon la même agence, le 12 octobre a été enregistré un taux d’intérêt global des Français de 44% et de 70% pour les sympathisants de droite et du centre. Ainsi, en quelques mois, le débat autour des primaires de la droite a gagné l’opinion publique et a mobilisé de plus en plus de Français, offrant alors un panel plus grand pour les intentions de vote et ainsi une précision accrue.
Outre l’augmentation du nombre de personnes comptant aller voter, les intentions de vote changent grâce à une diversification de l’électorat, entraînant une diminution de la supériorité des affiliés aux Républicains dans les sondés pensant voter : le 15 septembre, le sondage Harris pour France Télévisions réalisé sur un échantillon de 6266 personnes, divisent les 563 votants prévisionnels suivant leurs opinions politiques : 24% sont Les Républicains, 12% viennent de l’UDI et du MoDem, 9% du FN et 6% de gauche.
L’électorat, devenu pluriel, renforce les écarts, notamment entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé : le retour de l’ancien président de la République, qui reçoit la majorité des votes des Républicains, est pallié par le vote massif de la gauche et du centre pour le maire de Bordeaux. En effet, toujours d’après ce même sondage, 61% des votants de gauche et 74% de ceux de l’UDI/MoDem soutiennent Juppé, tandis que 54% des Républicains et 42% des électeurs FN penchent plutôt pour Nicolas Sarkozy. De plus, un sondage publié par Ouest France fin septembre montre que les plus de 65 ans soutiennent à 41% Juppé et les 25-34 ans à 48%, or ce sont ceux-là même qui s’intéressent de manière croissante aux primaires depuis le début des campagnes. En outre, 38% des cadres et 40% des diplômés ayant le bac ou plus pensent également voter pour le maire de Bordeaux, et le sondage d’Elabe du 14 septembre prouve que les cadres et les intellectuels sont mobilisés à 38% pour les primaires contre 30% pour les classes populaires. Aussi, Nicolas Sarkozy, mobilisant les classes populaires et les 35-49 ans, reçoit-il moins d’intentions de vote qu’Alain Juppé, qui attire des catégories d’électeurs plus impliqués dans les primaires.
On voit donc que la diversification de l’électorat pour les primaires depuis le début des campagnes en septembre, tant au niveau des camps politiques que de l’âge ou de la catégorie socioprofessionnelle, a joué en faveur d’Alain Juppé et lui a permis de distancer son principal adversaire, Nicolas Sarkozy.

Et les jeunes électeurs dans tout ça ? Notre sondage auprès de la jeunesse

Tous les sondages précédemment cités prennent en compte toutes les catégories de la population selon différents critères (sexe, âge, profession, niveau d’études…) afin d’obtenir un échantillon qui représente au mieux la société française. Cependant, ce principe de quotas ne permet pas de savoir ce qu’il en est de l’opinion de la jeunesse sur les primaires. Et malheureusement des sondages spécifiques sur la jeunesse n’ont pas été réalisés au niveau national, nous avons donc souhaité mener notre propre sondage sur un échantillon de 39 personnes âgées de 15 à 20 ans, dont 74% de jeunes de 17 et 18 ans, représentant les potentiels nouveaux électeurs aux prochaines présidentielles. Il a été réalisé par internet grâce aux réseaux sociaux du 21 au 22 octobre 2016.

Une connaissance approximative de la politique

En premier lieu, le sondage révèle une connaissance superficielle de la politique en général et des primaires en particulier face au désintérêt et au manque d’informations des jeunes.
5 personnes avouent ne pas connaître le principe des primaires alors même que le sujet se retrouve dans tous les médias, et 7 ne peuvent nommer un candidat. Cependant, ce désintérêt est à nuancer puisque 43% ont réussi à nommer la totalité des candidats. Le reste identifie en général seulement l’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy. Pour ce qui est du débat télévisé, la majorité (46,2%) avoue l’avoir survolé, un quart l’a regardé de bout en bout et l’autre quart déclare ne pas l’avoir suivi du tout. Ce bilan mitigé est confirmé lorsque l’on demande aux sondés s’ils connaissent des jeunes qui ont regardé le débat : la moitié ont répondu « oui, très peu », 25,6% « oui, beaucoup » et 23,1% « non ». On retrouve donc le découpage précédent.

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Mais à quoi est dû ce manque de participation au débat politique ?
Pour un quart des sondés, les jeunes ne se reconnaissent pas en les candidats, 23,1% éprouvent un désintérêt pour la chose publique et 17% pensent que cela ne correspond pas aux préoccupations principales de cette tranche d’âge. Cependant, 17% remarquent un engouement des jeunes pour la cause politique.

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D’autre part, seulement 12 sondés comptent voter pour les primaires et près de la moitié (41%) ne connaissent pas de jeunes souhaitant voter le 20 novembre prochain ; l’autre moitié des sondés déclare en connaître très peu. Cependant, on ne peut savoir si ces résultats sont dû à un désintérêt des jeunes de centre-droit pour les primaires ou si la majorité des sondés et leur entourage étaient de bords politiques opposés et ne souhaitaient donc pas voter.

Une intention de vote en faveur du renouveau ou de l’expérience

Les intentions de vote reflètent celles observées nationalement puisque 40% des votants potentiels soutiennent Alain Juppé et 26,7% Nicolas Sarkozy. Cependant, Bruno Le Maire (20%) et NKM (13,3%) obtiennent des scores plus élevés que chez les aînés car ils semblent représenter des idées plus jeunes, un certain renouveau politique plus en prise avec la vision que les jeunes ont de l’avenir.Primaire 3.PNG

C’est ainsi qu’à la question « pourquoi avez-vous choisi ce candidat », un sondé a avoué voter pour BLM car il était jeune. Juppé, quant à lui, représente «l’expérience », la stabilité.
On voit donc que deux conceptions s’opposent au sein de nos sondés : la recherche de changement ou celle de sécurité et de continuité.
Et le désir de changement ne semble pas venir d’une certaine volatilité de l’électorat jeune : seulement 3 sondés ont changé d’avis après le débat, sans forcément changé radicalement de conception sur la politique de demain. Un sondé, par exemple, a délaissé BLM pour NKM après le débat, restant alors dans la même idée de renouveau.
On le voit également car seules deux personnes ont déclaré avoir changé de bord politique depuis les dernières présidentielles. Pareil pour le changement d’identité du candidat phare pour la présidence : depuis 5 ans seuls 15,4% disent avoir changé d’avis et tous avouent que c’est par déception pour Sarkozy. C’est donc une décision réfléchie au vu des politiques menées antérieurement et pas seulement motivée par le suivi de l’opinion publique.

Une entrée en politique orientée par les aînés ?

Dans les deux questions précédentes, portant sur l’évolution de l’opinion des jeunes depuis les dernières présidentielles, un tiers à la moitié des sondés déclarent ne pas s’être intéressé à la politique à ce moment-là, aussi sont-ils nouveau sur la scène politique et doivent-ils se forger une opinion avant les présidentielles. Comment choisissent-ils d’adhérer ou non à certaines idées ? Sont-ils influencés par leurs aînés ?
Lorsqu’on leur demande si leur entourage familial a les mêmes opinions qu’eux, 41% répondent  « oui pour la majorité », 48,7% « oui pour quelques uns ». On comprend donc que l’influence des aînés en général peut avoir beaucoup d’emprise dans le cercle familial. Mais quand on leur demande s’ils se sentent influencés par leurs pairs plus âgés, 53,8% pensent que non et 41% pensent que oui mais seulement un peu.

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Les jeunes se sentent donc plutôt indépendants par rapport à l’héritage politique familial. Reste à savoir si l’on peut réellement être conscient de l’influence que les autres ont sur nous…

Le recul citoyen est nécessaire face aux vérités déclamées dans les sondages

Pour finir, il ne faut pas oublier que les sondages sont approximatifs et grandement fluctuants. Tout d’abord, parce qu’il serait extrêmement coûteux de sonder un très grand échantillon. Ainsi, plus le nombre de sondés est restreint plus la marge d’erreur est grande. Et celle-ci peut inverser complètement le sondage lorsque l’écart entre les candidats est plus petit que la marge d’erreur.
Le principe des quotas, qui permet d’avoir un échantillon représentatif de la société française (en sélectionnant les sondés selon leur âge, leur sexe, leur catégorie socioprofessionnelle…) risque de perdre de sa représentativité dans les sondages pour la primaire car les instituts travaillent seulement sur le sous-échantillon des sondés qui pensent ou sont certains de voter ; comment savoir si cet échantillon conserve le principe des quotas ?
De plus, comme le souligne Jérôme Fourquet, responsable des études de l’Ifop : «  On ne dispose pas de données sociodémographiques sur un électorat particulier, encore moins sur un électorat dont on ne sait rien, comme pour la primaire ». En effet, les primaires sont ouvertes à tous donc comment savoir qui ira réellement voter afin d’orienter les sondages et se rapprocher de la réalité ?
Enfin, il est important de remarquer que les sondages sont utilisés par les politiques et les médias eux-mêmes afin de les présenter sous leur meilleur jour et influencer l’opinion publique. Car, si un sondage met en valeur un candidat, les gens qui ne se seront pas encore décider seront plus enclins à voter pour ce candidat, pensant suivre l’opinion de la majorité, alors même que les données du sondage sont critiquables et peuvent modifier la réalité.

D’après les nombreux récents sondages réalisés à l’échelle nationale, Juppé est porté gagnant au premier et au second tour de la primaire à droite grâce à une mobilisation plurielle de la population française. La jeunesse confirme plutôt les tendances nationales même si elle préfère donner sa chance à un renouveau politique porté par NKM et BLM. Il ne faut cependant pas oublier que les sondages participent plus à la manipulation médiatique de l’opinion publique qu’à sa représentation de manière réaliste. Aussi, nous devons-nous de garder un regard critique sur toutes ces informations pour choisir au mieux, dans une conscience citoyenne, le potentiel prochain président français.

Poursuivez votre lecture du dossier sur les primaires à droite avec l’analyse du programme économique des candidats.

Une réflexion sur “Les primaires à droite : qu’en disent les sondages ?

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