La mort comme pratique hors la loi : une pensée dépassée ?

La peine de mort a été abolie en France il y a presque 35 ans,  le 18 septembre 1981, sous le gouvernement du président François Mitterand. Cependant, la montée en puissance du terrorisme depuis la fin des années 1970 dans les pays occidentaux semble réenclencher la brûlante polémique de la peine de mort. Peut-on parler de « tentation du rétablissement » de la peine de mort ?

 

 

La peine de mort : une pratique ancestrale 

Tandis que certains qualifieront la peine de mort d’ancestrale, on pourrait également la qualifier d’archaïque.

Dans les sociétés les plus anciennes, la peine de mort avait pour but de venger les victimes des crimes commis.

Une justice « d’oeil pour oeil, dent pour dent », réglementée par des peines devant être strictement équivalentes aux dommages subis.

C’est pour leurs « bienfaits » (montrer l’exemple, venger les victimes, offrir une justice répondant aux instincts humains naturels…) que la torture et la peine de mort étaient tolérées, voire largement acceptées au Moyen-Âge.

La peine de mort porte également une importante dimension politique : dès le XVI ème siècle, avec la naissance du pouvoir absolutiste, ces châtiments exemplaires permettent une dissuasion, mais surtout une adhésion au message d’obéissance.

Historique de l’abolition de la peine de mort en France 

C’est à la fin du XVIII ème siècle, tandis que les sociétés ont connu un usage abusif de ces châtiments, qu’a éclos la pensée abolitionniste, avec la naissance d’un tout nouveau questionnement: « l’Etat a-t-il le droit de supprimer la vie ? ».

La légitimité de la peine de mort est remise en question et les condamnations d’un esprit de vengeance et de cruauté inutile sont nourries par le mouvement intellectuel des Lumières.

Cependant c’est  bien plus tard que la France abolira la peine de mort.

Alors qu’elle avait été un des premiers pays à abolir la torture et l’esclavage, elle est l’un des derniers pays d’Europe occidentale à abolir la peine capitale, en 1981.

Bien qu’en 1981, à l’Assemblée Nationale comme au Sénat les voix en faveur de l’abolition de la peine de mort soient largement majoritaires, une majorité de français demeure favorable à la peine capitale.

Aussi les positions abolitionnistes prônées par François Mitterand lors de la campagne de 1981 ne vont pas dans le sens de l’opinion publique dominante qui est d’abord soucieuse de la sécurité de son pays, qu’elle pense satisfaire avec la peine capitale.

La situation actuelle : un retour en arrière ? 

La réticence de l’opinion publique face à l’abolition de la peine de mort n’est pas uniquement observable dans les années 1980: aujourd’hui encore, rien ne garantit que les Etats qui ont déjà aboli la peine capitale n’y reviendront jamais.

Naturellement, on se demande qui sont aujourd’hui les français favorables à la peine de mort et quelles sont les causes du soubresaut qui les secoue de nouveau.

Même si depuis l’abolition de la peine de mort, un taux d’avis en faveur de la peine de mort persistait, on remarque depuis quelques temps une montée en puissance de la tentation du rétablissement.

La tentation de rétablir la peine de mort est toujours d’actualité et est une réaction ressentie par l’opinion publique lors de crimes particulièrement odieux, qui sont susceptibles de toucher un large ensemble de personnes. Au nom de la « guerre contre le terrorisme », on observe un nouvel interêt pour la peine de mort.

Les arguments en faveur du rétablissement demeurent la diminution des coûts du système carcéral, l’écartement définitif de criminels représentant une menace pour la société et l’efficacité pour faire baisser la criminalité, qui a été démontrée comme fausse par de nombreuses études.

Typologie : qui est favorable à la peine de mort ? 

On observe un changement de l’identité des « partisans » de la peine de mort : bien que les sympathisants du FN et de l’UMP soient plus favorables à la peine capitale que les sympathisants du PS (respectivement 82% et 57% favorables à la peine de mort dans chaque parti), ce sont les sympathisants du PS qui ont vu leurs tendances être bouleversées, en passant en 2015 à 36% des sympathisants du PS favorables à la peine de mort (soit 15 points de plus qu’en 2014).

En 1981, 62% des français étaient favorables à la peine de mort: 35 ans plus tard, l’évolution, n’est pas colossale: selon les différents sondages, le taux de personnes favorables à la peine de mort varie entre 42 et 52%.

Nous avons de notre côté interrogé 100 lycéens afin de mieux cerner l’opinion que porte la jeunesse sur l’intemporelle polémique du droit, du non droit, de vie ou de mort de l’Etat sur sa population. 45% sont favorables à la peine de mort dans un cas très précis, 3% y sont favorables d’une manière générale et les 52% restants sont totalement opposés à la peine de mort.

Influence du terrorisme sur l’opinion publique

L’adoption de nouvelles positions par l’opinion publique a été fortement influencée par la montée en puissance du terrorisme depuis la fin des années 1970 dans les pays occidentaux.

Effectivement, tandis que J-M Le Pen prône la décapitation légale des dijhadistes (quand on vous parlait du système « oeil pour oeil, dent pour dent » très en vogue au Moyen-Âge…), plusieurs « faits-divers » ont su montrer le retour de la polémique de la peine capitale, comme cet afficheur qui s’est servi de ses panneaux publicitaires pour délivrer le message suivant « monsieur le président, changeons la loi, la mort pour les terroristes et leurs complices ».

Malgré cet attrait pour la peine capitale, comme réenclenché par la menace terroriste, la faisant apparaîtrait en solution « comme une autre », on ne peut que considérer les écrits de Pierre-Henri Imbert, directeur général des Droits de l’Homme au conseil de l’Europe, comme la voix la plus raisonnable.

« La revanche découle de notre caractère et de nos instincts, mais pas de la loi. Celle-ci ne peut obéir aux mêmes règles que la nature humaine. Si le meurtre semble naturel au genre humain, la loi, elle, n’est pas faite pour imiter ni reproduire cette nature. Elle est faite pour corriger la nature. »

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