2ème manche du choc DL – APB, l’algorithme toujours pas révélé

Au début de chaque année, les élèves de Terminale qui souhaitent s’orienter dans les études supérieures en France doivent s’inscrire pour la majorité sur la plateforme Admission Post Bac. Cette plateforme numérique regroupe une grande partie des cursus envisageables. Or, une question s’impose, le fonctionnement de cette plateforme est-il tout à fait légal ?

APB : un algorithme indéchiffrable ?

Suite aux mêmes interrogations des parents et des lycéens qui reviennent chaque année depuis la création d’APB, le secrétaire d’État chargé de l’enseignement supérieur avait plaisanté en décembre 2015 «  Nous allons dévoiler l’un des secrètes défenses les mieux gardés : l’algorithme d’APB ». Cependant cela fait déjà cinq mois que cette annonce a été réalisée, la phase durant laquelle les lycéens peuvent sélectionner leurs vœux est passée et la phase actuelle qui consiste en la hiérarchisation des vœux sur APB touche à sa fin. L’association Droits des lycéens (DL) s’était empressée de publier un premier communiqué de presse au mois de mars pour demander plus de détails au ministère de l’Éducation à propos de la procédure APB. Cette demande était aussi un moyen de souligner que des lycéens s’intéressent de près à ce sujet et qu’ils ne laisseront pas tomber de si tôt.

En effet, nous sommes le 2 Mai 2016, et « DL » vient de publier un deuxième communiqué de presse. Le ministère de l’Éducation nationale n’a pas répondu aux demandes de l’association dans les délais, ce qui est considéré comme un refus de transmettre le contenu de l’algorithme et tout ce qui accompagne les modalités de fonctionnement de cette plateforme de la part du ministère. Une décision importante a été révélée, il a été décidé d’entamer une procédure devant la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) qui rendra un avis de transmission dans les plus brefs délais. Si des tensions naissent ainsi que des complications, l’association compte aller plus loin dans la procédure juridique.

Prenons le cas des licences : la sélection ne se fait pas sur le niveau scolaire puisque l’article L.612-3 du Code de l’éducation dispose que « tout candidat est libre de s’inscrire dans l’établissement de son choix ». Par la suite, la sélection s’opère selon la capacité d’accueil de la faculté. Cette sélection est réalisée par un complexe algorithme intégré dans la plateforme APB. Or, ce logiciel ne répond pas aux critères définis par ce même article qui impose une sélection personnalisée en fonction du domicile du candidat, de sa situation familiale, et de ses préférences quant à la poursuite de sa scolarité.

Démystification du fameux algorithme

Un rapport de l’Inspection générale des services de l’Éducation nationale d’octobre 2012 indique les étapes suivantes comme celles utilisées par l’algorithme pour la « sélection » dans les licences identifiées comme étant à capacité insuffisante :

  1. Sont tout d’abord sélectionnés et classés dans un premier groupe les candidats ayant sollicité au moins six voeux de Licence L1

  2. Dans ce groupe sont ensuite sélectionnés les candidats ayant choisi la L1 à « capacité insuffisante » en premier voeu de la formation concernée et ces derniers constituent alors le groupe 2

  3. Dans ce nouveau groupe, les candidats qui ont choisi cette licence en voeu absolu sont sélectionnés pour former le troisième groupe 

  4. Si la capacité d’accueil n’est pas suffisante pour accueillir tous les candidats de ce groupe 3, le choix se fait alors par tirage au sort.

Or, la capacité d’accueil, notamment en Île de France, rencontre toujours des difficultés d’où des tirages au sort réguliers. « Ni le tirage au sort, ni l’obligation de choisir au moins six vœux de L1, ne sont prévus par le Code de l’éducation, explique Clément Baillon, le Président de Droits des lycéens. Le Guide d’APB nous indique que la sélection est faite aussi en fonction de l’académie du domicile ou de passage du bac, ce qui est là encore illégal, et injuste : un élève qui passe son baccalauréat dans l’académie de Versailles peut très bien  être plus proche de Paris que des Yvelines, par exemple. Mais encore une fois, comme l’algorithme est secret, on ne peut pas savoir si ces informations sont vraies, s’il y a d’autres critères,… C’est le flou total ». Nous ne sommes en effet pas au courant des critères utilisés mais il parait aussi que ce tirage au sort peut être paramétré en fonction de l’académie ou de la licence en question.

Conclusion de l’analyse

On pourrait se demander à un moment si la sélection sur dossier comme dans le système américain ou anglais ne serait pas la plus équitable face à un système déjà assez complexe d’utilisation et considéré illégal par une partie de ses utilisateurs. Cette proposition reste une hypothèse sachant que le Code de l’éducation interdit toute sélection, mais face à une attribution de places déjà défaillante il faut soit révéler la faille et la corriger, soit penser à d’autres méthodes qui, elles au moins, sont claires.

De plus, l’algorithme APB ne fait pas uniquement des victimes issues des lycées sur le territoire français. Il faut savoir qu’un quota spécial existe pour les lycéens des lycées français à l’étranger gérés par l’Agence de l’Enseignement du Français à l’Étranger. Ainsi pour intégrer Paris 1 ou 2 en L1 droit, 50 places sont uniquement disponibles pour les « Bac EFE » à La Sorbonne alors que 8 en sont disponibles à Assas. Aucune information complémentaire n’est fournie aux candidats. Les universités ne connaissent pas les modalités de sélection d’APB. L’avenir de générations repose alors sur un logiciel informatique qui ne fait que tirer au sort des numéros. 

L’incidence de l’algorithme sur vos études supérieures dépend des formations que vous avez sélectionnées. Pour le reste des formations, des personnes vous diront que les L1, L2 et L3 ne sont pas décisives et que votre avenir tient plutôt compte de vos performances et des masters que vous allez intégrer. Néanmoins, décrocher un master se fait sur dossier (assez souvent) et cette fois-ci, c’est un être humain qui retiendra votre dossier, ou pas. Un responsable de master qu’il soit le plus professionnel possible, aura toujours un avis subjectif, c’est la nature de l’homme. Votre université d’origine comptera tout de même pour quelque chose. Plus encore, il est naturel de demander des explications à propos d’un sujet qui nous concerne. Il n’y a pas de raison pour que l’algorithme ne soit pas révélé le plus tôt possible.

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