Loubna Abidar, princesse des Césars

« J’ai peur mais, comme on dit au Maroc, je n’ai pas la honte » assène Loubna Abidar, actrice révélée dans Much Loved. Dans ce film marocain de Nabil Ayouch, elle joue le rôle d’une prostituée. Avant d’être l’objet d’une violente polémique, Much Loved est surtout une peinture objective et réussie de la vie de jeunes femmes marocaines dignes et fortes, vivant de leur prostitution.

Résumé

Noha, Soukaina et Randa sont organisées et, conduites par Saïd, leur homme à tout faire, elles passent d’un bar à une boîte de nuit ou à une soirée privée. Encadrées par des maquerelles, elles vendent leurs corps à des hommes : Marocains, mais aussi touristes saoudiens, européens de passage. Pendant 1h48 de film bouleversant, on est immergé dans un monde que l’on ne soupçonne pas, dont on ne connaît pas les codes, dont les mentalités nous échappent.C’est dans un monde froid, dénué d’empathie, ancré dans des violences multiples, que les jeunes femmes évoluent avec tendresse, soudées, déchirantes, car profondément humaines.

Ces quatre femmes, belles, électriques et graves sont observées avec insistance, impudence, mais respect, par l’oeil de la caméra.

Impact du film

Much Loved nous bouleverse par ses non-dits. Il suffit qu’un sourcil d’Abidar se lève, qu’une musique s’attarde, qu’un profil se dessine, pour que Much Loved ne soit plus uniquement un film oppressant, mais aussi un regard humain, bienveillant, sur ces femmes qui subissent et vivent de rencontres…

Ce qui nous frappe dans Much Loved c’est l’aptitude de ces femmes à surmonter leurs existences dans une société qui les méprise tout en les utilisant. Cependant, c’est autre chose qui a frappé le Maroc : « l’outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine ».

Quel avenir pour un tel film 

L’avenir de Much Loved au Maroc est, on le sait, très limité. Interdit à la suite d’une décision du ministère de la communication, condamné par une foule qui ne l’a pas même vu, c’est en Tunisie, unique pays Maghrébin dans lequel Much Loved a été autorisé, que l’oeuvre apparaît comme une réussite, malgré des avis mitigés, gênés.

Bien qu’il semble évident que Much Loved vise à dénoncer et non pas à plaire, une grande partie du public tunisien lui prête un caractère pornographique. Parce que le jeu d’Abidar est si juste et poignant, on peut comprendre que plus d’un l’ait confondu avec son personnage.

On comprend bien moins que Loubna Abidar ait subi des violences et reçu des menaces de mort. Loubna Abidar porte le film avec une ardeur et une sensibilité saisissante qui impressionnent, d’autant plus qu’il s’agit de son premier film.

Avec Much Loved, Loubna Abidar nous apporte beaucoup. Elle s’impose en tornade, faisant du film un combat, une oeuvre porteuse d’une émotion universelle dont la qualité principale réside en sa volonté de donner un peu de beauté et de respect attendrissant à des existences oubliées.

Ce film est presque un documentaire par le spectacle de femmes, d’un pays, d’existences crues, folles, tendres, doucement lasses et grandement terribles. On espérait voir la nomination de Loubna aux Césars aboutir. Bien que ce soit Catherine Frot, pour Marguerite, qui ait été sacrée Meilleure Actrice aux Césars, le jeu d’Abidar est royal et mérite d’être connu.

Ne passez pas à côté de Much Loved.

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